dimanche 1 juin 2008
Lettre à ma fille qui a deux ans aujourd'hui
C’était il y a deux ans,
Il faisait chaud, le soleil jouait à l’été, les nuages n’avaient plus rien à inventer, la clinique s’était dématérialisée, le monde avait cessé de tourner, je n’entendais que tes cris qui déchiraient le silence.
Tes cris qui me disaient ta rage de vivre !
Ma Lilounette, ma petite fille aux yeux de cabri, mon hibiscus à la vanille, mon feu d’artifice à roulettes, ma crapule des îles, mon mont Ventoux, ma tartine de rigolade, mon caillou pour la soif, mon ascenseur pour le ciel bleu…
Petite Lilounette aux yeux de cabri, j’aime tellement cette énergie farouche que tu mets dans tout ce que tu fais. Tu dévores la vie, tu prends tout ce que tu peux prendre, tu réclames, tu hurles, tu te roules par terre ! D’aucuns diraient que tu as un sale caractère…
Tu as bien raison ma Lilounette, je t’apprendrai sans doute ce qu’on apprend à tous les enfants, c’est pas poli de réclamer… Mais dans le fond, c’est toi qui as raison, il FAUT demander, il faut réclamer, il faut faire vibrer le monde comme tu le fais vibrer de toutes tes forces.
Tu es entrée en fanfare dans ma vie, il y a deux ans aujourd’hui.
Tornade qui fait voler en éclats la monotonie,
Explosion de vie,
Feu de réalité !
Qu’est ce que tu es belle, ma fille !
Et qu’est ce que c’est bon de t’avoir près de moi !
Tu te réveilles, tu ouvres doucement les yeux et tu souris.
Tous les matins, tu me dis avec ton sourire que la vie est belle, qu’il faut avoir confiance en elle.
Tous les jours, tu bouscules mes habitudes, tu me montres le chemin de la joie. Encore et encore goûter à tout, lécher le sol, essayer toutes les chaussures, vider le frigo, écrire sur les murs, écouter la musique à fond, danser, tourner, embrasser les escargots, répéter cent fois les mêmes mots avec un air ravi, tirer la langue, essayer de courir sans tomber, parler aux fantômes, faire de la soupe aux cailloux, miauler, se déshabiller, marcher pieds nus, se cacher sous la table, faire semblant de rire pour rire, jouer à pleurer, commencer les livres par n’importe quelle page, bouffer les noyaux, se taper sur le ventre, se vautrer dans la poussière, chanter à tue tête, dire bonjour aux fleurs, sauter dans les flaques d’eau, applaudir la radio, observer avec attention une pince à linge, débrancher tout, allumer toutes les lumières, faire peur au malheur, dire beurk avec dégoût, dire miam avec gourmandise, cligner des yeux pour faire semblant de dormir, se mettre une serviette sur la tête puis hurler coucou, donner à manger de l’herbe au nounours, gribouiller les factures et les copies, faire des grimaces dans le miroir, sauter sur le lit, vider les tiroirs, crier dans le noir, hurler de plaisir… Encore et encore ! ! !
Tous les soirs, tu luttes contre le sommeil, tu réclames toujours des chansons, des baisers, des histoires. Seule la fatigue finit par avoir raison de ton envie de rester debout, encore.
Et toutes les nuits, tu souris dans ton sommeil...
Mon Aziliz, petite flamme, tu dévores, tu brûles d’amour tout ce qui passe à ta portée.
Mon Aziliz, petit oiseau tout doux aussi qui vient reposer ses ailes contre mon cœur.
Tu arrives sur la pointe des pieds, tu grimpes dans mon lit pour me faire un câlin. Ta petite main sur ma joue, tes yeux qui étincellent, on dirait que je deviens ton enfant, on dirait que tu devines que j'ai besoin de ta tendresse. Tu me regardes, tu souris.
Tu me dis soudain : « T’aime maman ! ».
Et tu repars en trombe vers d’autres aventures !
Tu tends les bras à la vie, à l’amour, à la beauté du monde.
Tu es la vie, l’amour et la beauté de ce monde.
Ma Lilounette, tellement vivante et tellement douce aussi.
Petite flamme qui consume et qui réchauffe.
Merci mon Aziliz.
Merci.
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