mardi 14 novembre 2006
Sauvez les profs...
Je n’en ai pas parlé de cette vidéo. Je n’avais pas besoin de la voir pour avoir une fois de plus la confirmation que Royal n'est pas de gauche, que ce qu'elle veut c'est le pouvoir, avant tout et par n'importe quel moyen. Je n'oublie pas qu'elle fut le bras droit de Claude Allègre. Je n'oublie pas ses positions sur la carte scolaire. Je n'oublie pas ses démagogiques propositions.
Pas surprise, juste un peu plus écœurée.
Et puis j’ai vu cette publicité :
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Ecole de la republique
envoyé par yom_
et là je me suis dit que vraiment, j’étais une espèce en voie de disparition…
Sauvez les profs ! Vous leur DEVEZ bien ça !
Je les imagine assez bien au ministère de l’éducation nationale… Putain ! y’en a plus un qui veut être prof… Qu’est ce qu’on va bien pouvoir faire pour trouver de nouveaux babysitters sans augmenter leur salaire ? Hé ! Séguéla ! t’as pas une idée ? Ben si… On n’a qu’à faire une bonne pub, c’est du garanti… On prend deux trois people, de toutes les couleurs, des vieux des jeunes, un panel hyper représentatif avec un black et un beur si possible et puis on leur fait dire que les profs sont géniaux… Mouais… Un peu démago non ? ça va pas être facile de leur faire avaler ça ! Tu parles ! ça va rouler tout seul ma poule, un peu de Bach en musique de fond, une séquence émotion, on matraque ça tous les soirs avant le vingt heures et…
Alors ? On ne dégraisse plus le mammouth ? Les profs ne sont plus d’affreux jojos absentéistes qui passent leur temps en vacances, un litron de rouge dans chaque poche ?
Pas surprise, juste un peu plus écœurée…
mardi 7 novembre 2006
Evaluation
Il n’a pas même quatre ans et déjà il est évalué. Trois pastilles, trois couleurs. Il est revenu ce midi avec un grand classeur bleu, des pages d’exercices avec des noms savants, des objectifs pédagogiques, des buts à atteindre, des capacités à évaluer…
Evaluer la technique de coloriage, maîtriser son geste graphique, être capable de discrimination visuelle…
Il n’a pas même quatre ans et chaque exercice est stigmatisé par un point de couleur.
Vert : j’ai réussi. Orange : je peux faire mieux. Rouge : mon travail n’est pas bon.
Je n’aime pas cette façon de faire parler les enfants à la première personne comme si c’était eux qui notaient ce qu’ils ont fait. « Mon travail n’est pas bon… ».
Je revois mon frère qui arrive dans ma classe, obligé de défiler dans toute l’école, affublé d’un bonnet d’âne, un dessin « non conforme » aux objectifs de « motricité fine » scotché dans le dos. Et sa maîtresse qui disait qu’il avait un retard mental, lui qui est actuellement en thèse…
Pourquoi faut-il toujours que nous classions, que nous évaluions, que nous rangions dans des petites cases ? Pourquoi faut-il toujours tout contrôler ?
Dès la naissance, ces courbes de poids et ces statistiques… et ces médecins alarmistes, ces pédiatres inquiétants les yeux rivés sur des chiffres. Combien de fois ai-je entendu : « Votre enfant ne boit pas assez de lait, il faut lui donner des biberons de complément, il ne grossit pas assez vite ! ». Mes enfants sont des géants, ce qu’ils n’ont pas pris en poids, ils l’ont pris en centimètres… Mais qu’il est difficile de se battre contre des chiffres ! Et ce sentiment insidieux de culpabilité… Je ne suis pas une bonne mère, je nourris mal mon enfant, il n’est pas comme les autres, il est en dessous des courbes…
Il n’a pas quatre ans et il lui faudrait rentrer dans la norme…
Evaluer… je rêve d’une école dans laquelle je n’aurais pas à évaluer sans cesse mes élèves puisque, moi aussi, j’évalue. J’évalue, je suis évaluée… Je mets des notes sur des copies, j’évalue un travail, un petit bout de temps dans la vie d’un enfant. C’est le jeu hélas… je n’aime pas ce jeu et je n’aime pas non plus que les élèves me demandent sans cesse : « c’est noté madame ? ». Habitués depuis la maternelle… La carotte et le bâton…
Si tu travailles, tu auras une bonne note…
Ouuuuh ! Le méchant pas beau ! il n’a pas travaillé ! il a eu un zéro !
