mercredi 9 septembre 2009
Neuf neuf neuf
"Ce qui probablement fausse tout dans la vie c’est qu’on est convaincu de dire la vérité
parce qu’on dit ce qu’on pense." Sacha Guitry
09/09/07 :
Réfléchir nuit gravement à la santé
09/09/08 :
Rêve de légèreté
O9/09/09 :
Debout les mots !
Il m'a fallu un an pour déconstruire ce que mes mots avaient construit.
Il m'a fallu un an pour résister de toutes mes forces, pour inventer des rêves qui devaient me tenir à l'abri d'une réalité que je refusais.
Il m'a fallu un an pour avoir le courage de plonger au fond de mon gouffre et surtout, pour trouver celui d'en ressortir.
Trois ans.
Trois fois veuve.
Trois fois neuve.
Neuf, neuf, neuf…
De ce neuf est sorti un moi qui n'a plus peur de vivre.
De ce neuf a éclos une femme au présent.
De ce neuf a jailli la force de regarder le monde enfin. Tel qu'il est et non tel que j'aurais tant voulu qu'il soit. La force de l'aimer aussi. Malgré tout. Malgré rien.
Je ne sais pas si le moi est haïssable mais j'ai détesté le mien à force de le chercher là où je ne pouvais pas le trouver.
Je me suis épuisée à tenter de définir ce qui est indéfinissable.
Je pensais que j'étais mots. Je pense donc je suis. Je pensais avec des mots, j'étais donc mes pensées, mes mots.
Trois ans pour balayer les mots.
C'est comme si on m'avait arraché le cœur. Les mots étaient le cœur de ma vie. A mon commencement était le verbe. Et j'ai crié Aline pour qu'elle revienne…
Il m'avait écrit qu'il m'aimait, il m'avait envoyé les mots les plus doux qu'on puisse rêver.
Et puis stop. Fini. Parti. Pffffuite… Juste trois mots sur un écran : "Le mot ment".
Ce matin, un ami me dit ceci : "Ne croyez pas ce qu'on écrit, Tiphaine."
Et ça tourne dans ma tête, trois ans défilent, les mots, ceux qui mentaient, ceux auxquels j'ai cru, ceux qui formaient ma carapace, ceux qu'on susurre au creux de l'oreille, ceux qu'on dépose dans le cou, ceux qu'on tatoue à coup de genoux… ou de joues…
Les mots joujoux à rire, les mots cailloux qui cognent, les mots hiboux à frémir, les mots poux dont on ne peut se défaire à s'arracher les cheveux et les mots choux, les mots doux…
Il m'a fallu trois ans pour admettre que les mots peuvent mentir.
Je croyais aux mots.
Si c'est écrit, c'est que c'est vrai, réel.
Puisque quelqu'un l'a dit…
Les mots mentent parfois mais les mots ne mentent jamais seuls.
Quelqu'un l'a dit qui ne le pensait pas.
Et si c'était aussi simple…
Mais ça ne l'est pas.
Quelqu'un l'a dit qui était sincère mais qui mentait sincèrement.
Ce qui est vrai pour moi n'est pas forcément vrai pour toi.
Il a dit "je t'aime". Il était sincère.
Et il mentait. Il se mentait à lui même.
Comme on ment parce qu'on a peur de décevoir autrui, comme on conjure la peur de n'être plus aimé…
Il m'a fallu trois ans pour renaître à la vie sous les mots.
Non, le mot ne ment pas.
Si, le mot ment parfois...
Je ne peux toujours pas l'admettre.
Et si j'accepte que les mots mentent, à quoi me sert d'écrire?
A jouer la comédie de la vie?
Parce qu'il paraît que tout le monde le sait très bien que les mots mentent..., mais on continue quand même à parler.
A quoi ça sert?
Si je ne crois plus aux mots, à quoi me sert de savoir parler?
Il m'a fallu trois ans pour apprendre à me taire.
Il m'a fallu trois ans pour trier les mots.
Dans le grand dictionnaire, j'ai pris les mots d'amour.
Je ne veux plus des autres.
Qu'ils mentent ou qu'ils ne mentent pas je m'en fiche.
Vous ne me croyez pas?
Je m'en fiche…
J'ai pris les mots d'amour et je n'en aurai plus d'autres.
Mais ne vous y trompez pas, les mots de rage et de haine sont encore des mots d'amour quand ils disent la foi en un monde plus juste.
Il n'y a pas une réalité.
Il n'y a pas une vérité.
Il y a des mots.
Il y a des âmes derrière ces mots.
Je veux rendre leurs âmes aux mots.
Je veux rendre leurs mots aux âmes.
Neuf, neuf, neuf
Tout est possible à qui vient de naître à nouveau.
Neuf, neuf, neuf
Lâchez tout. Laissez tomber les carapaces usées, il est grand temps de vivre.
Les mots sont merveilleux.
Je ne suis pas ce que je pense et mes mots ne seront pas coquilles vides.
Dans le grand supermarché des mots, j'ai donné un bon coup de pied sur les mots qui gondolent.
Les mots produits, les mots vendeurs, les mots qui tuent aussi à coup de vulgarité et d'ignorance.
Ce ne sont pas mes mots.
Je n'en veux pas.
Nous aussi nous avons des mots.
Des mots oubliés.
Les mots secrets
Ceux qu'on gardait comme des trésors,
Ceux qu'on recopiait sur nos cahiers ou dans la marge...
Neufs, neufs, neufs.
Debout les morts !
Debout les mots !
Que vive le moment !
mardi 8 septembre 2009
L'être de refus
Chers lecteurs,
Cela fait deux mois que je collectionne les lettres de refus et je vous disais il y a peu que cela fait deux mois que je n'écris plus. Bien sûr, il suffit que je dise que je n'écris plus pour me remettre timidement à écrivailler, mais ce n'est pas tout à fait la même chose, même si écrire pour dire qu'on n'écrit pas c'est tout de même écrire...
