dimanche 9 mars 2008
La demande en mariage
Il y a quelques temps, Ada a fait sur son blog le récit d'une demande en mariage. Je lui avais alors promis de lui raconter comment les parents de mon homme sont venus demander ma main. Voici donc l'histoire de ma demande en mariage.
Ambiance musicale : Gigue du plateau Mont-Royal, par La Tuque Bleue
Ça se passe il y a sept ans, dans une petite maison en pierres, au cœur de la Bretagne. Mon homme et moi venons d’annoncer à mes beaux parents que nous allons nous marier. Belle maman raconte comment la mère de beau papa est venu demander la main de sa future femme à ses parents. Elle parle du petit panier, des gants beurre frais. Mon homme sourit en imaginant des gants trempés dans du beurre frais, Belle maman raconte, beau papa fait mine d’être ailleurs et moi, j’écoute. Je n’en perds pas une miette.
Le soir même, j’en cause à mon futur époux : je voudrais que ses parents viennent demander ma main pour lui à mes parents. Je sais, c’est vieux jeu, je reconnais le côté désuet mais délicieusement suranné d’une telle démarche. C’est égal, ce n’est pas pour le folklore même si c’est un folklore que j’aime. J’attache une grande importance aux symboles. A mes propres symboles. Je ne me suis pas mariée pour la cérémonie, pour la robe, pour l’église, pour la fête, pour les photos, pour être la reine d’un jour. Le mariage n’est pas pour moi un simple bout de papier. C’est le symbole de mon amour pour mon homme, l’engagement au yeux de tous, l’engagement à ses yeux, aux yeux de l’amour. Hier soir, nous avons mangé avec des amis qui se préparent au mariage. L’un d’eux m’a demandé ce que le mariage avait changé dans ma vie. Sur le plan du quotidien, ça n’a absolument rien changé, un observateur extérieur dirait qu’à l’œil nu, rien n’a bougé. Ce que le mariage a changé, c’est dans ma tête que ça se passe. Sans vouloir être trop grandiloquente, je dirai que depuis l’instant où je me suis mariée, je sais qu’entre mon chéri et moi, c’est pour la vie et jusqu’à la mort. Je ne suis pas naïve au point de croire qu’un accident n’arrive jamais, je sais qu’il est possible qu’un jour nous ne nous entendions plus, mais, pour tout vous dire, je n’y crois pas. Le mariage m’a permis de construire mon futur, je ne me voyais pas faire des enfants, acheter une maison, faire toutes sortes de projets à long terme, sans mariage. Ce n’est pas une garantie sur l’avenir mais ça y ressemble. C’est une promesse mutuelle, c’est la tentative pleine d’espoir d’un avenir commun.
Un symbole.
Si mes parents s’étaient opposés à ce mariage, je reste persuadée que je me serais mariée quand même, mais c’était important pour moi, qu’ils soient d’accord. Et qu’ils le disent. Et comment le savoir autrement que par cette cérémonie, sans doute décalée, peut-être un brin ridicule dans cette société déboussolée où l’on case les vieux à l’hospice et dans laquelle on voudrait croire que nous nous sommes faits tout seuls ?
J’explique à mon homme et il sourit.
J’ai besoin qu’un accord concret se scelle entre nos deux familles, j’ai envie d’entendre la demande des parents de mon homme, la réponse de mes parents.
Une semaine plus tard, beau papa, belle maman et futur époux arrivent dans une petite maison de pierres, au cœur de la Normandie. Ils ont leurs beaux habits du dimanche. Papa et maman sont debout sur le perron. Un peu étonnés de cette première rencontre, un peu mal à l’aise aussi. Bien sûr, je les ai prévenus de cette demande, mais, à vrai dire, ils ne s’attendent pas à ce que cela soit si officiel, ils se sont imaginés qu’il s’agissait juste d’un repas de fiançailles. Beau papa s’avance vers eux. Il n’a pas de gants beurre frais mais sa supplique ne manque pas d’allure avec des circonvolutions, des rimes en pagaille, des parenthèses délicieuses.
Maman sourit, papa est ému mais il essaie de ne pas trop le montrer et il dandine sur ses deux jambes en regardant à l’horizon. Le fond de l’air est frais, semble-t-il dire. Beau papa a posé la question, enfin, c’est à papa de parler. Nous sommes devant l’entrée et belle maman porte à la main un petit panier d’osier contenant une bonne bouteille de Champagne et une autre de Chouchen, bretonnitude oblige. La tradition dit que les parents de la future mariée signifient leur accord par le déplacement de ce petit panier. Si le petit panier reste devant la porte, les épousailles n’auront pas lieu, s’il entre dans la maison, c’est toute la famille qui vient avec pour se réjouir !
Papa fait durer le temps, il n’a qu’une seule fille, c’est beau papa et belle maman qui se dandinent maintenant tandis que mon père essaie de gagner du temps et leur propose de faire un tour du jardin, d’admirer les arbres, les fleurs. C’est là que maman intervient en prenant un air fâché mais on voit bien que ses yeux rient : « Non !, non !, non !, tu leur dis oui, et puis c’est tout ! J’ai un rôti au four moi, je n’ai pas envie qu’il brûle ! ».