« Mon travail n’est pas bon »…
Et alors ?
Et alors, mon petit lapin, je me fiche que tu ne saches pas colorier sans dépasser les contours, je me fiche que tu ne rentres pas dans des normes qui changent à chaque nouveau ministre. Sois heureux mon fils, prends plaisir à colorier comme tu le veux, à faire des bonhommes qui ressemblent à tout sauf à des bonhommes, à croquer sans retenue dans la vie.
Je te promets que j’essaierai de ne pas te classer, de ne pas t’évaluer, de ne pas te mettre dans une petite case pour avoir moins peur, pour mieux te contrôler.
Ma petite graine de cassis, tu n’as pas encore quatre ans…
Sur la fiche n° XY24B12, intitulée « capacité à aimer », je mettrai pour toi une pastille verte…
mardi 10 octobre 2006
"Je refuse de me cacher et d'attendre dans ma cuisine des jours meilleurs, comme le font les autres"
Elle aurait pu se taire,
Elle aurait pu rentrer les épaules et faire comme tout le monde :
Courber le dos,
Fermer les yeux.
Elle aurait pu fermer sa gueule,
Elle aurait pu casser sa plume et faire comme tous les autres :
Euphémiser,
Collaborer.

Morte
Dans l’ascenseur
Morte
Deux balles dans le corps
Et deux enfants qui l’attendaient.
Elle aurait pu se taire
Fermer sa gueule comme tout le monde
Comme tout le monde ?
mercredi 13 septembre 2006
Le spécialiste des enfants
J’y vais justement un mercredi parce que c’est « le jour des enfants », à ce qu’une gentille secrétaire m’a dit au téléphone, quand j’ai pris le rendez-vous. « Alors on dit mercredi 13 septembre, à 10 heures 30, avec monsieur G***, le spécialiste des enfants ! ». Bien, bien, me suis-je alors dit, il va falloir que je prépare mon schtroumf… Quand Titouan avait un mois, il a dû subir une radio du bassin et je le revois nettement, nu sur la table beige, hurlant tout ce qu’il peut de rage, de haine et de désespoir. C’est la première fois où je me suis sentie complice d’un acte violent sur mon enfant. Le type en blanc lui avait posé sur les pieds et les mains des piedsards et des brassards qui l’immobilisaient complètement. Un petit poisson qui gigote sur la table du cuisinier.