Chez les éditeurs jeunesse, mon Pays de l'Oubli ne trouve pas preneur, il faut dire qu'il ne répond à aucune commande, que je n'ai aucun "contact", et que j'ai le "défaut" d'être à la fois "auteur" et "illustrateur". Il semblerait que ça complique les choses... La seule réponse un peu positive que j'ai reçue provient des éditions Belin qui accepteraient éventuellement de le publier si je me dégottais un sponsor (oui, vous avez bien lu...) pour financer l'édition. On me conseille de demander à des associations Alzheimer un petit sou, je l'ai fait, mais vous pensez bien que ces associations ont d'autres priorités financières...
Pour mon Journal de Zep, j'avais deux pistes sérieuses, Claude Duneton ayant accepté de faire la préface il a eu aussi la gentillesse d'envoyer mon manuscrit à deux maisons.
La première m'a répondu début août par une longue lettre. L'éditeur avait lu attentivement et il me reprochait de livrer un simple constat. Il souhaitait donc que je remanie mon livre et que je propose des "solutions". Ce n'est cependant pas le but de mon témoignage. Si les livres théoriques avaient réussi à faire bouger les choses depuis trente ans, ça se saurait, non? J'avais naïvement pensé que la simple réalité disait mieux que n'importe quel grand discours...
Le second éditeur vient cette semaine de me renvoyer lui aussi mon manuscrit, la lettre est expéditive "pas assez convaincant" ni "neuf" parmi la foule de témoignages reçus". Vlan.
Je m'étais prise à rêver que j'étais un écrivain, c'était un joli rêve.
Sans doute suis-je toujours une personne qui a du mal avec la réalité. Ma psy qui est décidément pleine de bon sens me dit que pour être publiée il faudrait que je fasse de la fiction. Ce paradoxe m'amuse. Me dire à moi que ce que j'écris est trop réaliste, c'est drôle ! Elle dit que l'édition c'est du commerce, qu'il me faut donc écrire sur commande, répondre à la demande, aller dans le sens du vent. Il me semblait pourtant que parler de l'enseignement... Mais sans doute n'y a-t-il pas assez de sang dans mes mots... Et je n'ai pas de révolver... J'ai du mal à imaginer qu'il y a une "foule" de témoignages de profs de ZEP, mais après tout, je ne suis pas éditrice.
Bien. Suffit la complainte de l'écrivain maudit et incompris. Je n'exclus pas la possibilité d'avoir finalement un talent moyen auquel cas je comprends parfaitement les éditeurs qui ont mieux à faire que de perdre leur temps précieux à m'expliquer comment progresser pour être "digne" de figurer parmi leurs auteurs.
Dans cette incroyable librairie qu'est la Lucarne des écrivains, j'ai trouvé au mois d'août deux pépites. La première est le livre d'un auteur-blogueur pour lequel j'ai toujours eu beaucoup d'admiration, Pierre Duys. Je la savoure à petites doses et avec délectation.
La seconde est un livre de Paul Desalmand intitulé "écrire est un miracle".
Pour conclure ce billet sur l'édition, je ne résiste pas à vous recopier intégralement le chapitre de ce bouquin dont le titre est "Comment refuser un manuscrit". J'ai ri aux éclats en le lisant, et j'avais envie de partager avec vous ce bonheur.
La bise à vous amis lecteurs et merci de votre présence, car finalement, c'est grâce à vous que je suis "auteur" !
Tiphaine
Comment refuser un manuscrit – Paul Desalmand
Les éditeurs manquent souvent d'imagination ou de courage lorsqu'ils renvoient un manuscrit. La lettre de refus est fréquemment stéréotypée. On souhaiterait un peu plus d'imagination et de respect des auteurs.
A titre d'exemple, ce modèle paru dans une revue Suisse (Pédagogie Spécialisée, Février 1998) qui nous a été signalé par Michel Pougeoise. Le texte a été traduit de l'allemand, mais il s'agirait de la réponse type d'un éditeur chinois.
"Auguste frère du soleil et de la lune, je m'incline humblement devant toi, je baise la terre qui soutient tes pieds et je fais appel à ta bienveillance pour m'autoriser à vivre et à parler. L'éclat rayonnant qui émane de ton écriture précieuse a ébloui nos yeux et notre esprit.
Nous avons découvert ton travail avec enthousiasme. Jamais encore il ne nous avait été accordé de lire et d'étudier une œuvre comparable à la tienne si l'on considère la clairvoyance, l'étendue et la force de ta pensée. En la publiant, nous érigerions un modèle inégalable et ne pourrions par conséquent plus jamais offrir à nos lecteurs de nouvelles œuvres, celles-ci ne pouvant qu'être reléguées loin derrière la tienne.
Voilà pourquoi c'est avec une émotion tremblante que nous te retournons ton manuscrit au nom de l'ensemble de la rédaction qui voit et admire désormais à tout jamais en toi son Maître et Seigneur."
dimanche 31 mai 2009
Je sais si peu de vous...
Et vous, oui, vous qui me lisez, qui êtes-vous ?
Vous qui d'habitude passez sur la pointe de pieds, essayez de répondre à ma question et, si vous n'y arrivez pas, dites-le moi simplement, je ne vous en voudrai pas, depuis le temps que je me perds moi-même dans mes tentatives de desexplication...
mardi 26 mai 2009
Vivre c'est tout
J’arrive
à un moment où tout semble possible et où tout se vaut.
Je
ne sais pas très bien ce que je veux.
Je
ne sais pas non plus ce que je ne veux pas.
Et
tout ceci me semble d’un nombrilisme affligeant.
C’est
cela, aussi, la dépression, une lutte permanente contre l’auto flagellation.
Parce
que c’est plus facile de se détester que de s’aimer.
