El bolg

de la vie en vrac...

mercredi 9 septembre 2009

Neuf neuf neuf

"Ce qui probablement fausse tout dans la vie c’est qu’on est convaincu de dire la vérité
parce qu’on dit ce qu’on pense."   Sacha Guitry



09/09/07 :
Réfléchir nuit gravement à la santé
09/09/08 :
Rêve de légèreté
O9/09/09 :
Debout les mots !


Il m'a fallu un an pour déconstruire ce que mes mots avaient construit.
Il m'a fallu un an pour résister de toutes mes forces, pour inventer des rêves qui devaient me tenir à l'abri d'une réalité que je refusais.
Il m'a fallu un an pour avoir le courage de plonger au fond de mon gouffre et surtout, pour trouver celui d'en ressortir.
Trois ans.
Trois fois veuve.
Trois fois neuve.
Neuf, neuf, neuf…

De ce neuf est sorti un moi qui n'a plus peur de vivre.
De ce neuf a éclos une femme au présent.
De ce neuf a jailli la force de regarder le monde enfin. Tel qu'il est et non tel que j'aurais tant voulu qu'il soit. La force de l'aimer aussi. Malgré tout. Malgré rien.

Je ne sais pas si le moi est haïssable mais j'ai détesté le mien à force de le chercher là où je ne pouvais pas le trouver.
Je me suis épuisée à tenter de définir ce qui est indéfinissable.
Je pensais que j'étais mots. Je pense donc je suis. Je pensais avec des mots, j'étais donc mes pensées, mes mots.
Trois ans pour balayer les mots.
C'est comme si on m'avait arraché le cœur. Les mots étaient le cœur de ma vie. A mon commencement était le verbe. Et j'ai crié Aline pour qu'elle revienne…

Il m'avait écrit qu'il m'aimait, il m'avait envoyé les mots les plus doux qu'on puisse rêver.
Et puis stop. Fini. Parti. Pffffuite… Juste trois mots sur un écran : "Le mot ment".

Ce matin, un ami me dit ceci : "Ne croyez pas ce qu'on écrit, Tiphaine."
Et ça tourne dans ma tête, trois ans défilent, les mots, ceux qui mentaient, ceux auxquels j'ai cru, ceux qui formaient ma carapace, ceux qu'on susurre au creux de l'oreille, ceux qu'on dépose dans le cou, ceux qu'on tatoue à coup de genoux… ou de joues…
Les mots joujoux à rire, les mots cailloux qui cognent, les mots hiboux à frémir, les mots poux dont on ne peut se défaire  à s'arracher les cheveux et les mots choux, les mots doux…

Il m'a fallu trois ans pour admettre que les mots peuvent mentir.
Je croyais aux mots.
Si c'est écrit, c'est que c'est vrai, réel.
Puisque quelqu'un l'a dit…

Les mots mentent parfois mais les mots ne mentent jamais seuls.
Quelqu'un l'a dit qui ne le pensait pas.
Et si c'était aussi simple…
Mais ça ne l'est pas.
Quelqu'un l'a dit qui était sincère mais qui mentait sincèrement.
Ce qui est vrai pour moi n'est pas forcément vrai pour toi.
Il a dit "je t'aime". Il était sincère.
Et il mentait. Il se mentait à lui même.
Comme on ment parce qu'on a peur de décevoir autrui, comme on conjure la peur de n'être plus aimé…

Il m'a fallu trois ans pour renaître à la vie sous les mots.
Non, le mot ne ment pas.
Si, le mot ment parfois...
Je ne peux toujours pas l'admettre.
Et si j'accepte que les mots mentent, à quoi me sert d'écrire?
A jouer la comédie de la vie?
Parce qu'il paraît que tout le monde le sait très bien que les mots mentent..., mais on continue quand même à parler.
A quoi ça sert?
Si je ne crois plus aux mots, à quoi me sert de savoir parler?

Il m'a fallu trois ans pour apprendre à me taire.
Il m'a fallu trois ans pour trier les mots.
Dans le grand dictionnaire, j'ai pris les mots d'amour.
Je ne veux plus des autres.
Qu'ils mentent ou qu'ils ne mentent pas je m'en fiche.
Vous ne me croyez pas?
Je m'en fiche…
J'ai pris les mots d'amour et je n'en aurai plus d'autres.
Mais ne vous y trompez pas, les mots de rage et de haine sont encore des mots d'amour quand ils disent la foi en un monde plus juste.
Il n'y a pas une réalité.
Il n'y a pas une vérité.

Il y a des mots.
Il y a des âmes derrière ces mots.

Je veux rendre leurs âmes aux mots.
Je veux rendre leurs mots aux âmes.

Neuf, neuf, neuf
Tout est possible à qui vient de naître à nouveau.
Neuf, neuf, neuf
Lâchez tout. Laissez tomber les carapaces usées, il est grand temps de vivre.
Les mots sont merveilleux.
Je ne suis pas ce que je pense et mes mots ne seront pas coquilles vides.
Dans le grand supermarché des mots, j'ai donné un bon coup de pied sur les mots qui gondolent.
Les mots produits, les mots vendeurs,  les mots qui tuent aussi à coup de vulgarité et d'ignorance.

Ce ne sont pas mes mots.
Je n'en veux pas.
Nous aussi nous avons des mots.
Des mots oubliés.

Les mots secrets
Ceux qu'on gardait comme des trésors,

Ceux qu'on recopiait sur nos cahiers ou dans la marge...

Neufs, neufs, neufs.
Debout les morts !
Debout les mots !
Que vive le moment !

Posté par poutouland à 23:52 - en toutes lettres - Commentaires [15] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Ainsi, le mot Tiph...mot crie, mot râle, mot dit ou mots tus..."parole,parole".

