El bolg

de la vie en vrac...

lundi 16 juin 2008

Une gentille fille

Ils sont au lit. Ils viennent de faire l’amour.
Il la regarde tendrement et il lui dit : « Comme tu es gentille ».
Elle essaie de sourire, elle est gentille, surtout ne pas lui montrer qu’elle est blessée.
Il s’en va, elle reste dans le lit défait.
Il est parti, elle peut pleurer.
Il ne voudrait pas qu’elle pleure.
Il n’aimerait pas ça.
Elle pleure les gestes manqués d’autrefois.
Elle pleure sa foutue gentillesse.
Elle voudrait ne plus jamais entendre ces mots dans la bouche d’un homme qu’elle aime.

Celui qui revenait le soir aviné
Celui qui hurlait
Celui qui insultait
Celui qui était froid puis chaud puis froid
Celui qui la battait pour tout, pour rien
Celui qui la trompait sous son nez
Celui qui la trompait avec un autre
Celui qui la forçait
Celui qui ne s’intéressait qu’à lui
Celui qui

Tous, ils finissaient par venir pleurer dans ses bras,
Pour qu’elle leur pardonne de n’être que des hommes faibles.

Tu es tellement gentille…
Tu me comprends si bien,
Tu sais que je n’ai pas voulu te faire de mal,
Tu sais que je t’aime,
Tu sais que c’est toi que j’aime
Ce n’est pas toi que je frappe
Ce n’est pas toi que j’insulte
Ce n’est pas toi que je viole.

Tous, ils finissaient par venir pleurer dans ses bras, pour qu’elle leur pardonne de n’être que des hommes.
Elle est seule dans le lit, en colère contre cette foutue gentillesse qui lui colle à la peau.
Elle voudrait être méchante, égoïste, sans pitié, elle voudrait frapper elle aussi.
On ne sait jamais, peut-être que ça fait du bien.
Elle ne peut pas.
Elle est gentille.
Elle pleure les gestes ratés
Elle pleure ses soumissions
Elle pleure ses humiliations
Elle pleure d’avoir été gentille
Elle pleure parce qu’elle sait qu’elle sera toujours gentille.

Il y aura toujours un homme à consoler.
Il y aura toujours un homme à pardonner.

Posté par poutouland à 22:15 - nouvelles - Commentaires [11] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1