Hier
soir, j’étais dans un restaurant avec une amie. J’étais bien. Tellement bien. J’avais
la tête vide de tous ces doutes qui me laminent depuis trop longtemps. Je
profitais de la brise légère, je ne pensais ni à hier ni à demain. J’avais
oublié la tombe sur laquelle je suis allée me recueillir, le manuscrit achevé
qui ne m’a pas apporté le soulagement tant espéré, et les questions, et les
questions, et les pourquoi, et les pour quoi…
Elle
m’a dit que, contrairement au bonheur, le désespoir était quelque chose que la société considérait comme
sérieux. Imagine, Tiphaine, que l’on fasse une pile avec tout ce qui se produit
de triste et une autre avec ce qui parle simplement du bonheur. Je sais bien,
pensais-je, que la balance penche du côté du drame, c’est lui qui fascine, c’est
lui qui fait vendre.
Le
bonheur est si souvent banal qu’il passe presque inaperçu, il faut savoir le
débusquer. Je le savais. Je le sais encore. Moins bien parce que je suis malade
et qu’il se cache parfois sous des apparences trompeuses. Mon bonheur, je crois savoir
maintenant qu’il est plus dans le faire que dans le dire.
Mais
je n’en suis pas sûre.
Ce
moment où tout semble possible et où tout se vaut…
Depuis
si longtemps je suis dans le dire. Je crois n’être moi-même que dans l’écriture.
Je
rêve d’être moi dans l’instant. Dans tous les instants.
Dire,
est-ce faire ? Si au commencement était le verbe, ne puis-je pas créer par
les mots ?
C’est
comme si j’avais explosé en mille morceaux et que j’essayais de me
reconstruire selon une logique cohérente, a posteriori.
Comme
s’il devait y avoir une logique.
Peut-être
n’y a-t-il aucune logique…
Si
seulement je savais faire avec les compromis. Mais les cons promis tiennent
rarement parole.
Et
certains mots mentent.
Et
certains mots peuvent tuer plus sûrement que l’arme la plus redoutable.
Mais
les mots peuvent guérir les mots aussi…
Et
si les mots mentent, que me reste-t-il ?
Les
gestes Tiphaine, les gestes. L’action. Le faire.
Pourquoi
le faire ne mentirait-il pas autant que le dire ?
Et pourquoi faudrait-il choisir entre le dire et le faire ?
Dire ET faire, faire ET dire.
Si
seulement je savais faire avec les compromis.
Mais les cons promis tiennent rarement parole.
Qu’est-ce
qui a changé ?
Je
sais donner le change.
Je
ne sais pas si je vais mieux. Mais j’ai au moins la force de commencer à faire.
Parce que de cela dépend la joie de deux enfants qui ne méritent pas de vivre
avec une mère absente.
Aujourd’hui,
quelqu’un m’a écrit : « tu es ce que tu as de plus important ».
C’est une belle phrase. Mais elle ne me convient pas. Ce que j’ai de plus important
ce n’est pas moi. C’est l’amour de ceux que j’aime.
Lorsque
j’étais là-bas, j’ai été profondément déstabilisée par une remarque d’une des animatrices à propos d’un
texte que j’avais écrit en atelier d’écriture : quand on donne tout, on
n’est plus rien. J’ai toujours cru au contraire que c’est parce que je donnais
tout que je valais le coup d’être. J’étais par ce que je donnais, non par ce
que j’avais. Ma vie n’avait pas d’autre sens. Et je croyais que tout le monde
en faisait autant, que tout le monde se donnait entièrement.
Cette
remarque n’a l’air de rien mais elle est très importante pour moi. De même que
je me suis demandé depuis tout ce temps qui j’étais, je me suis posé la
question de savoir ce que je donnais et pourquoi.
La
réponse n’est pas très glorieuse.
Souvent,
j’ai entendu dire que j’étais impressionnante par le fait que je donnais mon
amour sans compter et c’est vrai, je le donne, je passe mon temps à le donner,
c’est ce qui a toujours justifié ma vie.
Pourquoi ?
Pourquoi donnes-tu tout cet amour Tiphaine ?
Parce
que je veux qu’on m’aime…
Parce
que je ne me sens exister que dans le regard aimant de l’autre.
Je
me souviens d’avoir discuté il y a près d’un an avec un ami à propos de la
création. Nous n’étions pas d’accord à ce sujet. Lui, pensait qu’il ne créait
pas dans le but d’être regardé. Moi, je lui disais qu’une création n’existe pas
en dehors du regard, c’est le regard qui la crée. Et c’est ainsi que
j’expliquais par exemple mon bolg, mes blogs, par le besoin que j’avais
d’offrir au regard de l’autre ce que je créais. Je n’avais pas encore réalisé
que c’est moi que je produisais. Si j’ai donné autant, histoires, tableaux,
poèmes, vidéos, photos, tant de mots, tant de signes, ce n’est pas pour que
vous les regardiez, c’est pour que vous m’aimiez.
C’est
cela que je veux profondément : que vous m’aimiez.
N’est
ce pas profondément égoïste, finalement ? Je donne l’amour, sans compter,
mais ce n’est pas gratuit, je le donne parce que j’espère toujours recevoir le
vôtre en retour. J’ai désespérément besoin que l’on m’aime et ce n’est jamais
assez.
Je
ne connais que deux personnes qui aiment sans espoir de retour. C’est très peu.
Et je les envie. C’est à cela que j’aspire aujourd’hui. A aimer, simplement
aimer, sans but.
Aimer
pour aimer.
J’ignore
si j’y arriverai un jour. Il me faut pour cela faire tant de deuils, sécher
tant de blessures anciennes, ne plus avoir peur d’être abandonnée, ne plus souffrir parce que j'ai peur qu'on ne m'aime pas, qu'on ne m'aime plus… Ou peut-être ne faut-il rien faire?
Merde.
Vivre,
c’est tout.
mercredi 22 avril 2009
Pour Mamoune et Papistache
Chers vous deux,
C'est parfois si difficile de trouver les mots...
Je voudrais simplement déposer ici des baisers doux pour vous, pendant que la nuit défile ses cauchemars et ses rêves aussi.
Je ne sais pas si vous êtes siamois, jumeaux ou plus simplement des amants, mais je sais que le mot amour a été inventé pour vous aussi.
Et il vous va si bien...
J'ai fait un jour une photo mentale de vos deux visages et je l'ai accrochée près de mon cœur.
