vendredi 31 octobre 2008
L'arbre qui m'attend
Il est des arbres plus timides que d’autres, des arbres fiers aussi, et des arbres bavards.
Il est des arbres qui s’offrent dès le premier regard, il est des arbres qui résistent de toutes leurs feuilles.
Dans le jardin de chez mes parents, tout au fond, on trouve une haie de peupliers.
C’est au plus grand d’entre eux que j’ai voulu donner mon amitié.
Et c’est celui-ci qui s’est toujours refusé à moi.
Les peupliers, au-dessus de la mêlée des arbres, les cheveux dans les nuages…
Mon peuplier a grandi trop vite, à peine planté et déjà à flirter avec le ciel.
M’a-t-il jamais vue ?
Dans la nuit, mes petits pas sur la pelouse.
Bonsoir monsieur le peuplier…
Il ne m’a pas répondu, pas même un de ces bruissements de feuilles dont ses voisins sont coutumiers.
Mes pieds froids sur l’herbe mouillée, les chouettes qui volent dans le ciel, le vent, les étoiles cachées par les nuages et un peuplier qui se refuse.
Je suis revenue souvent aux pieds de mon peuplier.
Le caresser tout d’abord, puis l’encercler de mes bras.
Il reste insensible.
Quand le ginko m’offre ses plus beaux trésors, quand le cèdre complète ma collection de bleus, quand le hêtre me renvoie à mes petites fènes, quand le désespoir du singe me fait rire, quand le magnolia me tire des larmes, quand le catalpa me dit même pas cap, le peuplier ne peut plier…
Dans le jardin de chez mes parents, tout au fond, on trouve un arbre qui a trop vite grandi.
Au-dessus du peuple de ses congénères, il rêve peut-être du jour où il réchauffera un cœur usé, où il sera la petite boite qui garde les secrets, le volet qui protège les amants, la cagette qui renferme des fruits merveilleux ou le cercueil d'infortune…
Dans le jardin de mes parents, tout au fond, un arbre m’attend depuis longtemps.
jeudi 30 octobre 2008
Tentative de désexplication, 2
Je ne sais pas lire entre mes lignes, j’ai parfois l’impression que ceux qui me lisent me connaissent bien mieux que je ne me connais.
Je voudrais bien pouvoir dire que je suis cette femme ou cette autre mais j’en suis incapable.
Je ne sais pas qui je suis. Je sais à peine qui je ne suis plus, qui je ne suis pas.
Je ne me souviens pas de la petite fille que j’ai été, tellement sage, pas si sage, timide, pas si timide. Je me souviens avoir eu l’âge de lire, je me souviens avoir lu, je me souviens que j’ai eu 20 ans et que j’ai cessé de lire. Un temps.
Qu’ai-je bien pu faire entre toutes ces lignes ?
J’ai inventé ma vie.
J’avais peur qu’on m’interroge sur mes goûts parce que je croyais que je n’en avais pas. J’en avais cependant, j’étais juste capable de tout aimer à un âge où pour s’affirmer il faut avoir des enthousiasmes, des fanatismes, des détestations et des intolérances.
Je ne savais pas me mettre en colère parce que je comprenais les raisons de l’autre, et même si elles semblaient opposées aux miennes, je les considérais comme autant valables.
Je suis pétrie de paradoxes et de contradictions. C’est ainsi que je peux le mieux dire qui je suis, qui je ne suis pas. Forte et fragile, jeune et vieille, patiente et impatiente, amoureuse de la vie et désespérée d’elle, heureuse et malheureuse. Tout à la fois.
Je ne veux pas choisir entre deux chemins, je veux tous les chemins, ceux que je devine aussi et ceux que je ne sais pas encore. Tous les chemins.
Je ne veux pas choisir mais je ne supporterai pas qu’on m’impose quoi que ce soit. Je suis libre des choix que je ne veux pas faire. Et j’en suis prisonnière aussi.
Mon esprit est sans cesse en train de se faire l’avocat du diable, sans cesse en train de chercher le contre exemple, sans cesse il traque la face cachée du monde.
Il y aura toujours un côté qui me sera caché. Je chercherai toujours ce côté qui m’échappe. A chaque fois que je le trouve, le premier s’est dérobé, il me faut recommencer.
Parfois, j’ai l’impression de tourner en rond…
A chaque phrase que j’écris, mon esprit retors entre en marche pour voir si par hasard la proposition inverse ne serait pas aussi juste. Elle l’est souvent.
Il est tellement plus facile d’avancer dans une vie normée.
Il me reste encore quelques rochers sur lesquels je peux me reposer.
Alors je m’accroche.
Et mon esprit me souffle que je devrais au contraire m’abandonner…
La première tentative de désexplication se trouve là.
lundi 27 octobre 2008
Ordonnance
Je me demande quel est le dernier ordre qu'a véritablement donné le capitaine du Titanic.
Pas celui des films et des livres.
