El bolg

de la vie en vrac...

dimanche 27 avril 2008

Les lus

Melle Bille a proposé à ses lecteurs de piquer le morceau d'un de ses savoureux articles pour jouer avec. Le texte qui suit, c'est ma contribution à ce jeu.
D'autres lecteurs participent, je vous invite à leur rendre visite en cliquant sur les liens suivants :
Monsieurmonsieur, Le Président, Macaron , STVLe roi Ubu , Ardalia , Zelda?

VagantSandrine et Berthoise


Les lus

"Tout le monde sait parfaitement que l'archiviste est un morceau de carton, un leurre destiné à nous faire croire qu'un érudit original hante encore les sous-sols de la bibliothèque."
Ce que vous ignorez peut-être, c’est que les livres eux-mêmes n’existent  pas.
Du moins, pas encore…
Les livres qui reposent dans les sous-sols de la bibliothèque sont morts.
La poussière les recouvre, ils croulent sous le poids du néant, ils attendent qu’enfin quelqu’un les appelle, qu’une main inscrive leur nom sur une petite fiche.
Lorsqu'une main s’apprête à inscrire un nom sur le bout de carton, ça s’agite en bas.
Lorsqu'une main remplit une fiche, elle signe la résurrection d’un livre.
Un élu va sortir du néant !
Les pages des romans à l’eau de rose se mettent à frissonner doucement sous l’œil attendri des vieilles encyclopédies; les livres de cuisine se mettent à bouillonner, à petit feu pour commencer; la couverture des romans d’aventure se gonfle, épousant à s’y méprendre la forme d’une voile; les ouvrages de science-fiction se rematérialisent par morceaux; les pièces de théâtre se mettent à tousser pour s’éclaircir la voix; les personnages de bandes dessinées retournent dans leurs cases; les recueils de poésie ne mouftent pas, trop occupés qu’ils sont à rassembler leurs mots qui se sont éparpillés absolument partout;  les cartes se redessinent, les lettres s’écrivent,  les poèmes se disent, les pamphlets s’aiguisent…
Quelques dictionnaires snobent leurs congénères de papier, ils sont tellement persuadés de leur importance qu’ils se doivent de ne pas participer à ce début d’euphorie. On ne se méfiera jamais assez de l’œuf au riz, pensent-ils en secret, et ils se délectent presque amoureusement de leur jeu de mots.
Sous cette main, les pages vont vibrer à nouveau, grâce à cette main, les mots ressuscitent.
Lorsqu'une main remplit une fiche, elle ne sait rien du drame qui se joue en bas.
Que peut savoir une main ?
Des millions de candidats, un seul élu !
Vous allez me dire que c’est le principe même de la vie, qu’il n’y a pas de quoi dramatiser non plus, ce ne sont que des livres après tout !
Malheureux ! N’avez-vous donc pas compris que NOUS sommes ces livres ?

Posté par poutouland à 00:01 - nouvelles - Commentaires [16] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Je lis , et je souffle doucement sur l'écran, oui oui, je vois, ça bouge, pas de doute, c'est vivant.

Posté par berthoise, dimanche 27 avril 2008 à 01:13

Berthoise : tu veux dire que chez toi aussi ça bouge? Incroyable ! Nous vivons vraiment une époque formidable!

Posté par Tiphaine, dimanche 27 avril 2008 à 01:38

Vraiment navrée , mais mon commentaire est encore bloqué au troisième sous-sol.

Posté par Anne Onim, dimanche 27 avril 2008 à 04:43

mais qui de l'oeuf au riz ou de la poule au riz ?

une vision très poétique de ce qui se passe là bas, dans les sous-sols. Ça m'a donné le sourire jusqu'aux oreilles ;-)
C'est fou ce qu'un p'tit jeu anodin peut déclencher comme création.
Jolie rencontre. Merci ;-)

Posté par Fred Cokenpat, dimanche 27 avril 2008 à 06:26

Je ne regarderai plus un livre de la même façon, ça c'est sûr... Merci, d'avoir si poétiquement décrit la vrai vie d'un livre... "Nous sommes des livres", j'adore cette idée, imaginer que les gens soient des romans d'aventures ou des encyclopédie, des livres précieux, des recueils poétiques... plus ou moins ouverts...
Et merci à Mlle Bille pour nous donner l'occasion de nous rencontrer !