Elle ne me quitte plus.
Alors ce soir, je la serre un peu plus fort contre moi et je la berce tendrement.
Oh ! Vous venez encore de me sourire...
Merci.
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lundi 20 avril 2009
La dépression pour les nuls
La dépression pour les nuls
INTRODUCTION :
Vous n’êtes pas sans savoir, si vous êtes un lecteur régulier de ce bolg, que j’ai un vice caché. J’adore les sciences. Ce que je préfère c’est l’astrophysique (voir là) et tout ce qui concerne la neurologie. Je suis fascinée par ce qui se passe dans notre cerveau. Fascinée et effrayée aussi, comme bien souvent devant les mystères. Je me dis parfois que ce qui m’arrive, c’est un problème dans mon cerveau, ça a quelque chose d’effrayant, parce que je n’aime pas bien l’idée que mes émotions soient induites par des connexions neuronales, mais en même temps c’est rassurant, c’est mon corps qui est en cause, pas mon « âme »…
Quelques zozos pensent encore que la dépression, c’est un méchant coup de blues qu’on guérit à force de volonté ou grâce à de subtiles révélations sur les facteurs déclenchants. Oh ! Elle avait du mal à supporter son boulot ? Elle a demandé sa mutation, c’est bon. Désolée, ce n’est pas si simple. Zigmund et sa baguette magique ne peuvent pas tout.
C’est ce qui se passe dans ma caboche, que j’aimerais essayer de vous expliquer, maintenant…
I. La dépression, qu’est-ce que c’est donc ?
La dépression, c’est d’abord une maladie. Pas un sentiment, un coup de mou ou une déprime passagère. Pas confondre, s’il vous plaît.
On a du mal à la voir, puisque c’est dans la tête que ça se passe, essentiellement. D’où de nombreuses incompréhensions, une maladie qui ne se voit pas, c’est pas sérieux, limite on pourrait croire que c’est de la simulation…
Avant de continuer ma logorrhée, je voudrais signaler à mes courageux lecteurs que je parlerai ici essentiellement de ce qu’on appelle la dépression majeure (ou sévère) puisque c’est, quelle chance, le cas que je connais le mieux…
Passons maintenant aux symptômes, ils sont légion, et on les classe en trois catégories :
A. Les symptômes psychiques :
Ils sont caractérisés par ce qu’on appelle la tristesse dépressive et l’anxiété.
La tristesse dépressive, c’est l’incapacité à éprouver du plaisir (« l’anhédonie » ça la pète plus mais bon, je fais de la vulgarisation !). C’est comparable à ce qu’on ressent lorsqu’on perd un proche, le monde est vide, sans intérêt, l’avenir n’existe pas, on ne peut pas se projeter, etc… Histoire de couronner le tout, cette « tristesse » se caractérise également par des idées suicidaires vu que l’avenir est sans espoir, logique…
L’anxiété est « une sensation de tension intérieure, de danger imminent ». Et quand ça arrive, cette sensation, elle peut paralyser notre ami le dépressif ou au contraire le mettre dans un état d’agitation zebulonnesque, ça dépend… Parfois c’est une alternance des deux, pour les moins chanceux.
B. Les troubles cognitifs :
Bon, y’en a un paquet là aussi, en vrac, difficultés de concentration, troubles de la mémoire et du langage, fatigabilité, troubles du raisonnement … Un exemple, histoire d’enfoncer le clou : notre ami (mais oui, c’est notre ami !) le dépressif a beaucoup de mal à se concentrer, s’il veut suivre une conversation, il doit déployer des efforts que vous ne soupçonnez même pas, suivre ce que vous dites, ne pas décrocher, essayer de se souvenir de ce que vous venez de dire, adapter son comportement à ce qui sort de votre bouche en prenant un air triste ou réjoui en fonction de l’effet attendu. Je vous assure, ce n’est pas si simple… C’est un peu comme si vous étiez sourd et que vous deviez convaincre les autres que vous comprenez très bien ce qu’ils disent.
C. Les symptômes comportementaux :
Immense fatigue, foutue culpabilité, paralysie de la pensée et de l’action, incapacité à se lever (clinophilie, si, si, c’est comme ça qu’on dit et ça veut pas dire qu’on n'aime les cliniques !), à se laver, à s’occuper de soi, perte d’initiative, repli chez soi et repli sur soi, idées suicidaires, irritabilité, susceptibilité, vulnérabilité excessive, agressivité, anorexie mentale ou boulimie et même, homicide, si, si, parce que notre ami le dépressif se dit que puisque le futur est affreux, autant l’épargner à ceux qui lui sont chers. Ça se tient…
D. Les symptômes physiques :
Ils se caractérisent par une perte excessive de poids (ou l’inverse), des troubles du sommeil (trop ou pas assez ou les deux pour ceux qu’ont pas de chance !), cauchemars, troubles de la libido, perte du désir, de l’appétit, troubles du petit cœur, de la tension, on palpite, on palpite, troubles digestifs en tous genres…
Maintenant, vous avez une idée de à quoi ça ressemble, une dépression. Et vous vous demandez sans doute, car vous êtes des esprits à la curiosité insatiable, mais comment que ça se fait donc que ça se produise, une telle maladie?…
Ne vous en faites pas, Docteur Tiphaine est là !
II. Les causes de la dépression
Là, y’a plusieurs écoles, forcément, sinon ce ne serait pas drôle…
Y’a ceux qui soignent la dépression à coups de pieds dans le cul. Ceux-là, ils vont vous dire que la dépression elle est due à un facteur extérieur aisément identifiable. On l’identifie, on en parle gentiment, on résout le problème, et hop, youpi, on est guéri.
Parfois, ça marche…
Bon, sur le plan scientifique, il y a aussi plusieurs théories que je vais à présent tenter de résumer, va falloir vous accrocher, y’a des mots compliqués !