L'autre.
samedi 25 octobre 2008
La machinadefidusamedi
Cette semaine, la consigne du défi du samedi était la suivante : "Nous sommes un jury de mécènes. Vous êtes un jeune inventeur. Vous avez deux mille caractères pour nous présenter votre invention
et surtout pour faire pencher la balance en votre faveur pour qu'on
finance votre projet. Attention, l'objet se doit d'être une invention innovante qui révolutionnera... ce que vous voulez!"
Ma participation est là, je vous invite également à découvrir les autres inventions, le choix ne sera pas facile !
mercredi 22 octobre 2008
Comment j'ai rencontré Dieu - 5 -
Je me souviens des phares jaunes croisés dans la nuit.
Une voiture, deux voitures, trois voitures...
Je n'ai jamais sommeil, il y a tant à voir, tant à rêver, tant à imaginer encore...
Je suis assise à l'arrière, ma tête entre les deux sièges avant.
Mon frère dort.
Ma mère fume, je vois le petit rond rouge incandescent et les volutes qui s'échappent par la fenêtre.
Mon père conduit.
La radio chante un air nostalgique.
Un ravin.
Un virage.
Mon père, tout bas : La direction ne marche plus, nous allons mourir.
Ma mère : Nous aurons bien vécu.
Ils se prennent la main, ils ignorent que je ne dors pas.
Je n'ai pas peur de mourir, je n'y crois pas.
Je suis heureuse.
J'aime cette nuit, j'aime cette douceur, cette tranquillité.
J'aime l'amour évident qui se dégage de ce corps endormi et de ces deux mains qui se tiennent.
Je crois que je viens d'inventer Dieu.
dimanche 19 octobre 2008
Mes incroyables mais vrais, épisode dix-sept
Damien est un grand garçon d’une vingtaine d’années. Il fait la fierté de son papa et de sa maman. C’est un jeune homme sportif, sain, titulaire avec mention d’un bac S (mention très bien faut-il le préciser ?), doué pour tout, un vrai petit génie. Et poli avec ça, charmant vous diront toutes les grand-mères. Et elles auront raison. Damien est sans défaut. Le gendre idéal. Il est polytechnicien, ce qui ne gâche rien.
Je suis étudiante, j’habite à Paris dans un petit studio. Mes parents confient à ceux de Damien un carton qu’ils devront me déposer quand ils viendront rendre visite à leur prodige qui est lui aussi parisien.
Papa et maman de Damien garent la voiture en double file devant mon immeuble et confient à leur fils la délicate mission de venir m’apporter le fameux carton.
Damien s’exécute gentiment. Il monte les étages et se retrouve devant ma porte.
On lui a dit "porte 15".
Problème.
Sur le mur, juste à côté du petit numéro de la porte 15, une affiche donne l'information suivante : " ceci n'est pas la porte 15. Je ne suis pas Tiphaine ".
Argh... Que signifie donc ce message? Est-il possible qu'e Damien se soit trompé? Il refait le chemin en sens inverse, s'assurant bien que la porte 15 est bien située entre la 14 et la 16. C'est forcément la porte 15, il doit y avoir erreur. Mais pourquoi avoir alors indiqué à l'usage du visiteur qu'il ne s'agit pas de la porte 15? Et ce juste en dessous du petit numéro 15? Et si ce n'est pas Tiphaine qui habite derrière cette porte 15 qui n'est peut-être pas la porte 15, qui est-ce? Et si c'est elle, pourquoi avoir indiqué que cette personne n'est pas Tiphaine? Y a-t-il plusieurs Tiphaine dans cet immeuble? Ce n'est pourtant pas un prénom courant...
Il va falloir prendre une décision. Damien ne peut pas passer sa nuit dans ce couloir, ses parents l'attendent, ils comptent sur lui !
Bien. Damien prend sur lui. Quelque chose lui échappe mais ce n'est pas si grave, il va vite reprendre le contrôle de la situation. Il va sonner et il verra bien qui se trouve derrière cette fameuse porte.
Hélas ! Sur la sonnette, il trouve un petite plaque qui indique : « ceci n’est pas une sonnette ».
Le monde vacille soudain pour Damien.
Si ce n’est pas une sonnette, comment va-t-il faire pour signaler sa présence ? Son cerveau de polytechnicien lui donne immédiatement une échappatoire sensée : si la sonnette n’en est pas une, il peut sans doute frapper.
Il se prépare alors et lève péniblement la main, mais son geste est arrêté.
Sur la porte, il voit écrit : « ceci n’est pas une porte ».
Trop tard... Le monde s’écroule lamentablement.
La sonnette n’est pas une sonnette, la porte n’est pas une porte…
Damien reste désorienté devant mon entrée. Il est perdu…
Un temps. Très long.
Damien cherche une solution.
Il finit par tousser, pour se donner une contenance.
L’appartement faisant douze mètres carrés, je l’entends. J’ouvre. Et je découvre un grand garçon tout timide qui tient dans ses bras un gros carton et se balance d’une jambe sur l’autre.
- Bonjour !
