mardi 22 avril 2008
Lettre à ma dernière cigarette
Je croyais que je n’étais capable d’écrire que des lettres d’amour.
Cette lettre n’est pas une lettre d’amour.
Je te le dis avec rage, avec haine : je te déteste d’avoir été plus forte que moi.
Des raisons pour arrêter de fumer, j’en connais des centaines et tu vois ça ne m’a pas suffi.
Tu as été ma béquille, ce truc pas très gracieux que je mettais dans ma bouche pour ne pas avoir à parler, ce machin nauséabond qui me protégeait du regard des autres, cet écran de fumée juste entre le monde et moi.
Je t’écris pour te dire que je ne veux plus te revoir, que t’as pas intérêt à repointer ta gueule sous la mienne.
Je sais tes manigances, je sais tes illusions, je sais tes stratégies.
Je ne suis pas juste. Je sais MES manigances, MES illusions, MES stratégies.
T’insulter, c’est aussi m’insulter. Je suis très douée pour l’auto flagellation mais j’en ai assez.
Assez de toi et assez de moi cramponnée à toi.
Si la mort a un visage, elle ressemble au tien. C’est ce visage-là que je veux effacer de moi.
Je sais bien que je ne vaincrai pas la mort, peu importe, je ferai de mon mieux pour la tenir à distance respectueuse.
Je ne suis pas fière de moi, je voudrais continuer à oublier dans tes bras de nicotine.
Si je n’étais pas faible, tu ne m’aurais pas eue, tu le sais n’est-ce pas.
Tu le sais tellement bien…
Je sais aussi que tu ne vas pas me lâcher comme ça, c’est un vieux combat entre nous, je sais que tu vas me tenter, que tu vas continuer à me narguer, longtemps, très longtemps, toujours sans doute.
Je prends le risque.
Mort à la mort.
Et vive la vie.
samedi 19 avril 2008
A mon fils qui a cinq ans aujourd'hui
Ma petite graine de cassis, tu grandis, tu grandis, tu prends toute la place de ton lit. Je regarde d’un air désemparé la valse de tes chaussures, l’une chasse l’autre, elles s’entassent dans le garage. Tu riras sans doute quand tu liras ça mais j’ai déjà pleuré devant tes chaussures…
Ton pied est doux, tellement doux, il sait à peine les cailloux de la vie. Il y en a toujours un qui sort de ta couette quand tu dors, tous les soirs, je le recouvre sans un bruit.
Je t’aime mon fils, pas un jour sans que je ne te le dise, pas un jour sans que tu ne me le dises. Je voudrais que ça ne s’arrête pas mais je sais bien que ça va s’arrêter. Alors si tu savais ce que j’en profite ! Tu as toujours détesté être contenu, tu te débats si on essaie de t’embrasser. Il me faut être patiente, attendre ce moment unique où tu vas venir vers moi et te blottir contre mon corps. Tes cheveux qui sentent ma violette, ton cou à bisous, ton nez qui vient s’essuyer sur mes vêtements, ta main qui cherche ma peau, ta bouche qui chuchote des histoires magiques, ton nombril qui me rappelle que nous ne sommes pas liés que par le sang. Nous sommes liés physiquement, c’est comme si tu étais une partie de moi, une partie qui me manque parfois. Mais les enfants, il faut savoir les lâcher, les laisser grandir. Ce n’est pas facile pour moi, un jour peut-être tu comprendras ça, mais avant tu risques de m’en vouloir de cet attachement. Promis, je ferai semblant que je suis vaguement détachée, je ne peux pas te promettre plus ! Je fais déjà semblant.
Tu ne sais pas encore les morsures de la vie, ça commence un peu pourtant, un petit morveux qui t’a cassé tes lunettes, une dent qui se fait la malle, des zozos qui veulent te piquer tes dragons, des briseurs de rêves qui veulent te formater, des mesureurs, des chiffreurs, des pédiatres il paraît, des spécialistes à ce qu'on dit... Tu as cinq ans et déjà tu as été évalué, mesuré, jaugé, estimé, comptabilisé, chiffré, déchiffré, on a mis des petites croix dans des petites cases, plein de petites cases. Je déteste ça. On frappe la table qui t’a fait mal, on froisse la feuille, on jette le cahier, on coupe le pull au col trop serré, on insulte le méchant président pas beau… Mais il y a tout ce que tu ne me dis pas, tout ce que tu gardes pour toi, tout ce qui reste serré dans tes petits poings fiers.
Mon petitouan, mon géant, tu me demandes de te raconter l’histoire de la baleine, et je te dis son incroyable voyage, les mers aux couleurs d’émeraude et de sang, les monstres fabuleux, les pirates impitoyables aux cœurs de motte de beurre, les îles à la cannelle et les terres de feu bleu…
Ma petite graine de cassis, poussée si vite, des rêves sous les paupières, de l’amour qui coule de ta bouche, tes mots sont comme des pépites de soleil que je garde en moi. La petite baleine aux yeux d’étoile n’est pas pressée de finir le voyage…
Vivre avec toi mon fils est un voyage au goût de poivre rose, piquant et doux, tellement doux.