Dix heures trente, nous sommes à l’heure et la gentille secrétaire nous fait patienter. Mon fils sourit et me demande de lui raconter pour la cinquante troisième fois l’histoire de Oui-Oui qui passe une radio du dos. « Oui-Oui est très content aujourd’hui : on va faire une radio de son dos. Une radio c’est une photo des os. Le monsieur de la radio arrive et dit à Oui-Oui de se mettre bien droit, de ne pas bouger et il compte jusqu’à trois. Un, deux, trois, fais-moi un beau sourire Oui-Oui ! » Oui-Oui sourit et le gros appareil photo fait « bzzzzzzzzz clic clic » et voilà, la photo est prise ! Oui-Oui dit merci au monsieur et il attend avec sa maman qu’il revienne avec les photos de son dos ». On nous appelle et on nous fait entrer dans une grande salle maronnasse. Le spécialiste arrive, Titouan lui dit « Bonzour mossieu » ! Il ne répond pas, trop occupé, sans doute…
« Déshabillez-le madame » me dit-il en m’indiquant une petite cabine. Je m’exécute. Nous revenons quelques instants plus tard et mon fils ne lâche pas ma main qu’il serre à m’en faire mal. Il est aussi bleu que son slip et regarde l’immense appareil avec épouvante. Le spécialiste l’examine sans mot dire et lui demande de monter sur une table à bascule. Titouan refuse, alors je le porte, accroché à mon cou. J’ai l’autorisation de lui tenir la main. Je regarde le bon docteur qui joue à la poupée avec mon fils, lui collant les pieds contre la table d’une main, lui maintenant les bras en l’air de l’autre. On dirait qu’il va prendre en photo un dangereux criminel. Titouan pleure silencieusement et me regarde. Je lui souris d’un air détendu et désinvolte, comme si tout ceci n’était qu’une immense et grotesque farce. Deux clichés sont pris, le spécialiste s’en va non sans m’avoir informée d’un air grave que mon fils a un « sacré déséquilibre du bassin »... Nous attendons dans le froid qu’il daigne revenir. Il revient et incline la table, mon fils devient livide, il a compris ce qui l’attend ! L’homme me demande de l’allonger et Titouan s’accroche à moi, refusant de me lâcher. Le bonhomme lui dit : « Dis donc, ça ne fait même pas mal, tu vas arrêter ta comédie ? ». Et mon fils ne répond pas, il me regarde en hurlant : « Tiphaine, j’ai peur ! » et il répète ces paroles inlassablement pendant trois longues minutes. Le bon docteur n’est pas content parce que ce gamin bouge tout le temps… Il quitte la pièce pour voir si la radio est bonne. Mon bébé est allongé sur la table et j’essaie de le rassurer, il continue de dire qu’il a peur, je ne peux même pas lui dire que c’est fini car j’ignore la suite de ce délicieux programme. Nous attendons. J’interpelle par deux fois le spécialiste qui est dans la pièce voisine en lui demandant si je peux prendre mon gosse et le faire descendre de cette table qui le panique mais il ne me répond pas. Trop occupé sans doute…
Il revient enfin et me fait une rapide analyse des clichés mais je ne l’entends pas. J’entends mon fils qui a peur et qui ne veut pas rester seul sur cette putain de table ! Je prends mon gosse, ses pleurs cessent enfin, il a pissé de trouille sur la table. Tant mieux !
Quand je ressors de la cabine, la salle maronnasse est vide et la porte de sortie est grande ouverte. Je suppose donc que c’est la charmante façon qu’a monsieur le spécialiste des enfants de nous dire au revoir. Trop occupé sans doute…
J’ose à peine imaginer comment se serait déroulé le même examen chez un radiologue non spécialiste des enfants… Dans la voiture, mon ptit cœur m’a demandé pourquoi le docteur était fâché et pourquoi il l’avait grondé. «Parce que c’est un con », lui ai-je répondu et nous avons rigolé comme des petites baleines en répétant savoureusement « le docteur est un con, le docteur est un con… ».
Je pourrais écrire au cabinet de radiologie pour me plaindre mais je sais déjà qu’il ne me répondra pas. Un homme qui est incapable de prendre en compte la détresse d’un enfant de trois ans, un homme qui se met en colère parce qu’un ptit bonhomme est tétanisé par la peur…
Trop occupé, sans doute.
jeudi 10 août 2006
Après la tétée...
Sur le site de Tippie, vous pouvez aller voir ce qui m'a poussée à vous montrer cette photo là :
vendredi 4 août 2006
Pourvu qu’on ait l’ivresse ! (ou « les enfants du Monopoly ont grandi »)
Levés tôt, en habits de ville, nous voilà devant le cabinet de maître Pasderisques. Nous sommes en retard mais nous sommes les premiers. Une gentille dame nous fait attendre et nous patientons en feuilletant d’antiques magazines. Je découvre les photos de Yéléna, la fille de Yannick Noah et j’apprends tout de leur relation fusionnelle grâce à Madame Figaro. Le maître vient nous saluer, quelques minutes plus tard et il nous invite à continuer à patienter. Bien. Nous patientons.
