J’ai rencontré Dieu sur un petit chemin, dans les Corbières.
Nous cherchions des asperges sauvages. Je n’en ai jamais trouvé. Mon fils courait devant avec son père, ils voulaient être les premiers à arriver à la rivière, mes amis avaient le nez dans le talus pour débusquer la rebelle, ma fille regardait le paysage du haut de ses dix mois et de sa poussette.
J’avançais doucement, comme toujours, loin derrière et heureuse de profiter de la beauté du paysage, du bonheur d’être avec ceux que j’aime, de l’odeur des fleurs, du bruit de l’eau, des cailloux multicolores, du vent qui caresse et du soleil qui chauffe.
J’ai fini par me retrouver seule sur le chemin. Les autres m’avaient distancée, déjà, et ça m’allait bien, je n’aime pas qu’on m’attende.
Et puis soudain, une étrange musique. C’est beau, c'est doux, c’est triste et joyeux à la fois. J’avance un peu plus vite, j’ai envie de savoir. Autour de moi, les montagnes, les arbres et les asperges sauvages qui resteront cachées. Je suis le son, je m’écarte du chemin, la musique enfle, je ne connais pas cet air, je ne sais pas qui joue, je ne cherche plus, j’entends, j’écoute, les notes entrent en moi, elles roulent, c’est comme si elles disaient je t’aime à chaque partie de moi. A mon corps, à mon cœur, à ma raison, à ma folie, à mon âme.
C'est tellement beau, c'est tellement doux.
Cet air est indicible, mes mots sont impuissants.
C’est comme si la grâce était tombée du ciel.
La musique s’arrête, j’ai envie de hurler merci.
Je hurle.
La musique reprend.
Merci...
Je continue, je marche, je cours vers elle.

Une petite maison à flanc de colline.
Un homme debout, face au soleil.

Il souffle dans un saxophone.

Le temps s’est arrêté...