Papa a dit oui, nous nous sommes embrassés et le petit panier est rentré dans la maison de pierres. On s’est un peu moqué de moi, de mes lubies auxquelles il faut bien céder, parce que je suis une gentille fille dans le fond, mais je ne regrette rien. Il fallait que ce moment aie lieu. Je crois que nous en avions tous besoin. Mettre des mots sur un départ symbolique, une nouvelle vie, accepter le départ du fils, de la fille, ce n’est pas rien. J’aime mieux les mots qui brillent en plein jour que ceux qu’on n’a pas osé dire, ou ceux qu’on aurait dû dire.
En cette matinée de fin d’été, un premier mariage a eu lieu.
Celui de deux familles.
Avec pour tout officier : un petit panier.
Et le ciel pour témoin.
Commentaires
Vous savez quoi ?
je trouve que vous êtes une gentille fille !
:-))))))))))))))
Dans deux mille ans, voilà un témoignage qui deviendra essentiel sur les us et coutumes dans la France de l'Ouest au début du troisième millénaire...
Ma Doué beniget! Ça c'est de la demande de demande en mariage!
Superbe !!! Merci. Et bisous à vous deux, les mariés du petit panier !
Belle volonté d'ancrer le projet amoureux dans une histoire collective. Parce qu'il parait que "nous ne nous sommes pas faits tout seuls" !
Merci de l'avoir partagé.
Je pourrais encore rebondir sur ton "ricochet" avec ma 1ère demande en mariage (qui a capoté !)... je vais voir, ça ferait un pendant aux familles et à la manière dont y échappe pour quand même se faire un peu tout seuls...
Magnifique !
Et bravo à monsieur ! Ma mienne aurait voulu tout ça que ça m'aurait fait tout drôle :-)
Adoré ces deux phrases en particulier :
le petit panier est rentré dans la maison de pierres.
J’aime mieux les mots qui brillent en plein jour que ceux qu’on n’a pas osé dire, ou ceux qu’on aurait dû dire.
Magnifique !
Et bravo à monsieur ! Ma mienne aurait voulu tout ça que ça m'aurait fait tout drôle :-)
Adoré ces deux phrases en particulier :
le petit panier est rentré dans la maison de pierres.
J’aime mieux les mots qui brillent en plein jour que ceux qu’on n’a pas osé dire, ou ceux qu’on aurait dû dire.
Il y a des préférences : les com de Didier passent 2 fois et le mien n'a pas voulu passer(mauvaise manip)
Je recommence :
"J'avais lu ce texte et n'avais pas voulu intervenir. Ma femme, passant par là, l'a découvert.
- Tu as lu la demande en mariage chez Marie ?
- Chez Tiphaine tu veux dire.
- Heu, oui, chez Tiphaine.
Et là, des yeux en amande, une voix plus douce, un sourire d'ange :
- C'est très beau, non ?
Tellement attendrissante que j'aurais dû répondre "Oui"
Mais, je me ressaisis et répondis :
- Bof, s'émouvoir pour ça... j'hésite entre cul-cul et con-con.
Une demi-heure de discours sur le romantisme,la belle façon de sceller un amour, fleur-bleue et tutti quanti.
(j'ai pensé aux nouveaux fans de Chantal Goya... le genre c'est un degré supplémentaire)
J'ai fini par rendre les armes en balançant, avec douceur, second degré et machisme contrôlé "bon, c'est des trucs de gonzesses"
...
J'ai préféré la sieste qui suivit à la demande en mariage.
Elle me plaît beaucoup cette histoire. Surtout, je trouve très fort d'avoir eu la force de le faire: c'est un acte poétique, qui imprime ce moment dans la toile de la vie. C'est à la fois si simple et si courageux...C'est le signe d'une belle âme.
"Réponses"
Papistache : merci !(et là faudrait un smiley qui montre mon sourire mais on ne l'a pas encore inventé alors je vous laisse l'imaginer!)
Madison : et plutôt deux fois qu'une!
Topa : for the fioutioures génétachionnes, donc !
Anita : belle maman avait oublié les galettes cependant, mais j'ai fini par le lui pardonner !
Marie : On est aussi les mariés du poirier, il faudra que je raconte ça un jour!
Ada : J'attends avec plaisir.
Didier : Monsieur est très patient!
Didier : Monsieur est très patient !
Claudiogène : La sieste était aussi très bien, tu as raison!
Bruno : Je ne sais pas si c'est du courage, de la folie, de la bêtise, du romantisme à deux balles, je ne veux juste plus rien regretter. Vaste programme, n'est-ce pas? !
trop beau... emouvant;-) et c est vrai qu il faut s'attacher a ce genre de symbole dans une societe ou tout fout le camp... Mais quand meme, ca va me faire bizarre d'aller demander la main de ma belle a son papa, le jour venu (heureusement j'ai encore quelques annees devant moi)!!!
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