La propriétaire de notre future maison arrive, elle est seule. Elle nous explique que son mari est aux urgences car il est tombé d’un escabeau hier matin. Je me dis que notre aventure débute sous de drôles « d’hospices »…
Le maître nous fait passer dans son cabinet : un grand bureau en bois, jonché de dossiers colorés devant lequel sont posées, à distance très respectueuse, quatre chaises style louis quelque chose. Nous nous asseyons dans un silence un peu gêné. Au mur, de vieux textes de loi, une carte de France, un édit du Roy dans de pompeux cadres dorés. Le maître commence la lecture de l’acte de vente et nous l’écoutons sans sourciller, en regardant le bout de nos souliers, comme à la messe. Mon fils finit par se lasser et va explorer le bureau avec ses deux dragons. Le dragon rouge fait une tentative de suicide en se jetant du haut du meuble. Plus de peur que de mal, la lecture ne s’interrompt même pas. Ma fille sourit à ses fantômes.
Délicat, le maître, à la lecture de mon état civil, mentionne que je suis née « un 19 août » mais ne précise pas l’année. Je me marre. La lecture ne s’interrompt toujours pas.
Le téléphone sonne. La lecture s’interrompt.
Pendant que le maître discute d’affaires de la plus haute importance en s’exclamant de temps en temps (« huit mois ? C’est impossible mon cher ! vous m’auriez dit 18 mois, ce serait encore envisageable mais huit mois vous n’y pensez pas !) nous discutons tout bas.
Mon fils : « Amel ! veux rentrer rue du valium gader tonkin !»
Mon homme : « Titouan, je t’ai déjà dit que je préfère que tu m’appelles Papa ! »
La propriétaire : « quelqu’un a un décodeur ? »
Mon homme : « Il veut rentrer rue du stadium pour regarder franklin ».
La propriétaire : « Ah ! »
Mon fils « Amel ! veux rentrer rue du valium gader tonkin !» (trois fois)
Mon homme : « Papa ! pas Armel ! »
Mon fils : « steuplé A… pa »…
Le maître a raccroché et vient maintenant la cérémonie des signatures. Chacun notre tour, nous nous levons et allons signer des papiers. Je m’amuse à l’idée qu’après avoir été absente à la signature du sous ceing pour cause d’accouchement, je signe l’acte de vente avec ma fille sous mon sein. Le maître fait mine de rien. Je lui demande ce que je suis en train de signer parce que, dans les films, c’est toujours à ce moment qu’on se fait avoir (« je m’engage à léguer toute ma fortune à maître Pasderisques et à devenir son esclave sexuelle jusqu’à la fin de mes jours ») mais il me dit que ce n’est pas une bonne idée de voir trop de films…
Mon homme signe le plus gros chèque de sa vie, 10285 euros, le maître dit « merci » et j’ai bien envie de lui répondre « il n’y a vraiment pas de quoi » mais je me retiens. La propriétaire reçoit un chèque de 185000 euros. Et dire que nous avons été virtuellement millionnaires, l’espace d’un instant !
Vendredi 4 août 2006, il est dix heures trente, nous ressortons guilleretement du cabinet. Nous sommes propriétaires pour la première fois de notre vie !
