mardi 17 octobre 2006
Quand elle est contre moi
Quand elle est contre moi, le temps n’existe plus. Je regarde ses yeux, ses yeux me regardent. Je respire son odeur, je renifle sa peau, je caresse ses petits cheveux, je mordille ses doigts, je grignote ses joues pleines, je frotte mon nez sur le sien. Je l’enveloppe de tout mon être . Je m’émerveille de ma merveille. Elle essaie de rire, elle baille bruyamment, elle pousse des soupirs de soulagement puis fait de toutes petites bulles. Elle se contracte d’un seul coup, me regarde paniquée puis éclate en sanglots. Je la précipite contre mon cœur, lui ronronne des mots doux. Elle se calme soudain. Elle découvre ses mains, captivée, joue à des jeux que je ne sais pas, bat des pieds avec extase. Je lui parle doucement, les mots viennent comme ils veulent, leur musique nous berce. Elle fixe quelque chose derrière la fenêtre. Que voit-elle et à quoi pense-t-elle ? Elle sourit. A qui ? à quoi ? Elle se tourne vers moi enfin et cherche mon sein avidement puis frénétiquement. Elle le trouve. Elle ferme les yeux. Ses poings se desserrent, son corps se détend peu à peu. Elle ouvre les yeux et les plante dans les miens. Longtemps, longtemps, longtemps…
Quand elle est contre moi, le temps n’existe plus.
Serrer la main
Vidéo envoyée par poutouland
lundi 25 septembre 2006
Chez Marie De La Coop
Marie De La Coop sait tout de moi et pourtant nous ne nous connaissons pas. Ou presque pas. J’ai rencontré Marie il y a deux jours, pour la première fois.
Me voilà avec mon landeau dans une main et mon fils dans l’autre, franchissant péniblement l’entrée de la boutique. Une brunette avec un sourire jusqu’aux oreilles m’accueille aussitôt :
- Bonjour ! Vous êtes la maman de Titouan !
- On ne peut rien vous cacher ! Bonjour !
- Oooooo… C’est le bébé ! Il est petit !
- Mmmmmm…
- Alors ? Vous vous plaisez ici ? Vous êtes bien installés ?
- Mmmmmm…
- Et le petit, ça lui plaît l’école ? Il a des copains ?
- Mmmmmm…
- Je l’ai dit à votre maman, c’est votre maman n’est-ce pas ? Oh, elle se plaisait bien ici votre maman, hein ? Elle est partie on dirait ?
- Mmmmmm..
- Oui, je l’ai dit à votre maman, vous devriez lier connaissance avec la maman des jumeaux, Yvan et Alexandre. Vos voisins ! Vous voyez la benne à verre ? Ils sont juste derrière ! La grande maison avec le grand jardin, vous voyez ?
- Mmmmmm…
- Elle est très bien, elle est psychologue et le monsieur il est médecin. Des enfants charmants ! Ils pourraient s’amuser ensemble les petits ! ils sont dans la même classe, non ?
- Mmmmm…
- Bon, je vous laisse choisir !
- Merci !
- La dernière fois, votre maman a pris de la saucisse ! Vous voulez de la saucisse ! Elle est très bonne vous savez !
- Mmmmm…
- Elle en prend un mètre d’habitude. Vous pouvez aussi prendre de la côtelette pour faire une parillade, c’est délicieux et c’est tout simple à cuisiner ! Le petit aime bien je crois !
- Mmmmm…
- C’est vrai qu’avec votre métier, vous n’êtes pas trop dans la cuisine ! Vous êtes professeur n’est-ce pas ?
- Mmmmm…
- Maman, veux une sucette !
- C’est celle-là qu’il prend d’habitude ! Tu les aimes bien Titouan ces sucettes-là non ?
- Veux sucette !
- Je vais vous prendre une sucette et un mètre de saucisse…
- Vous devriez prendre des champignons avec, pour faire des champignons farcis avec le reste de la chair à saucisse ! Un peu de citron, vous évidez le centre, vous mettez la farce et 20 minutes dans le four ! Un délice ! Et pas de matières grasses surtout !
- Mmmmm…
- Alors on dit une sucette, un mètre de saucisse et quatre champignons !
- Mmmmmm…
- Titouan, tu dis au revoir à la dame !
- Au revoir madame !
- Au revoir !
Sur le chemin du retour, Titouan me confie :
- Elle est gentille Marie, elle m’a donné une sucette !
- Mmmmmm…
lundi 14 août 2006
Attention ! L'abus de travaux peut nuire à votre santé mentale et à celle de votre entourage !
jeudi 3 août 2006
Un personnage en quête de hauteur
Quelques jours avant l’apparition de ma fille dans la salle d'opération, j’ai terminé une nouvelle dont le héros s'appelle Gaspard Pacraud.
Figurez-vous que ce week-end, j’ai rencontré Gaspard Pacraud ! Le vrai !
Gaspard a huit mois et déjà un sacré caractère ! Un ptit homme qui tient assis tout seul et essaie d’attraper tout ce qui passe à moins de 50 centimètres de lui.
Lui, sur le carrelage, moi, du haut de ma chaise :
- Dis donc Gaspard, ça fait quoi d’être un personnage ?
- pfpfpfpfpfpfp !
- Ah ? Tu crois vraiment ?
- pfpfpfpfpfpfpf !
