jeudi 15 mai 2008
La petite fille en moi
Au fond de moi, une enfant qui a peur.
Qui ne sait ni les raisons de ma raison, ni les raisons de mon cœur.
Une petite fille tyrannique qui voudrait m’empêcher de croire au bonheur.
Je ne l’ai pas bâillonnée, je ne l’ai pas ensevelie profondément en moi.
J’ai essayé pourtant.
J’ai fini par lui prendre la main pour lui dire avec des mots simples et doux que la vie vaut la peine d’être vécue, que tous les hommes ne sont pas des assassins ou des violeurs, que les jours peuvent avoir le goût du maïs chaud, que les nuits ne sont pas peuplées que de cauchemars, que le pardon libère, que la main qui frappe n’est pas plus forte que la main qui caresse, que le passé n’est pas un piège dont on ne peut sortir, que se tromper est humain, que la vie, la vie, la vie plutôt que la mort.
Elle a fini par me sourire la petite fille.
Elle a fini par accepter de déposer les armes.
Elle n’a pas complètement désarmé pourtant.
Elle n’est jamais loin de moi.
Elle revient quand je suis faible, quand je doute, elle arrive aussi quand je m’y attends le moins, quand je suis heureuse, quand la vie me sourit, j’entends sa petite voix qui me dit : « tous des salauds ».
Il faut être patient avec les enfants.
Je lui prends la main, encore.
Parfois, la petite fille hurle en moi, elle me crie de ne pas croire en la beauté, elle me dit que l’amour n’existe pas, elle me dit que je rêve, que le monde est cruel, terriblement cruel.
Parfois, la petite fille est plus forte que moi. L’espace d’un instant, ma raison vacille, j’oublie qui je suis, j’oublie que j’ai grandi, et je la crois.
Parce que cette petite fille, c’est aussi moi.
Il me faut alors lui pardonner, toujours, parce que si je ne lui pardonne pas, je ne serai pas capable de m’aimer.
Et si je ne m’aime pas, qui pourrai-je aimer, vraiment ?
Commentaires
Des grosses bises à la petite fille.
Cet hymne à la vie est magnifique Tiphaine.
Merci.
J'ai été très emue par ce texte.
lui pardonner quoi? Et pardonner à qui?
wouaow... touchée...
"Dites ces mots ma vie et retenez vos larmes..."
(tonton Aragon)
Je me sens très touchée par ton texte moi aussi...
Quelle est forte celle qui "croît" entre lucidité et foi !
Un jour apprivoisée la petite fille avancera main dans la main avec la femme et l'amour, miraculeusement trouvera un chemin...
La différence entre toi et cette petite fille, c'est que l'adulte que tu es devenue sait que la petite fille existe. La petite fille, elle, ne savait pas qu'il y aurait un jour une adulte pour parler à sa peur.
Sur un blogue voisin l'auteure aime préciser à la fin de certains billets : "Ceci est une fiction" ce qui risque d'induire en erreur le jour où elle omet de le préciser.
Et si elle ne s'aime pas qui pourra l'aimer ?
Anne Onim : Pardonner à la petite fille d'essayer de m'empêcher de croire au bonheur.
A tous : merci pour vos commentaires, merci beaucoup.
"Je veux toujours rester petite..." (Lény Escudéro)
Topa : "pour ne pas ressembler aux grands..."
C'est la petite fille de l'histoire ?
Topa je dois aller écouter Leny Escudero très prochainement...
Rosa : tu en as de la chance d'aller écouter Lény !
La petite fille de l'histoire? Oui, sans doute.
Aujourd'hui j'ai emmené ma petite-fille au théâtre.
C'était une histoire adorable avec jeux d'ombres, de couleurs de musique... qui parlait d'une petite fille qui ne pouvait pas parler et son coeur était plus lourd, trop lourd. Heureusement elle avait des copains qui l'ont emmenée en barque dans la grotte d'un géant.
Au cours de son voyage elle a découvert qu'elle portait dans son coeur le secret de l'origine du monde.
Quand elle a pu nommer les êtres vivant sur terre, elle a pu parler et son coeur est devenu léger.
Rosa : elle est très jolie cette histoire ! Elle me rappelle quelque chose... Mais quoi?!
Poster un commentaire
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=135361&pid=9194698
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :

