El bolg

de la vie en vrac...

samedi 19 avril 2008

A mon fils qui a cinq ans aujourd'hui

    Ma petite graine de cassis, tu grandis, tu grandis, tu prends toute la place de ton lit. Je regarde d’un air désemparé la valse de tes chaussures, l’une chasse l’autre, elles s’entassent dans le garage. Tu riras sans doute quand tu liras ça mais j’ai déjà pleuré devant tes chaussures…
    Ton pied est doux, tellement doux, il sait à peine les cailloux de la vie. Il y en a toujours un qui sort de ta couette quand tu dors, tous les soirs, je le recouvre sans un bruit.
    Je t’aime mon fils, pas un jour sans que je ne te le dise, pas un jour sans que tu ne me le dises. Je voudrais que ça ne s’arrête pas mais je sais bien que ça va s’arrêter. Alors si tu savais ce que j’en profite ! Tu as toujours détesté être contenu, tu te débats si on essaie de t’embrasser. Il me faut être patiente, attendre ce moment unique où tu vas venir vers moi et te blottir contre mon corps. Tes cheveux qui sentent ma violette, ton cou à bisous, ton nez qui vient s’essuyer sur mes vêtements, ta main qui cherche ma peau, ta bouche qui chuchote des histoires magiques, ton nombril qui me rappelle que nous ne sommes pas liés que par le sang. Nous sommes liés physiquement, c’est comme si tu étais une partie de moi, une partie qui me manque parfois. Mais les enfants, il faut savoir les lâcher, les laisser grandir. Ce n’est pas facile pour moi, un jour peut-être tu comprendras ça, mais avant tu risques de m’en vouloir de cet attachement. Promis, je ferai semblant que je suis vaguement détachée, je ne peux pas te promettre plus ! Je fais déjà semblant.
    Tu ne sais pas encore les morsures de la vie, ça commence un peu pourtant, un petit morveux qui t’a cassé tes lunettes, une dent qui se fait la malle, des zozos qui veulent te piquer tes dragons, des briseurs de rêves qui veulent te formater, des mesureurs, des chiffreurs, des pédiatres il paraît, des spécialistes à ce qu'on dit... Tu as cinq ans et déjà tu as été évalué, mesuré, jaugé, estimé, comptabilisé, chiffré, déchiffré, on a mis des petites croix dans des petites cases, plein de petites cases. Je déteste ça. On frappe la table qui t’a fait mal, on froisse la feuille, on jette le cahier, on coupe le pull au col trop serré, on insulte le méchant président pas beau… Mais il y a tout ce que tu ne me dis pas, tout ce que tu gardes pour toi, tout ce qui reste serré dans tes petits poings fiers.
    Mon petitouan, mon géant, tu me demandes de te raconter l’histoire de la baleine, et je te dis son incroyable voyage, les mers aux couleurs d’émeraude et de sang, les monstres fabuleux, les pirates impitoyables aux cœurs de motte de beurre, les îles à la cannelle et les terres de feu bleu…
    Ma petite graine de cassis, poussée si vite, des rêves sous les paupières, de l’amour qui coule de ta bouche, tes mots sont comme des pépites de soleil que je garde en moi. La petite baleine aux yeux d’étoile n’est pas pressée de finir le voyage…
    Vivre avec toi mon fils est un voyage au goût de poivre rose, piquant et doux, tellement doux.

tifetit

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Posté par poutouland à 01:23 - en toutes lettres - Commentaires [12] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Tu veux me faire pleurer dès le matin ?
Auguri nipotino !

Posté par Nonna, samedi 19 avril 2008 à 06:01

Sur ces textes-là, tu es imbattable !
Buon compleano a questo beato bambino che ha une mamma e une nonna cosi mamma e cosi nonna.

Posté par Claudiogène, samedi 19 avril 2008 à 07:08

Magnifique

L'enfant né de l'étoile est un enfant du bonheur. Puisse-t-il connaître sa chance et un jour, lire ces lignes.

Posté par Didier, samedi 19 avril 2008 à 07:47

Il ne reste plus de mots pour dire comment ce texte est beau.
L'amour – qu'on ne peut mesurer – déborde.

Posté par Yves, samedi 19 avril 2008 à 11:44

ouch, I say. C'est magnifique. Quand la graine de cassis sera en âge de la mélanger au vin pour en faire un bel apéritif, il relira ce billet, et ce sera son plat de résistance.
Merci de tes bises

Posté par melle Bille, samedi 19 avril 2008 à 22:15

Bon anniversaire au petit bout

Un bon anniversaire au petit bout, alors !

Dans quelques jours, ma fille prendra aussi 5 ans. Comme j'aurais aimé lui laisser un texte aussi beau que le tien. C'est à la fois une preuve de ton amour d'aujourd'hui, mais une trace, un beau témoignage du passé quand dans quelques années, ta petite graine de cassis sera en mesure de lire et d'apprécier ce texte...

Damien

Posté par Patardam, dimanche 20 avril 2008 à 00:01

Damien : lance toi, je suis sûre que si tu laisses ton coeur parler, ce que tu écriras à ta fille aura beaucoup de valeur pour elle. Et c'est ça qui est le plus important!
A tous : Grazie mille !

Posté par Tiphaine, dimanche 20 avril 2008 à 01:16

Embrasse pour moi ce petit homme, encore sûrement trop jeune pour réaliser la chance qu'il a d'avoir une maman au coeur si grand..

Posté par Bruno, dimanche 20 avril 2008 à 11:18

Bruno : c'est fait! Il m'a dit un truc que je n'avais jamais réalisé jusqu'ici : "j'aime bien les câlins et les bisous quand je suis pas triste. Quand je suis triste, j'aime pas les câlins.". C'est drôle,moi qui ai toujours envie de le câliner quand il est triste, je n'avais pas compris ça.
Pour ce qui est des grands cœurs ou des petits cœurs, je crois que tout le monde a un grand cœur, c'est juste que ce n'est pas toujours évident ni de l'admettre, ni de s'en servir! Mais rien n'est jamais perdu, le cœur c'est comme le vélo, une fois qu'on sait s'en servir, ça reste pour toute la vie, suffit juste d'avoir envie de se promener à nouveau!

Posté par Tiphaine, dimanche 20 avril 2008 à 13:59

trop mimi ;-)

Posté par Madison, lundi 21 avril 2008 à 19:59

Emue

J'en ai les larmes aux yeux.
Mon fils aîné aura bientôt 5 ans et mon deuxième petit loulou a eu 2 ans dimanche. J'aimerais savoir leur écrire des textes comme celui-là.

Merci à ClauDiogène de m'avoir conseillé la lecture de votre blog.

Posté par Berrybelle, mardi 22 avril 2008 à 16:39

Berrybelle : Même réponse qu'à l'ami Damien : ce que tu écriras à tes enfants aura beaucoup de valeur pour eux parce que c'est toi qui l'auras écrit avec les mots de ton cœur. Lance-toi, tu ne le regretteras pas!
Les mots de Claudiogène vont me manquer.

Posté par Tiphaine, mardi 22 avril 2008 à 20:07

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