Avant tout, je me dois de préciser, au cas où ce ne serait pas clair, que je ne suis pas scientifique, juste lectrice, je n’ai pas les connaissances nécessaires pour pouvoir trancher sur telle ou telle cause. Il est ainsi très difficile de dire que certaines dépressions sont causées par un dysfonctionnement « chimique » du cerveau, car la thèse qui explique que ceci n’est finalement qu’une conséquence de l’état dépressif reste valable. Tout ce qu’on peut dire avec certitude, c’est que ça se passe dans le cerveau, et qu’il y a vraisemblablement un dysfonctionnement de transmissions. Là, je ne crois pas dire trop de bêtises. Pour le reste, vous jugerez par vous-mêmes si vous êtes plus au courant que moi, ce qui ne devrait pas être trop difficile !
Alors, il nous faut commencer par causer un peu du cerveau, si vous voulez bien. (si vous voulez pas, passez au grand III !) Cette formidable machine est constituée de plusieurs zones, et même de plusieurs cerveaux, et là c’est tellement compliqué que je n’essaierai même pas, il y a des zones dédiées au langage, à la mémoire, aux sensations, à la vision... Ce que j’ai retenu, en ce qui concerne la dépression, c’est que tout commence par une exposition au stress.
En cas de stress, le cerveau réagit rapidement, pour notre bien. Un exemple simple. Vous êtes en train de lire et une méchante guêpe arrive. Aussitôt, votre cerveau coupe la communication avec tout ce qui ne lui est pas vital et en particulier une zone du cerveau située à l’avant que l’on nomme le cortex préfrontal. Pas besoin de cette zone, c’est celle qui sert à raisonner, articuler le langage, je vous en dirai plus tout à l’heure mais ce que vous devez retenir pour l’instant c’est que cette zone n’est pas vitale pour tout ce qui relève des instincts primaires.
Le cerveau mobilise donc les réflexes primaires, il nous ordonne de fuir par exemple, et il est évident que nous ne pensons plus à lire…
Chez le dépressif, y’a un souci. C’est là que mon explication se complique un peu. En gros, c’est une région du cerveau qui s’appelle l’amygdale qui coupe la liaison avec le cortex préfrontal. Une fois le stress passé, c’est une autre région, l’hippocampe, qui entre en action afin de rétablir la liaison avec le cortex. L’hippocampe, qui est aussi le siège de la mémoire puisqu’elle permet les liaisons entres les émotions et les souvenirs ou encore la localisation spatiale, est le truc qui fabrique les neurones (la neurogénèse). En fabriquant ces neurones, il permet de rétablir les connexions, sauf chez notre ami le dépressif car il semblerait que pour lui, l’hippocampe ne réagisse pas comme prévu et qu’il produise moins de neurones. En vrai, c’est encore plus compliqué, y’a des histoires d’hormones comme le cortisol, la dopamine et tout et tout, mais là, ça devient trop subtil pour moi. L’idée c’est qu’une hormone comme la dopamine (le truc du plaisir…) n’arrive plus ou trop mal à se fixer sur les récepteurs des neurones (vu que y’en a de moins en moins, vous suivez ?) et donc et donc, la dépression, tout ça… Quant au cortisol (le truc du stress), en cas de dépression, il est trop abondant, mais ça aboutit au même résultat puisque du coup il sature les récepteurs de l'hippocampe qui ne peut plus assurer le contrôle du stress.
Sous l'action répétée du cortisol, des changements apparaissent et, pour ce qui nous occupe, un changement non négligeable puisque qu’il va diminuer le nombre de récepteurs à deux neuromédiateurs essentiels : la sérotonine (qui contrôle l’impulsivité, l’appétit et la sexualité) et la noradrénaline (qui contrôle l'éveil, l'attention, l'énergie). Et ensemble, ils régulent l'humeur, le sommeil et les douleurs physiques.
Ça fait un paquet d’emmerdes en perspective, non ?
Sans compter que pendant ce temps là, le cortex préfrontal, il mouline, il mouline… Parce qu’il ne sait plus quoi faire le pauvre loulou, il est inhibé, à fond ! Il ne sait plus choisir, il ne sait plus juger, il a du mal à passer d’un sentiment à un autre, il se trouve devant plein d’alternatives et il est incapable de trancher ! Imaginez un peu que le matin vous passiez deux heures devant votre armoire, sans parvenir à décider de ce que vous allez mettre… Je vous assure, on peut en pleurer…
Vous êtes devant votre écran, accablés, vous vous demandez avec angoisse s’il existe des moyens de traiter cette terrible maladie. Limite, vous êtes à deux doigts de tomber vous même dans la dépression… Faudrait pas, quand même… Car, mesdames et messieurs, il paraît qu’il existe des moyens de s’en sortir, si, si, et c’est ce que nous allons voir dans cette dernière partie placée sous le signe de l’espoir !
III. Comment soigner la dépression?
A. Avec des bons sentiments ?
L’entourage de notre ami le dépressif est souvent désemparé, et il y a de quoi… Il a l’impression de vivre avec quelqu’un qui n’est plus que l’ombre de lui-même, qui ne rit plus, ne participe plus à la conversation, a des pertes de mémoires, des troubles de l’humeur pour le dire rapidement, ou encore qui tout d’un coup se met à vous agresser ou a subitement envie de hurler, ou de frapper… Non, pas facile de vivre avec lui…
Alors l’entourage fait du mieux qu’il peut, d’abord il supporte gentiment, et puis, peu à peu, il essaie de faire réagir le malade en lui proposant un tas d’activités plaisantes qui devraient le sortir de sa léthargie. Hélas… C’est peut-être difficile à comprendre pour qui ne le vit pas, mais cela ne fait bien souvent que conforter le dépressif dans son auto-dévalorisation. Il constate que ceux qui l’aiment essaient de l’aider mais comme il souffre d’anhédonie (vous vous souvenez, Anne Hédonie, la fille qui enlève la joie et qui n’est pas une fille de joie) il ne peut pas prendre plaisir à ce qui est censé le réjouir, il s’en culpabilise le pauvre loulou, il voudrait bien, mais il peut point… Pour couronner le tout, il a l’impression d’être un ingrat…
Tout cela étant dit, mesdames et messieurs qui avez la malchance d’être proches d’un dépressif, ne désarmez pas, s’il vous plaît. Il est difficile pour notre ami de prendre du plaisir, d’avoir envie, d’être tout simplement là, avec vous, mais il sera forcément sensible à vos efforts même s’il n’en ressent pas immédiatement les effets bénéfiques. L’indifférence, le désintérêt voire le mépris d’autrui ne sont pas des adjuvants pour sortir d’une dépression ; bien au contraire, ils sont des méchants couteaux dont on se sert pour se persuader qu’on est ce que l’on croit être : une merde insignifiante.