Quand nous étions jeunes et confiants, nous rêvions d’une maison grande, très grande, avec au moins cinq chambres et un bureau. Une salle de jeux pour les enfants, une jolie chambre d’amis, une grande cheminée, de vieilles pierres, un immense jardin avec plein d’arbres. On y aurait fait une petite cabane, perchée en haut d’un chêne ou d’un pin. Et la campagne tout autour, des champs ou de la vigne, à perte de vue. Nous aurions peint chaque pièce d’une couleur différente et j’aurais mis de la mosaïque un peu partout. De vieux planchers qui craquent délicieusement, un grenier avec une charpente compliquée qui évoquerait un bateau renversé. Un banc en bois sur le seuil de la maison. Nous nous y serions reposé le soir en regardant les étoiles…
Voilà. Nous venons de nous endetter pour vingt ans en achetant une petite boite d’allumettes, la maison de paille de Nif-Nif… Si le grand méchant loup des inondations passe dans le coin… Je devrais me réjouir de l’acquisition de cette, de cette, de ce truc, mais je suis tellement en colère ! Une petite maison, dans un lotissement, mitoyenne des deux côtés, un mini jardin, 90 mètres carrés, trois chambres à découvrir au microscope, et pas une seule pierre. Une maison des années 80 ! Je n’arrive pas à faire mes cartons, j’y vais à reculons (et faire des cartons à rebours je vous assure que ça relève de l’exploit !)… Je suis révoltée par les prix de l’immobilier ! Au Poutouland, on gagne correctement notre vie, deux salaires de profs, c’est pas mirobolant mais quand même… Ben ça suffit pas pour avoir la maison de nos rêves… Plus tard, sans doute… Les prix continuent à monter dans notre région, et on peut même dire que nous avons fait une « affaire ». D’ici quelques années, nous pourrons la revendre à un prix indécent… Et dire qu’il y a tout juste cinq ans, cette maison valait deux fois moins cher… Le monde est décidément complètement fou…
Haut les cœurs ! Un peu de peinture rouge, des pois verts, des rayures jaunes, de la faïence bleue, et le Poutouland vivra heureux dans un monde qui lui ressemble. Qu’importe le flacon !
samedi 24 juin 2006
Parce que se taire, c’est être complice de non-assistance à personnes massacrées
Je me permets de relayer cette information. Si vous le souhatez, vous pouvez signerl'appel du collectif "urgence Darfour" en cliquant sur ce lien : http://appel.urgencedarfour.org/
APPEL: "Où étais-tu au temps du Darfour?"
En silence, depuis 2003, 400 000 personnes ont été massacrées par les milices Janjaweed alliées au gouvernement du Soudan.
En silence 3 millions de personnes ont été déplacées,
En silence, chaque mois, 10.000 innocents tombent au Darfour.
Notre armée, stationnée au Tchad, au Centrafrique et à Djibouti enregistre les mouvements de l’aviation soudanaise bombardant les colonnes de civils. Le Ministre soudanais des Affaires Etrangères est reçu à Paris en visite officielle, la visite de la honte !
Parce qu’il n’est pas plus juste qu’un enfant souffre et meure aujourd’hui au Darfour qu’hier au Rwanda, en Bosnie, au Cambodge ou dans les camps de la mort.
Parce que la France pourrait intervenir et qu’elle ne le fait pas
Parce qu’un jour, on écrira l’histoire des enfants et vieillards errant sans main sous le feu du Darfour, tués par l’indifférence des gouvernements et des peuples.
Parce que se taire, c’est être complice de non-assistance à personnes massacrées.
PAS EN NOTRE NOM !
NOUS AVONS BESOIN DE VOUS POUR QUE CESSE
LE PREMIER GENOCIDE DU 21ème SIECLE !
La France doit :
1. Intervenir d’urgence au Conseil de Sécurité des Nations Unies
2. Mettre ses forces armées présentes en Afrique au service de la protection des civils du Darfour,
3. Augmenter massivement sa contribution au Programme Alimentaire Mondial,
JOURNEE EUROPENNE DE MOBILISATION POUR LE DARFOUR
LE LUNDI 10 JUILLET A 20 H00 A LA MUTUALITE
mardi 16 mai 2006
Moi furieuse
Cette publicité pour la glace Magnum me met hors de moi... On y voit une série de femelles qui s'expriment comme Jane ou plutôt comme Tarzan, des caricatures de femmes... Vous imaginez la même pub avec des mecs? Moi, costaud ! Moi, mystérieux ! Moi, envoutant ! Je suis sûre que le caractère ridicule et humiliant de ce spot choquerait plus si c'était un marché aux esclaves mâles qui défilait... Mais ça n'a guère d'importance, mon propos n'est même pas de dire que cette pub est sexiste, elle est dégradante pour l'image de l'humanité en général. Et ça m'énerve...