Posté par mot-man, jeudi 10 septembre 2009 à 06:19

Je n'ose ajouter un mot derrière les vôtres, Tiphaine, permettez-moi d'oser seulement les relire encore une fois.

Posté par papistache, jeudi 10 septembre 2009 à 19:42

bravo pour ce très beau rose ;
et sans le fondu-enchaîné, cest tellement mieux !

Posté par loustic, vendredi 11 septembre 2009 à 15:11

Une journée particulière

Le 9/9..99 => http://perso.numericable.fr/~lotola/ii/ii_108.htm

C'était il y a... (disant)

Posté par LChe, vendredi 11 septembre 2009 à 18:28

chouette!...hum...y'a un gâteau?

Posté par Bruno, vendredi 11 septembre 2009 à 22:08

Je crois que les mots ne mentent pas vraiment, pas plus qu'ils ne disent la vérité; ils sont fait de reflets, de faux semblants, de faux fuyants, d'illusions d'optique et trucs d'illusionistes. Et nous en sommes et le spectateur naïf et l'acteur consentant.

Biz Tiphaine. Pour le béton je l'aime bien turquoise , ne manquent plus que le soleil (intérieur?) et les poissons des tropiques.

Posté par caro_carito, dimanche 27 septembre 2009 à 17:49

Caro carito : j'aime aussi beaucoup le turquoise et le soleil, ici, est presque toujours présent.
Pour ce qui est des mots, tu auras remarqué que je n'ai pas de réponse tranchée. Il m'a toujours semblé, en cela je suis très "biblique", que c'était le verbe qui créait la réalité alors j'ai un peu de mal avec l'idée qu'ils soient faits de reflets ou de faux semblants.

Posté par Tiphaine, dimanche 27 septembre 2009 à 21:52

désolé de m immiscer, mais la réalité nest elle pas justement faite de ces faux semblants et illusions en tt genre ?
ce qui nest en rien incompatible avec le fait qu elle naisse du verbe da illeurs ...
biz à tous

Posté par loustic, lundi 28 septembre 2009 à 13:44

LA réalité, quelle réalité?...

Posté par Tiphaine, lundi 28 septembre 2009 à 22:35

la tienne , la mienne, la leur , tjs différente, tjs changeante ...

Posté par loustic, mardi 29 septembre 2009 à 07:56

Je suis d'accord avec le côté biblique très génèse et très évangile mais il y a... la tour de Babel et là, démarre le casse-tête.

Et les évangiles ne sont pas avares d'équivoque concernant les mots et leurs interprétations. D'où une bonne dose de foi non? Il faudrait que je relise qq épitres. Tiens.

Très bibliquement tienne. :)

Posté par caro_carito, dimanche 4 octobre 2009 à 14:53

Caro carito : Une bonne dose de foi, ça aide, tu as raison. Si au commencement était le verbe, au commencement n'était pas l'homme, les mots ne mentaient donc pas, comment auraient-ils pu? C'était sans doute plus simple! La tour de Babel, cet épisode m'a toujours paru très difficile à commenter, je n'ai jamais vraiment compris pourquoi Dieu avait créé cette division par les langues, je crois que je comprends qu'ils aient voulu atteindre le ciel, qu'ils aient voulu égaler Dieu. La punition me semble bien cruelle. Mais je ne suis pas spécialiste de l'exégèse, je suppose que ça se voit !:-)

Posté par Tiphaine, mardi 6 octobre 2009 à 22:54

Rassure toi je trouve que la tour de babel est plus complexe que le livre de job. Et comme toi je trouve parfois Dieu totalement Pl'exégèse les livres de Lytta Basset sont très abordable mais tu connais peut-être. Tiens c'est elle http://www.nouvellescles.com/article.php3?id_article=1388

Posté par caro_carito, vendredi 9 octobre 2009 à 12:14

Les mots peuvent être justes quand on cherche à l'être..

Le coeur dit toujours ce qu'il ressent et ce qu'il dit est vrai mais ça n'en fait pas une vérité mais une sincérité par rapport à un ressenti, à un vécu du moment...La tête elle, veut des vérités immuables, qui n'ont pas cours en matière d'emotions et de sentiments car personne n'est propriétaire de son ressenti.Chacun ne peut qu'accueillir son ressenti mais pourquoi untel ressent tel personne ou musique comme cela et une autre de façon différente ? C'est en partie,je crois, un mystère...
S'ouvrir à son ressenti et le faire partager, c'est un art...c'est aussi une manière d'être honnête avec autrui et de reconnaître notre fragilité d'éphèmères... C'est une manière de s'ouvrir à sa vérité et cette ouverture passe par le corps, par connaitre et écouter son corps et les différentes énergies qui nous habitent ...On peut accueillir de l'autre en soi, du mystère, du neuf..comme nous le montre Kandinsky dans ce nouveau décor d'enfance harmonieuse et de sérenité douce, il accueille le jeu, les couleurs qui se combinent amoureusement et légerement, la Danse...comme un funambule qui est porté par un ressenti basé sur une sincérité créative, intelligence et fantaisie...comme des micro-organismes poètiques habitant dans son propre corps..

Posté par Kirl, samedi 14 novembre 2009 à 00:44

Pourquoi le cœur ne voudrait-il pas lui aussi des vérités immuables ? Et même s'il n'en VEUT pas, pourquoi ne pas considérer que ce qu'il dit peut être une vérité "absolue" pour celui qui la ressent?
Tes mots Kirl semblent très justes, et je ne doute pas comme tu le dis qu'ils soient vrais pour toi. Mais la manière dont tu dis tout cela ressemble justement à une vérité absolue, et si mon cœur connaît l'absolu, ma tête, elle, s'en méfie grandement...

Posté par Tiphaine, samedi 14 novembre 2009 à 16:35

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