Courage à l’entourage, je n’ai pas de solution magique, mais je sais que l’amour vaut mieux que le désamour et qu’être aimé, même mal, vaut mieux que de ne pas être aimé.
B. Avec une psychothérapie ?
A priori, on pourrait penser que c’est une bonne solution. A priori…
Il y a malgré tout un hic. Lorsqu’il s’agit d’une bonne grosse dépression (dite dépression sévère !), le cortex préfrontal est atteint (comme la tarte du même nom), ce qui signifie que la zone du langage et de l’expression des sentiments l’est aussi. Une des questions les plus déstabilisantes pour un dépressif, c’est : « comment allez-vous ? ». Je suis pour ma part incapable de répondre à cette question pour le moment, je réponds « bien », pour passer à autre chose. Le principe de la psychothérapie repose en grande partie sur le langage, sur l’expression de ses sentiments ou sensations, ainsi que sur l’influence des souvenirs sur notre présent. C’est un peu compliqué pour notre ami, pas impossible, mais compliqué… A cela s’ajoute le fait qu’une psychothérapie vise souvent à identifier des causes « extérieures » à la dépression, et nous avons vu que ce n’est pas toujours le cas.
Cette réserve faite, un soutien psychologique me semble indispensable, ne serait-ce que pour que le malade ne se sente pas seul dans cette épreuve et pour qu’il puisse dialoguer avec une personne qui peut entendre sa souffrance sans la minimiser ou la dévaloriser. C’est déjà énorme…
C. Avec des médicaments ?
La grande majorité des dépressions est soignée avec des antidépresseurs. Pour tout vous dire, j’ai longtemps été rétive à cette idée. Mais j’ai changé d’avis. Quand j’ai mal à la tête, je prends une aspirine. La dépression est une maladie, pourquoi ne la soignerais-je pas avec des médicaments ? Le problème des louzous, c’est qu’on ne sait jamais vraiment quels effets secondaires ils peuvent avoir, il faut avoir la patience d’en essayer plusieurs avant de trouver celui qui vous convient le mieux. Se dire qu’un comprimé est capable de vous rendre heureux peut faire peur, moi, ça me fait peur, mais si l’on considère le fait que ces médicaments sont par exemple capables de remettre en route une bonne neurogénèse ou qu’ils aident à relancer la communication entre cortex et système lymbique (le truc de l’hippocampe et de l’amygdale), je crois que ça vaut le coup d’essayer. J’ai une jambe cassée, je mets un plâtre. Mon cerveau dysfonctionne, je prends des cachetons…
Des études récentes ont cependant montré que le sport (à raison de trente minutes trois fois par semaine) avait des effets au moins aussi bons, au bout de quatre mois, que les médicaments. Vous n’êtes pas sans savoir que faire du sport est un excellent moyen de produire des gentilles endorphines qui vous font la vie plus belle, y’a bien une raison pour qu’il y ait des accros au sport, non ? !
Le sport, l’activité physique, les randonnées, la marche, les parties de jambes en l’air, tout ça c’est bon contre la dépression.
Alors pourquoi ne pas se mettre au sport immédiatement quand on sait que les médicaments ont parfois des effets secondaires importants ? C’est tout simple… Un, c’est super facile d’avaler un médoc, deux, prendre un médicament c’est être malade et ça c’est rassurant d’une certaine façon, trois, le sport faut s’y mettre, faut se motiver, faut décider, faut se bouger, se sortir… Et ça, c’est pas évident du tout quand on n’a qu’une envie : dormir.
D. Avec la volonté ?
Ha ! Ha ! Ha ! Y’en a encore qui y croient ? !
Pas possible…
Non, la volonté hélas n’y est pour rien. Vous pouvez avoir une volonté d’acier, si vous êtes dépressif, vous vous transformez en une loque impuissante, le plus souvent incapable de raisonner droit ou d’avoir des initiatives. La volonté entre en jeu, certes, mais petit à petit. Seule, elle ne suffit pas.
E. Avec des solutions alternatives ?
Il en existe plusieurs, je suis loin de les avoir toutes testées, elles ont le mérite d’exister. Des solutions à base de plantes (le millepertuis par exemple), l’homéopathie, l’hypnose, l’autohypnose, les électrochocs, la désensibilisation par les mouvements oculaires (EMDR), la régularisation du rythme cardiaque par bio-feedback, le soleil, la musicothérapie et la luminothérapie, les oméga-3, le tryptophane, la sophrologie, le reiki, les arts énergétiques et j’en passe…
Oui, si vous cherchez un peu, vous trouverez un tas de gens plus ou moins compétents et plus ou moins intéressés qui vous jureront qu’ils ont la solution miracle ! Car la dépression est une manne pour les charlatans en tous genres, il est si facile de profiter de la détresse de ceux qui souffrent…
En résumé, il existe des solutions alternatives efficaces, mais je vous recommande d’être suffisamment méfiant et de ne pas faire confiance à quelqu’un qui ne vous serait pas recommandé sérieusement, vous risqueriez de devenir un gogo dépressif, comme si c’était pas suffisant déjà d’être dépressif.