Je sais bien que les publicitaires ne sont pas des philantropes... Le slogan de Magnum, il y a peu, était d'ailleurs le suivant : "La vie est une question de priorité"...
dimanche 7 mai 2006
Immigration "choisie"
Il a posé sa main sur le ventre de sa femme, délicatement, puis il s’est penché, tendrement. Attends, fils, patience, le temps n’est pas encore venu. Elle le regarde, confiante. Ils se sont mariés, il y a peu, comme en secret et les gens du village ont dit : " Maintenant, ça ne peut plus durer, la situation devient trop dangereuse pour vous et pour nous. Il faut vous en aller ". Elle a juste quinze ans et elle regarde son homme. Lui, il sait ce qu’il faut faire, ils les conduira là-bas. Elle a pris ses chaussures vernies, ses chaussures de mariée, un petit baluchon. Il a mis les 50 dollars contre sa peau, ses seuls papiers. Il est minuit et ils attendent le camion. Il pense à ses parents, probablement enfermés dans une geôle de la capitale. Il revoit les miliciens les emmener de force, le regard fier de son père, les larmes muettes de sa mère. Puis la vie sans vie, la vie caché. Quelques villageois l’ont nourri parfois mais, ici comme partout dans le pays, contre un simple bout de pain tu pourrais dire ou faire n’importe quoi. Les miliciens le savent bien. Le camion arrive dans un nuage de poussière. La route est longue, tellement longue. Attends, fils, patience, le temps n’est pas encore venu. Elle laisse son village, elle laisse ses amies, elle laisse ses poupées. Elle laisse son enfance. De parents, elle n’en a plus depuis longtemps. Depuis qu’on met en prison les instituteurs, depuis qu’on tue sur la place publique ceux qui disent tout haut ce que le peuple pense tout bas. Ils ont roulé des jours et des nuits, ils ont marché dans la chaleur, ils ont dormi sous les étoiles. Ils ne sont pas seuls, presque vingt, et le groupe augmente au fur et à mesure qu’ils se rapprochent. Son ventre s’est encore arrondi, un peu plus. Elle peine à marcher, le souffle lui manque trop souvent. Attends, fils, patience, le temps n’est pas encore venu. La nuit, quand ils pansent leurs plaies, allongés sur le sol, en cercle autour d’un faible feu, il raconte encore : " Au pays des droits de l’homme, nous pourrons élever notre fils, tu verras. Au pays des droits de l’homme, je trouverai un bon travail et nous pourrons même étudier. Tu sais, l’école est gratuite au pays des droits de l’homme ". Elle lui sourit et lui dit : " Et si c’est une fille ? Irons-nous au pays des droits de la femme ? " Il éclate d’un rire confiant. Ils roulent des jours et des nuits, ils marchent dans la chaleur, ils dorment sous les étoiles et ils arrivent enfin à la frontière. Le passeur les laisse et leur dit qu’il faut attendre le bon moment. Attends, fils, patience, le temps n’est pas encore venu. Dans la forêt, silencieux et affamés, ils attendent. Longtemps. Son ventre lui pèse, elle est lourde de tous ces jours et de toutes ces nuits. Quand le soleil est couché, ils regardent ensemble les lumières de la ville et ils imaginent la vie de ceux qui sont là-bas, au pays des droits de l’homme. Les supermarchés remplis, la liberté, la parole libérée, les enfants qui jouent dans les squares, les vieux assis qui discutent sur le seuil des maisons, les belles toilettes des femmes, le jour même la nuit. Le passeur revient et leur dit qu’il faut payer. Les 50 dollars ne suffisent plus. " Il faut vous décider, ces chaussures, donnez-les moi, et cette