- Ecoute, si tu le dis, je ne veux pas te contrarier, mais tu sais, c’est moi qui t’ai créé, et je crois pouvoir affirmer que le postulat de base du personnage…
- Humgué !
- Certes, ce n’est pas faux… l’allégresse est une composante qu’il ne faut pas négliger ! Pourrais-tu préciser ce que tu entends exactement par ce concept novateur d’«homme gai» ?
- Deugueu !
- Non, cette révolte est parfaitement déplacée mon cher Gaspard ! Si l’on considère que le personnage a une certaine autonomie, il me semble un peu exagéré, voire fantasque, d’envisager qu’il puisse être indépendant de son auteur !
- Dédé !
- C’est un peu facile de citer Mallarmé ! Tu prétends accéder à l’indépendance mais tu n’es pas capable de penser par toi même à ce que je vois !
- Ouiiiiiiiiiiiiiiiinnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnn !
Pas facile…
Ps : j’ai « oublié » de vous dire qu’avec cette nouvelle, j’ai gagné le concours auquel je participais pour la troisième fois ! Comme quoi, ça paie d’être persévérant ! Merci beaucoup pour vos commentaires encourageants !
mardi 27 juin 2006
A quoi rêvent les jeunes filles?
jeudi 4 mai 2006
Docteur Théo
- Moi aussi veux voir tésiste ! me lance mon fils, furieux, au moment de mon départ.
Quelques instants plus tard, me voilà dans la salle d’attente, bondée forcément sans ça ce ne serait ni drôle ni normal. Je tente de me concentrer sur un vieux numéro de Femme Actuelle et je ne me sens ni femme, ni actuelle quand j’observe les riants visages de ces nénettes qui s’extasient devant un poulet aux hormones ou une crème antirides d’une composition sans doute équivalente…
Les deux secrétaires médicales discutent pour passer le temps et j’apprends que le jeudi, c’est calme… J’ose à peine imaginer ce que doivent être les autres jours !
Une petite heure plus tard j’entends : " C’est pour moi, ça ? " et une des deux donzelles confirme en m’appelant par mon nom et en m’invitant à suivre le bon docteur.
Je ne sais pas si vous voyez qui est Théo, cet affreux bonhomme, le seul qui soit réellement méchant, dans Les Tontons Flingueurs. Repensez à son ton si suffisant, à son terrible accent, à ses mimiques méprisantes…
Un petit son, pour vous aider : labaveducrapaud.wav
Vous l’avez maintenant ? C’est lui que j’ai rencontré cet après-midi ! Il ouvre avec brusquerie la porte et me désigne une chaise du doigt. Il s’assoit face à moi, me regarde et déclare : " Alorreuh, fou zavez pris drop de Levureuh ? ! " et il éclate de rire. Polie, je tente un petit sourire, autant être bien avec celui qui pourrait bien mettre fin à mes souffrances ! Je ne crois pas si bien dire hélas…
Puis vient le classique défilé de questions de santé qu’il expédie rapidement, on n’est pas là pour rigoler non plus. Tout aussi bref, l’examen du dos, " C’est là que je planderai l’aigu-illeuh ! ", la prise de la tension, " Barfait ! ", l’écoute du cœur " ach ! Stéthoscopeuh ! "… Bien. L’entretien va sur sa fin et je ne serai pas fâchée de m’en aller rapidement…
Il me regarde droit dans les yeux et prend un air dramatique. Pendant ce temps, j’ai le temps de repenser à ce fameux Théo déclarant avec sarcasme: " Il faut bien admettre qu'exceptionnellement, Dieu n'est pas avec nous ! Mais il ne sera pas dit que nous avons sorti le matériel pour rien ... ". J’attends, je tends déjà le dos…
- Est-ce que fous acceptez de subir uneu périduraleuh ?
- Oui.
- Est-ce que Fous connaissez les risques ?
- Oui.
- Che fais fou les rappeler, il faut êtreu bien invormée avant de chwazir dans la prézipitationne ! Safez-fous qu’on peut en mourrireuh ? Il y a quinzeu chours, en Allemagneuh, une femme est morteuh pasque l’aiguilleu a dérapé danz un tout betit vaisseau sanguin… ça on ne beut pas prévoireuh, non, za peut arrifer…Bon… bien zûr, il y a aussi, l’hémiplégie à vie, et les grosses problèmes de dos, za veut direu que fou souffrez atrocement jusqu’à la fin de vos chours.. , et aussi parfois le liquide anezthézique remonte jusqu’au cœur parce que, forzément, dans un accouchement, on bouge un peu et c’est l’arrêt cardiaqueuh, y’a rien à faireuh… Une étude allemandeuh récenteu montreu que les zenfants nés sous périduraleu ont bien plus de problèmeus de zanté que les zautres, il faut le zavoir aussi, ça…
- Humm…
- Bien, Bien… Fous foulez toujours la périduraleuh ?
- Oui.
- Bon alors fous signez là la feuille de consentement, s’il fous plaît…
Quand je ressors de son cabinet, il me lance avec un sourire diabolique : " A très bientôt ! ".
Et immédiatement j’entends : " Il faut bien admettre qu'exceptionnellement, Dieu n'est pas avec nous ! Mais il ne sera pas dit que nous avons sorti le matériel pour rien ... "
J’attends, je tends déjà le dos…