Et, je vous l’assure, un gogo dépressif ça n’a rien de sexy…
Bien. Si, à ce stade, y’en a encore qui ne comprennent pas pourquoi il est bien rare de voir un dépressif se promener avec des écouteurs sur les oreilles, des électrochocs branchés sur le crâne, en train de faire du jogging tout en respirant des fleurs de Bach, c’est que j’ai raté mon explication ou qu’ils sont plus nuls que nuls, ce qui reste possible hélas…
Si je peux me permettre, modestement, de donner un conseil à l’ami dépressif qui tomberait par hasard sur ce bolg et aurait eu le courage de lire jusqu’ici, le meilleur moyen de sortir de la dépression, à mon avis, c’est de vieillir…
CONCLUSION :
La grande question que vous vous posez tous maintenant, je vous devine petits malins, c’est la suivante : mais comment ça se fait-il que tout le monde ne tombe pas dans la dépression ? C’est vrai ça, je suis sûre que vous en connaissez de ces personnes qui malgré les pires coups du sort restent stoïques, se tiennent droites dans l’adversité la plus terrible.
Ben oui. On n’est pas égaux. C’est bête…
«En réalité, ce qui déclenche la dépression n'est pas le stress seul, c'est l'interaction entre un stress et la vulnérabilité propre à chacun», explique Philip Gorwood, psychiatre au CHU Louis Mourier à Paris. Par «vulnérabilité», le psychiatre entend l'histoire personnelle de l'individu (les traumatismes subis dans l'enfance) mais aussi des gènes dont on a hérité. Ainsi, selon lui, « Il n'existe pas un gène de la dépression mais un ensemble de gènes de vulnérabilité».
Si à la loterie génétique vous avez perdu, consolez-vous, vous avez quand même autant de chances qu’un autre de gagner au loto.
Elle est pas belle la vie ? !
Sources :
- article d'Eléna Sender, Sciences et Avenir
- http://www.sante-sur-le-net.com/depression/depression.htm
- http://www.linternaute.com/science/biologie/dossiers/06/0605-depression/2.shtml
Vidéos de vulgarisation, avec des supers effets et tout et tout :
- http://www.youtube.com/watch?v=4gQEK5x1OaQ&feature=related
- http://www.youtube.com/watch?v=woUFtnua13c&feature=related
jeudi 16 avril 2009
Cher Monsieur aux lunettes qui devraient être bleues,
Cher Monsieur aux lunettes qui devraient être bleues,
Vous aviez Paris pour vous,
Vous aviez du temps pour vous,
Et ce Paris-là,
Et ce temps-là,
Vous l'avez partagé avec nous.
Un ptit bonhomme, une petite bonne femme et une grande louloute sur le quai de la gare
Trois habitants du Poutouland perdus au milieu de la marée humaine
Avec une immense valise bleue...
Vous étiez là, avec vos lunettes qui devraient être bleues
Et votre sourire heureux.
Vous nous avez emmené tout là-haut, presque à toucher le ciel
Et les yeux de mes petits brillaient
Les miens aussi.
Parfois, je désespère de la nature humaine.
Mais il est d'autres fois où un simple sourire fait bien mieux que tous les comprimés de la terre...
Merci.
lundi 13 octobre 2008
Lettre à mes amis
Je sais bien que vous attendez un signe, que vous espérez un signe…
De joie, de bonheur, de vitalité ou simplement d’espoir.
Je voudrais vous faire plaisir.
Je pourrais mentir.
Je devrais mentir.
Je sais bien que nombre d’entre vous aiment ma fréquentation parce que je suis une rigolote fantaisiste.
Ça vous manque… A moi aussi ça me manque.
Il me faut du temps. Tous les jours, j’entends : «ça va Tiphaine ?». Je réponds que oui. C’est plus simple pour tout le monde. La déprime c’est lassant. Je sais que certains commencent à penser que je ne réagis pas assez vite, que je devrais sortir, voir du monde, me changer les idées, sourire à la vie. Tu sais Tiphaine, la vie est belle !
Je sais. Je peux aimer la vie et en désespérer en même temps, l’un n’est pas exclusif de l’autre.
J’en sais aussi qui se détournent de moi parce qu’ils en ont assez de m’entendre soupirer. Je comprends ça. Je n’aime pas non plus ma fréquentation en ce moment.
Ils attendent des jours meilleurs. Je comprends ça aussi.
Je voudrais pouvoir en faire autant.
Je sais aussi que si je ne me ressaisis pas assez vite, nombreux sont ceux qui vont penser que je me complais dans mon malheur, que je ne fais pas d’efforts, que je pourrais au moins essayer de donner le change. Je le donne pourtant, le change. Je fais semblant.
C’est elle qui est responsable de son malheur, il faut qu’elle change le regard qu’elle a sur son travail, il faut qu’elle prenne moins les choses à cœur. Vous voyez, je les connais les conseils, les bons conseils. Bien sûr, la seule responsable c’est moi, il faut donc que je sois à la hauteur, que je ne faiblisse pas ou vous allez vous lasser, vous me pardonnez un peu. Mais trop…
Secoue-toi ma vieille ! Prends ton destin en main ! Réagis !
Je fais semblant. C’est la seule chose que je sois capable de faire maintenant. Il me faut du temps. Je sais que ça ne durera pas même si ça dure. Trop longtemps. Je sais…
S’il vous plaît, vous aussi, faites semblant.
Nous jouerons une belle pièce en harmonie avec la société.
Ce soir, les bourses reprennent de la vigueur... C’est exactement ça. Il faut qu’on bande absolument, c’est important. Bandons, consommons, soyons forts et fiers.
Et youpi…
mercredi 9 juillet 2008
Lettre ouverte à une flamme
La première fois que je t’ai vue, je m’en souviens très bien.
C’est comme si j’avais eu un morceau de feu juste à côté de moi, un rayon arraché au soleil. Tu virevoltais, et tu projetais autour de toi des étincelles. Je me suis dit qu’il était impossible que tu ne deviennes pas mon amie, je l’ai su à la seconde même où je t’ai vue.
Il y en a peu des personnes qui comme moi ont eu la chance dans leur vie de connaître une flamme.
Il y en a beaucoup aussi qui partent en courant, par peur de se cramer.
Pas moi. Je sais que ta flamme réchauffe le cœur, et si elle brûle parfois, c’est surtout la connerie.