bague aussi. " C’est le seul souvenir qui lui reste de sa mère, son seul lien. La bague disparaît dans les mains du passeur. Elle ne pleurera pas, son homme détourne les yeux. Ils ont couru dans les buissons, sans un bruit ils sont montés dans la frêle embarcation et ils ont espéré. Les voilà sur le rivage. Des hommes et des femmes au pays des droits de l’homme. Elle est coupée en deux par la douleur qui déchire son ventre. Attends, fils, patience, le temps n’est pas encore venu. Non, mon amour, le temps est venu, je ne pourrai pas attendre. Il soutient sa femme et ils avancent tous deux dans la rue déserte. Elle ne peut s’empêcher de crier. Des rideaux se tirent aux fenêtres des maisons. " Qui vient nous réveiller à cette heure ? Laissez dormir les braves gens ! ". Il appelle au secours mais personne ne répond. Une voiture de police. " Vos papiers ". Ils n’en ont pas. Les braves gens se rendorment rassurés, les étrangers sont partis, la police a bien fait son travail. Dans un bureau, un homme mal réveillé leur demande s’ils ont de la famille au pays des droits de l’homme. Ils n’en ont pas. " Avez-vous au moins fait des études, êtes vous hautement qualifiés ? ". Ils n’ont pas été à l’école, est-ce que quelqu’un sait ici que là-bas, seuls les gosses de riches peuvent étudier ? L’officier remplit un imprimé sans plus leur adresser la parole. Dans le fourgon, ils font le trajet en sens inverse et les lumières de la ville s’éloignent, et le pays des droits de l’homme s’efface. Trois êtres humains, hautement qualifiés pour l’amour, hautement qualifiés pour le bonheur, hautement qualifiés pour la vie…
mardi 2 mai 2006
quatre mains
Aimez-la ou quittez-la
Elle se promène sur les rives du lac. Il fait chaud. Dans sa main droite, une poussette vide, dans la gauche, bien serrée, la petite main de son fils qui suit la marche tranquille en trempant ses pieds dans l’eau fraîche. Quelques mètres en avant, l’aîné sur son vélo, se retourne et leur sourit fièrement.
Nous sommes attablés à une terrasse et regardons le spectacle. Calés dans nos fauteuils, caressés par les rayons du soleil, nous savourons le retour du printemps devant nos boissons glacées.
Pourquoi faut-il que l’un d’entre nous parle du voile ?
Pourquoi faut-il que l’un d’entre nous parle ?
Elle se promène sur les rives du lac. Elle a peut-être chaud sous sa longue tunique noire. Peut-être pas.
J’entends les mots pleins de bons sentiments. Je les entends la plaindre et j’entends le mépris qu’ils n’entendent pas.
Elle s’arrête un instant pour que son enfant jette des cailloux dans l’eau.
Pauvre femme, pauvre femme soumise, pauvre femme soumise à la religion, pauvre femme soumise à la religion des hommes …
Elle passe à présent devant nous, droite comme un minaret.
Pourquoi faut-il que l’un d’entre nous parle du voile ?
Pourquoi faut-il que l’un d’entre nous parle ?
Que savons-nous de cette femme ? Des raisons qui l’ont poussée à se cacher du regard des autres ? Ne peut-elle avoir choisi librement de porter ce voile ? Probablement pas, c’est vrai. Mais est-ce une raison pour la juger ?
Nous sommes tellement pétris de nos idéaux occidentaux que nous sommes persuadés qu’ils valent pour le monde entier.
Et nous regardons presque attendris les nonnes en habits religieux et nous luttons pour garder notre lundi de pentecôte. Reliefs d’un temps pas si lointain, reliefs de notre culture. C’est à l’aune de cette culture que nous nous permettons de jauger celle des autres.
