mardi 2 mai 2006
quatre mains
Aimez-la ou quittez-la
Elle se promène sur les rives du lac. Il fait chaud. Dans sa main droite, une poussette vide, dans la gauche, bien serrée, la petite main de son fils qui suit la marche tranquille en trempant ses pieds dans l’eau fraîche. Quelques mètres en avant, l’aîné sur son vélo, se retourne et leur sourit fièrement.
Nous sommes attablés à une terrasse et regardons le spectacle. Calés dans nos fauteuils, caressés par les rayons du soleil, nous savourons le retour du printemps devant nos boissons glacées.
Pourquoi faut-il que l’un d’entre nous parle du voile ?
Pourquoi faut-il que l’un d’entre nous parle ?
Elle se promène sur les rives du lac. Elle a peut-être chaud sous sa longue tunique noire. Peut-être pas.
J’entends les mots pleins de bons sentiments. Je les entends la plaindre et j’entends le mépris qu’ils n’entendent pas.
Elle s’arrête un instant pour que son enfant jette des cailloux dans l’eau.
Pauvre femme, pauvre femme soumise, pauvre femme soumise à la religion, pauvre femme soumise à la religion des hommes …
Elle passe à présent devant nous, droite comme un minaret.
Pourquoi faut-il que l’un d’entre nous parle du voile ?
Pourquoi faut-il que l’un d’entre nous parle ?
Que savons-nous de cette femme ? Des raisons qui l’ont poussée à se cacher du regard des autres ? Ne peut-elle avoir choisi librement de porter ce voile ? Probablement pas, c’est vrai. Mais est-ce une raison pour la juger ?
Nous sommes tellement pétris de nos idéaux occidentaux que nous sommes persuadés qu’ils valent pour le monde entier.
Et nous regardons presque attendris les nonnes en habits religieux et nous luttons pour garder notre lundi de pentecôte. Reliefs d’un temps pas si lointain, reliefs de notre culture. C’est à l’aune de cette culture que nous nous permettons de jauger celle des autres.
Que savons-nous de cette femme ?
Nous sommes tellement suffisants, tellement sûrs d’avoir raison que nous imposons nos convictions sans état d’âme et en toute bonne conscience.
Et qui ne les comprend pas est intolérant.
Et qui ne les comprend pas est un barbare.
Pauvre femme, pauvre femme soumise, pauvre femme soumise à la religion, pauvre femme soumise à la religion des hommes…
Moi aussi je hais les hommes qui font des lois idiotes, je hais les hommes qui façonnent une religion à leur intérêt et à leur gloire, je hais l’idée qu’on force une femme à se voiler le visage.
Trois petits points à l’horizon.
Moi aussi je voudrais me cacher parfois.
Tiphaine
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QUE SAVONS-NOUS DE CETTE FEMME ?
Avec certitude, on peut penser qu'elle vient du Maghreb, de Turquie..., qu'elle est musulmane...
Avec certitude, on peut penser qu'elle est épouse et mère "au foyer"...
Avec certitude, on peut penser que ceux qui la regardent passer ont des idées toutes faites sur une culture, une civilisation qu'ils ignorent, voire qu'ils méprisent et dont ils ne connaissent que "l'infime parcelle visible de l'iceberg" soit par ce que la télé leur en a dit et prédigéré, soit par ce que 10 ou 15 jours de vacances "là-bas" en hôtel tout confort pour "beaufs européens" en mal d'exotisme où on se retrouve "entre nous" leur a laissé entrevoir. De retour en France, ils diront contents d'eux et en croyant avoir échappé à de grands dangers :"ils ne sont pas comme nous !"
Il y a moins d'un siècle, on pensait en Europe que les Noirs n'avaient pas d'âme....
Il y a moins d'un demi-siècle, les prêtres portaient de longues robes noires, encore aujourd'hui les soutanes réapparaissent !
Il n'y a pas si longtemps que cela, les femmes "bien" sortaient en chapeaux ou foulards ou en coiffes!
De nos jours, ici, des religieuses en habits de corbeaux, se cloîtrent encore... Que savons-nous d'elles ?
Nous jugeons qu'une femme voilée ne peut être que "soumise" .... et c'est peut-être vrai....
Mais nous-mêmes, femmes européennes, sommes-nous si libres que cela ? si épanouies? QUI, dans la majorité des couples s'occupe -après son travail - des enfants ,des courses, du ménage ,des repas et repasse les chemises du mari (si maladroit le pauvre chéri !) ?
Il n'est pas si lointain le temps où une femme "divorcée" (libérée ?) était placée au ban de la communauté ! (Malheur sur celui par qui le scandale arrive !)
Nous nous croyons "modernes" mais nous ne sommes que le fruit d'une très lente évolution de notre société, d'autres ont lutté, d'autres ont souffert, que savons-nous de NOUS ?
Selon nos schémas, nos critères, ceux et celles qui "ne sont pas comme nous" sont passibles de notre mépris, de notre intolérance, nous voulons de gré ou de force qu'ils nous ressemblent.
Si ce n'est pas du racisme... ça y ressemble mais Brassens l'a dit mieux que moi : "Non, les braves gens n'aiment pas que...."
Le poids, la pression de la société, qu'elle soit d'ici ou d'ailleurs, sont tels que nous n'osons pas dire ce que nous croyons (quand nous croyons !) : il nous faut être politiquement corrects, mais ici comme ailleurs "le monde et les temps changent".
A notre façon, nous sommes -nous aussi - des ayatollahs : nos convictions, nos certitudes, nos évidences pas toujours approfondies ou remises en question car c'est trop difficile! notre désir de vouloir faire l'autre "à notre ressemblance" comme Dieu dans la Genèse sont aussi une façon de ne pas s'interroger sur le sens (ou le non sens) de notre petite vie étriquée!
Flora