Dans tes yeux, je retrouve cette flamme, la colère et la tendresse aussi.
Comme une protection, une barrière aussi, pas touche à ton âme, pas touche à tes idéaux, pas touche à tes gosses, pas touche à nos gosses.
Parce que nos élèves c’est aussi tes enfants. C’est d’abord pour eux que tu te bats. C’est drôle comme tu es avec eux, comme ils sont avec toi.
Une famille.
La première fois que je t’ai vue, j’ai su que j’avais trouvé ma place dans ce bahut, j’ai su que ça serait dur mais que ça valait la peine, juste trois mots échangés avec toi. Mais, si tu veux la vérité, ce n’est pas tes mots qui me l’ont dit, c’est la flamme qui est en toi et qui rejaillit dans chacun de tes gestes, dans ta manière de sourire, jusque dans la façon dont tu regardes celui qui dit quelque chose qui te révolte. Je ne devrais pas te l’écrire mais c’est beau à voir comme tu te contiens, comme tu luttes pour finalement exploser.
Et si tu n’exploses pas, si tu ne dis pas tout haut les mots que nous pensons tout bas, qui le fera à ta place ?
Je n’aurai jamais assez de mots pour te dire tout ce que ce collège te doit.
Alors je vais faire une tentative terriblement injuste, je vais résumer : ce collège te doit sa dignité.
Nous te devons cette dignité, nous te devons de pouvoir nous regarder en face quand nous allons travailler parce que nous savons qu’un jour quelqu’un a osé dire ce qui nous semblait intolérable, inacceptable.
Les élèves te doivent cette dignité parce que tu le leur as donnée, par tes mots, par ton attention, par ton intolérance farouche à la haine, au mépris et à l’exclusion.
Bien sûr que je suis triste que tu t’en ailles.
Bien sûr que tu n’es pas remplaçable.
Bien sûr que tu vas me manquer.
Mais je suis heureuse que tu suives ton chemin, et je sais que où que tu ailles, tu iras réchauffer d’autres cœurs, que ton âme ne changera pas, que je pourrai la retrouver parce que tu n’en es pas avare, jamais.
Toujours là quand j’ai besoin d’avoir moins froid.
Pour tes fous rires, pour le partage, pour ta solidarité, pour ton honnêteté, pour tes clins d’œil entre deux portes, pour le jeu, pour la musique, pour les tournesols, pour ton soutien sans faille, pour la connivence, pour ta révolte, pour tes faiblesses, pour les larmes, pour le non dit, pour le ressenti, pour ta main sur mon épaule, pour tes yeux qui pétillent, pour une robe, pour être toi, pour rester toi malgré tout ce qui te ronge, pour tout le reste aussi, merci, tellement merci…
Je suis différente de t’avoir connue, on ne sort pas indemne de te connaître, et c’est très bon, et c’est très beau.
Dans mon cœur, maintenant, une petite flamme… Il faut croire que tu es une bonne pédagogue, et pas seulement avec les gosses !
Je t’aime, tous ces mots, c’est surtout pour te dire ça, finalement : je t’aime !
lundi 2 juin 2008
Tentative de désexplication
Je n’aime pas les frontières, je n’aime pas les barrières, les règles, je n’aime pas ce qui contraint, je n’aime pas ce qui enferme.
Je déteste les fins.
Je ne sais pas si je suis optimiste ou pessimiste, si je suis plutôt fromage ou plutôt dessert, si je préfère mon papa ou ma maman, je n’ai pas de couleur préférée, je ne suis ni le corps ni la tête, j’aime le jour et la nuit, je suis vivante et je suis morte.
Je n’ai toujours pas réussi à savoir qui je suis, je ne sais pas répondre aux questions, je ne veux pas choisir, je ne veux pas trancher, je ne veux pas expliquer.
Je ne suis rien et je suis tout.
J’essaie d’être heureuse dans un monde qui catalogue, qui étiquette et qui enferme.
J’essaie d’être moi dans des relations formatées, ligotées par la peur et par notre besoin de vouloir toujours tout maîtriser.
Je n’ai pas peur d’être tout et son contraire, mais j’ai peur de vous perdre parce que vous avez souvent besoin de comprendre pour pouvoir m’aimer.
Je ne veux pas qu’on me dise comment je dois aimer, comment je dois vivre, comment je dois penser.
Je ne supporte pas les conditions.
Je suis libre.
Libre de me tromper aussi
Libre de changer d’avis
Libre d’aimer sans normes
Libre de vivre sans autres limites que les miennes
Libre d’être prisonnière de mes propres chaînes
Libre d’être heureuse de ces chaînes qui sont miennes
Libre de m’en libérer aussi
Libre de penser en dehors des autoroutes
Libre de refuser d’emprunter vos chemins
Libre d’accepter de faire route avec vous
Libre de délirer
Libre de moi
Libre de vous
Libre d’espérer
Libre d’être libre.
Libre et prisonnière.
Je ne suis rien et je suis tout.
Je vous échappe parce que je m’échappe.
Je ne sais pas prendre de direction, je ne sais pas les parcours fléchés et les chemins balisés.
Je sais l’odeur de la pluie, je sais les mains qui caressent et celles qui violentent, je sais le goût de l’amande, je sais le froid et le chaud, je sais la douceur de mes nuits, je sais la musique des étoiles et le chant du soleil, je sais le labyrinthe des cœurs, je sais me perdre, je sais le sucre du temps, je sais tout et je ne sais rien.
Je sais vos lois et je les respecte parce que je vous respecte.
Je sais vos contrats et je les suis parce que je vous suis.
Je sais me taire.
Je sais attendre.
Je sais rêver pour dépasser les limites que vous m’imposez.
Mais crier, je ne sais pas.
Parce que crier c’est aller contre votre liberté.
Parce que crier c’est imposer la mienne.
Parce que m’imposer m’est insupportable.
Parce que crier, je ne sais pas…
Je n’aime pas les frontières,
Je voudrais être tout.
Si je ne suis rien,
Je suis au moins libre.