Posté par Sandrine, dimanche 27 avril 2008 à 07:02

Bravo..bravo!!! j'aime beaucoup cette idée et sa mise en scène..Et puis je note: 4-2 dans le duel au couteau que se livrent les "!" et les "?"..c'est bon signe (c'est le cas de le dire), ça...

Posté par Bruno, dimanche 27 avril 2008 à 10:21

J'aime bien l'idée des livres de poésie qui ne mouftent pas en rassemblant leurs poussins z'égarés.
Le texte dans son ensemble pose la question : est-ce que ça fait pareil sur Google ? Est-ce que le seul fait de Googueuliser un concept lui donne vie ? Ce serait effrayant mais super pratique.
Par exemple : on tape "arrachoir de poils de nez à propulsion nucléaire" et hop ! on se met à en trouver dans tous les magasins...
C'est dit ! j'essaye et je vous tiens au courant...

Posté par Jacques, dimanche 27 avril 2008 à 11:41

Joli, ça fait penser à "L'ombre du vent".

Posté par la Mère Castor, dimanche 27 avril 2008 à 15:13

Anne Onim : J'attendrai... le jour et la nuit...
Fred Cokenpat : Un petit côté dictionnaire, donc?!
sandrine : La tombe de mes grands-parents, c'est un livre avec deux dates de vie et de mort, à chaque fois que je pense à eux, j'ai l'impression d'ouvrir à nouveau le livre de leur vie.
Bruno : Coin! coin !(c'est bon cygne, ça?)Je vois que tu ne perds pas le fil !!! (et 5 de plus)
Jacques : ça fait pareil sur google, la preuve :
http://www.stupid.com/fun/FRDB.html La mère Castor : Merci, je n'y avais pas pensé mais j'adore ce livre !

Posté par Tiphaine, dimanche 27 avril 2008 à 15:34

Deux rebonds :
1) "Fahrenheit 451", livre de science-fiction de Ray Bradbury et film de François Truffaut, dans lesquels les résistants à l'oppression apprennent par coeur des livres pour "transmettre"...
2) livre de photos de Philippe Collignon, de Saint-Dié, qui met en évidence la vie des livres de la bibliothèque, vus sous un angle personnel.
(Le titre est peut-être "L'humus inscrit".)

Posté par Topa, dimanche 27 avril 2008 à 19:53

Topa : je me sens en très bonne compagnie, merci!

Posté par Tiphaine, dimanche 27 avril 2008 à 20:29

C'est donc pour ça qu'on dit parfois qu'il faut tourner la page ;-)

Posté par Madison, dimanche 27 avril 2008 à 23:03

je suis fascinée par l'étendue de l'imagination de tous les participants au jeu, j'en ai les pages toutes ébouriffées, et une banane large comme ça sur le visage

Posté par melle Bille, lundi 28 avril 2008 à 09:28

Comme c'est poetique...

et fantastique a la fois. Tres belle idee !

Posté par Vagant, lundi 28 avril 2008 à 10:40

Ouvrir le livre de tes grands parents en pensée : voilà une bien jolie image. Une vie : ce qu'il y a entre un premier chapitre et le point final... et l'amour qu'on porte à un livre qui fait que parfois on peut l'ouvrir des jesaispascombien de fois...
Moi qui depuis hier et la lecture de ton texte étais en train de me demander ce qu'est un livre... Voici une réponse et je sais que c'est bien d'autres choses aussi... Merci, encore;-)

Posté par Sandrine, lundi 28 avril 2008 à 14:27

Madison : sans doute !
Melle Bille : merci à toi, c'est grâce à toi!
Vagant : merci !
Sandrine : de rien, c'est avec plaisir !

Posté par Tiphaine, lundi 28 avril 2008 à 21:05

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