- Bonjour… C’est… pour le carton… tiens !
- Merci ! Tu veux entrer ?
- Euh… non, non, mes parents m’attendent, je dois y aller, au revoir !
Il a bien fait, finalement. Le choc aurait sans doute été trop rude.
A l’intérieur de mon appartement il y avait aussi un frigo qui n’en était pas un, une salle de bain avec surveillance vidéo, un sens interdit, une télévision retournée, un christ qui cligne de l’œil et qui pleure quand on le regarde de travers, un jeu de tennis infernal, un autel à la gloire de la décadence moderne, un baigneur avec des bras et des pieds inversés, une affiche de film géante avec un homme nu, une montre qui tourne à l’envers, une statue du pape avec un préservatif sur la tête, une flopée d’ouvrages licencieux, une danseuse espagnole juchée sur un coquille saint Jacques, une boîte à musique qui joue l’internationale, des poèmes hermétiques scotchés aux murs, une ribambelle de CD pendus par un fil au plafond et tournant au gré des courants d’air…
Damien n’est jamais revenu me rendre visite.
Il est retourné rapidement vers ses parents pour leur raconter l’incroyable aventure existentielle qu’il venait de vivre.
Quelques années plus tard, sa maman a avoué à la mienne l’incroyable choc qu’avait subi son fils, son désarroi devant ma porte qui n’en était pas une.
Y’a de drôles de gens tout de même…
Incroyables… Mais vrais…
NB : Pour les amateurs, voici ce qu’il vous faut faire pour profiter vous aussi du jeu de tennis infernal.
Asseyez-vous sur la cuvette de vos toilettes. A votre droite, scotchez une affiche sur laquelle vous aurez préalablement inscrit : « si tu veux jouer au tennis toilettes, tourne la tête à gauche ». Sur votre gauche, scotchez une affiche sur laquelle vous aurez inscrit : « si tu veux jouer au tennis toilettes, tourne la tête à droite ». Amusez-vous bien !
samedi 18 octobre 2008
Ele rêve
Cette semaine, pour les défis du samedi, il fallait réagir à une citation de Jules Renard.
"Les descriptions de femme ressemblent à des vitrines de bijoutier.
On y voit des cheveux d'or, des yeux émeraude, des dents de perles, des lèvres
de corail. Qu'est-ce, si l'on va plus loin dans l'intimité ! "
Ma participation est là. Je vous invite également à vous régaler des autres textes.
Bonnes lectures !
jeudi 16 octobre 2008
Preuve n° 12
lundi 13 octobre 2008
Lettre à mes amis
Je sais bien que vous attendez un signe, que vous espérez un signe…
De joie, de bonheur, de vitalité ou simplement d’espoir.
Je voudrais vous faire plaisir.
Je pourrais mentir.
Je devrais mentir.
Je sais bien que nombre d’entre vous aiment ma fréquentation parce que je suis une rigolote fantaisiste.
Ça vous manque… A moi aussi ça me manque.
Il me faut du temps. Tous les jours, j’entends : «ça va Tiphaine ?». Je réponds que oui. C’est plus simple pour tout le monde. La déprime c’est lassant. Je sais que certains commencent à penser que je ne réagis pas assez vite, que je devrais sortir, voir du monde, me changer les idées, sourire à la vie. Tu sais Tiphaine, la vie est belle !
Je sais. Je peux aimer la vie et en désespérer en même temps, l’un n’est pas exclusif de l’autre.
J’en sais aussi qui se détournent de moi parce qu’ils en ont assez de m’entendre soupirer. Je comprends ça. Je n’aime pas non plus ma fréquentation en ce moment.
Ils attendent des jours meilleurs. Je comprends ça aussi.
Je voudrais pouvoir en faire autant.
Je sais aussi que si je ne me ressaisis pas assez vite, nombreux sont ceux qui vont penser que je me complais dans mon malheur, que je ne fais pas d’efforts, que je pourrais au moins essayer de donner le change. Je le donne pourtant, le change. Je fais semblant.
C’est elle qui est responsable de son malheur, il faut qu’elle change le regard qu’elle a sur son travail, il faut qu’elle prenne moins les choses à cœur. Vous voyez, je les connais les conseils, les bons conseils. Bien sûr, la seule responsable c’est moi, il faut donc que je sois à la hauteur, que je ne faiblisse pas ou vous allez vous lasser, vous me pardonnez un peu. Mais trop…
Secoue-toi ma vieille ! Prends ton destin en main ! Réagis !
Je fais semblant. C’est la seule chose que je sois capable de faire maintenant. Il me faut du temps. Je sais que ça ne durera pas même si ça dure. Trop longtemps. Je sais…
S’il vous plaît, vous aussi, faites semblant.
Nous jouerons une belle pièce en harmonie avec la société.
Ce soir, les bourses reprennent de la vigueur... C’est exactement ça. Il faut qu’on bande absolument, c’est important. Bandons, consommons, soyons forts et fiers.
Et youpi…