Que savons-nous de cette femme ?
Nous sommes tellement suffisants, tellement sûrs d’avoir raison que nous imposons nos convictions sans état d’âme et en toute bonne conscience.
Et qui ne les comprend pas est intolérant.
Et qui ne les comprend pas est un barbare.
Pauvre femme, pauvre femme soumise, pauvre femme soumise à la religion, pauvre femme soumise à la religion des hommes…
Moi aussi je hais les hommes qui font des lois idiotes, je hais les hommes qui façonnent une religion à leur intérêt et à leur gloire, je hais l’idée qu’on force une femme à se voiler le visage.
Trois petits points à l’horizon.
Moi aussi je voudrais me cacher parfois.
Tiphaine
*******
QUE SAVONS-NOUS DE CETTE FEMME ?
Avec certitude, on peut penser qu'elle vient du Maghreb, de Turquie..., qu'elle est musulmane...
Avec certitude, on peut penser qu'elle est épouse et mère "au foyer"...
Avec certitude, on peut penser que ceux qui la regardent passer ont des idées toutes faites sur une culture, une civilisation qu'ils ignorent, voire qu'ils méprisent et dont ils ne connaissent que "l'infime parcelle visible de l'iceberg" soit par ce que la télé leur en a dit et prédigéré, soit par ce que 10 ou 15 jours de vacances "là-bas" en hôtel tout confort pour "beaufs européens" en mal d'exotisme où on se retrouve "entre nous" leur a laissé entrevoir. De retour en France, ils diront contents d'eux et en croyant avoir échappé à de grands dangers :"ils ne sont pas comme nous !"
Il y a moins d'un siècle, on pensait en Europe que les Noirs n'avaient pas d'âme....
Il y a moins d'un demi-siècle, les prêtres portaient de longues robes noires, encore aujourd'hui les soutanes réapparaissent !
Il n'y a pas si longtemps que cela, les femmes "bien" sortaient en chapeaux ou foulards ou en coiffes!
De nos jours, ici, des religieuses en habits de corbeaux, se cloîtrent encore... Que savons-nous d'elles ?
Nous jugeons qu'une femme voilée ne peut être que "soumise" .... et c'est peut-être vrai....
Mais nous-mêmes, femmes européennes, sommes-nous si libres que cela ? si épanouies? QUI, dans la majorité des couples s'occupe -après son travail - des enfants ,des courses, du ménage ,des repas et repasse les chemises du mari (si maladroit le pauvre chéri !) ?
Il n'est pas si lointain le temps où une femme "divorcée" (libérée ?) était placée au ban de la communauté ! (Malheur sur celui par qui le scandale arrive !)
Nous nous croyons "modernes" mais nous ne sommes que le fruit d'une très lente évolution de notre société, d'autres ont lutté, d'autres ont souffert, que savons-nous de NOUS ?
Selon nos schémas, nos critères, ceux et celles qui "ne sont pas comme nous" sont passibles de notre mépris, de notre intolérance, nous voulons de gré ou de force qu'ils nous ressemblent.
Si ce n'est pas du racisme... ça y ressemble mais Brassens l'a dit mieux que moi : "Non, les braves gens n'aiment pas que...."
Le poids, la pression de la société, qu'elle soit d'ici ou d'ailleurs, sont tels que nous n'osons pas dire ce que nous croyons (quand nous croyons !) : il nous faut être politiquement corrects, mais ici comme ailleurs "le monde et les temps changent".
A notre façon, nous sommes -nous aussi - des ayatollahs : nos convictions, nos certitudes, nos évidences pas toujours approfondies ou remises en question car c'est trop difficile! notre désir de vouloir faire l'autre "à notre ressemblance" comme Dieu dans la Genèse sont aussi une façon de ne pas s'interroger sur le sens (ou le non sens) de notre petite vie étriquée!
Flora



