lundi 9 juillet 2007
Lettre à ceux qui ne sont pas nés
Y a-t-il un paradis pour les enfants morts avant d’être nés ?
Où vont les cris qui n’ont pas été criés,
Les peaux qui n’ont pas été caressées,
Les yeux qui n’ont pas vu le soleil,
Les petits pieds qui n’ont pas battu l’air,
Les menottes qui n’ont pas été embrassées,
Les joues qui n’ont pas été croquées,
Les lèvres qui n’ont pas souri,
Les bouches qui n’ont pas bu ?
Comme une béance au creux de mes bras
Comme un ventre trop vide
Comme des larmes de sang
De vous avoir perdus.
Pas de tombes
Pas de noms inscrits dans la pierre
Pas de photos dans l’album.
Où vont les cris qui n’ont pas été criés ?
Je n’ai pas pu vous laisser
Je vous ai gardés en moi
Vous êtes dans mon sein gauche, tout près de mon cœur.
Votre petite sœur vous caresse de la main quand elle tête
Votre grand frère vient se réfugier contre vous quand il a du chagrin
Votre papa n’est jamais bien loin
Vous ne grandirez pas
Vous ne vieillirez pas
Je serai bientôt une vieille femme avec trois bébés en son sein.
Je ne sais pas vous laisser
Je ne peux pas vous laisser
Je ne veux pas vous laisser.
Vous n’avez pris la place de personne, personne n’a pris votre place.
On me dit qu’il faut faire le deuil pour avancer.
Mais j’avance vers ma mort
Avec les vivants
Avec les morts
Avec mes enfants
Tous mes enfants.
Commentaires
Les bébés dont on ne parle pas... Merci de leur donner une voix avec ton joli texte, Tiphaine. Moi aussi j'ai un enfant comme ça, quelque part dans mon sein gauche.
Je suis avec cette peine là ... aussi,
sans le bonheur d'en voir grandir un autre, ou plutôt avec seulement le bonheur de voir grandir plein d'autres enfants qui ne sont pas les miens.
...
Tu viens de faire sortir du placard un très vieux texte.
"Sur la photo,
Il y a le père,
Il y a la mère
Et puis l’enfant qui n’est pas né.
S’il te plaît, dessine-moi,
A dit l’enfant qui n’est pas né
Alors, maladroits, attentifs
Ils ont tenté
D’esquisser ce qui n’a pas été.
C’est un dessin à la plume."
Merci.
lettre à celui qui est né pas assez longtemps
je rejoins le groupe des mamans qui n'ont pas toujours eu de la chance, des mamans à qui on a dit à l'hôpital juste après le drame du fils né qui n'a pas survécu "vous en ferez un autre de toute façon", à qui on a dit "il faudra faire une autopsie, il devait avoir une grave malformation cardio ou pulmonaire" et qui a hurlé sa douleur à la lecture du compte-rendu qu'on ne voulait pas lui donner. elle l'a lu par la fin comme elle le fait avec les magazines. on pouvait y lire en conclusion : "bel enfant !" j'en ai encore mal au ventre... mais je veux croire à ce paradis dont tu parles. oui, il est impossible qu'il n'existe pas et qu'on ne s'y rencontre pas un jour.
Oh, Tiphaine ! Il est magnifique ce texte et il me touche énormément... Je n'ai pas vécu cela mais j'arrive à imaginer ce trou béant que peut laisser une vie qui utérine qui n'arrivera pas jusqu'à la vie terrestre.
Merci pour nous toutes, merci pour ces petits bouts d'âmes (en)volées, rarement (pré)nommées, jamais oubliées...
Très beau texte. Poignant. Nous avons quatre enfants. Nous nous sommes arrêtés là, d'un commun accord. Mais il m'arrive aussi parfois de penser à ceux qui auraient pu être et qui n'ont pas été. C'est un sentiment dérangeant, une nostalgie triste des jours de pluie...
Merci pour vos commentaires, ils me touchent.
Poster un commentaire
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=135361&pid=5559366
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :