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mercredi 14 novembre 2007
Chers lecteurs
ça fait bientôt une semaine que j'ai des trucs et des bidules qui tournent dans ma tête, à tel point que ça fait trop longtemps que je n'ai pas dormi plus de quatre heures d'affilée. Je sais que ça va passer, j'ai juste besoin de prendre le temps de réfléchir vraiment.
Je suis incapable de faire autre chose.
Si! Une chose tout de même!
Je vous embrasse!
A bientôt!
jeudi 23 août 2007
Une carte postale
C'était le samedi 28 juillet 2007, à l'initiative de Didier, je vous avais écrit une "petite" carte postale, elle est à présent sur son excellent blog : Bleu comme une orange. Si vous voulez la lire, cliquez sur la photo suivante :
mercredi 18 juillet 2007
Quand la nonna donne des nouvelles du chouchou !
Titouan est en vacances chez sa grand-mère, elle m'envoie donc des mails pour me tenir au courant.
Je ne résiste pas au plaisir de les partager avec vous !
Message du 13 juillet 2007, 8h57 : ça va bien
Titouan s'est couché vers 10h, est redescendu 2 ou 3 fois en bas, est venu dans ma chambre" faire pipi" a voulu une histoire de cochon avec piderman dans mon lit, puis s'est endormi vers 10h 45 .Ce matin il était debout à 7h 30 ! il joue, ses chaussures sont-dit-il- trop petites et il en veut d'autres :"des vraies baskets" je sens qu'il va falloir aller au magasin ! quelle joie. ça doit être cré-cré calme chez vous à cette heure ,il est nevers, bisous, nonna
Message du 13 juillet 2007, 9h57 : ça va
Titouan a tout visité, même le chemin des Baux en courant et criant "je m'en souviens"! il a pris un bain+shampoing, mis son nouveau pyjama "très joli nonna" et a littéralement "bouffé" toutes les frigolottes et les framboises du jardin. Il joue tout seul puis appelle car il a plein de choses à dire. Il ne quitte pas "piderman qui est gentil et attaque les méchants! il aime la pelouse et court partout et n'a pas voulu mettre les baskets que je lui avais prises car "elles ne sont pas belles"! la suite demain ,bises mman
Message du 13 juillet 22h 15 : une belle zournée s’achève
enfin.. pas encore au pays de D**** !ce matin, nous sommes allés chercher des chaussures car quand j'ai voulu que Titouan mette ses baskets il s'est mis à crier qu'elles lui faisaient mal; il a jeté son dévolu sur "des pompes de ville" dessus cuir ! marron clair, très classe, pointure 30 .j'ai été étonnée de ce choix, lui en ai fait voir de plus colorées, type basket, rien à faire !ensuite nous avons essayé des bottes pour aller "dans l'herbe ou la boue, il en voulait avec piderman mais il n'y avait pas sa pointure et finalement il a choisi des bottes" kitsch !bleu marine... avec des vagues bleu clair et devant, 2 yeux du plus bel effet .ketchoze de crébeau ! puis il s'est choisi des chaussons piderman et en passant, a flashé sur un petit sac à dos rouge avec...la tronche de ce p°°° de piderman. il a bien mangé et je pensais qu'il ferait une "tite" sieste (moi aussi ) mais il voulait jouer dehors, alors on a mis tous les 2 les bottes pour faire le chemin des poètes. au début, il ne voulait pas salir ses bottes dans le ruisseau puis il a trouvé très rigolo de marcher dans l'eau et de faire des ponts et des tunnels de bois ,de feuilles et de boue, avec des bateaux de fougères ou de brindilles qui passaient. je pensais qu'il serait "naze" après cela...mais non !il a réclamé un brugnon et 2 gâteaux et, nous sommes allés à A*** dans ma R5 acheter des clopes; au magasin....il a reconnu le nouveau dvd du père castor...qu'il a mis sur le comptoir en disant au buraliste" si to pwé"; le buraliste a accepté ! à 7h,il a mangé de l'avocat "délicieux" du céleri rémoulade des lasagnes et un yaourt puis il a regardé son DVD et comme il n'était pas fatigué, on est allé à la marre en courant pour y jeter des cailloux que Titou avait ramassés sur le chemin du retour, il a mis son pyjama ,a dit qu'il avait encore faim, a mangé une moitié de banane et 2 gâteaux. il est parti avec Topa dans le jardin pour surveiller le feu et surtout on a joué à cache-cache :quand c'était son tour de se cacher, il se mettait derrière un petit arbre mais comme il fermait les yeux et criait "je suis "cassé" nonna, cherche-moi ! et maintenant, il est 10h15, j'ai envie de dormir...mais Titouan..."pas trop" ! bises à vous 3, manman
14 juillet 11h41 : ah bon
ce matin, c'est gris et il pleut ! Titouan s'est réveillé à 9h3o, hier soir il s'est endormi, comme une masse, juste le temps de prendre Takinou dans ses bras, bises, mman
lundi 9 juillet 2007
Lettre à ceux qui ne sont pas nés
Y a-t-il un paradis pour les enfants morts avant d’être nés ?
Où vont les cris qui n’ont pas été criés,
Les peaux qui n’ont pas été caressées,
Les yeux qui n’ont pas vu le soleil,
Les petits pieds qui n’ont pas battu l’air,
Les menottes qui n’ont pas été embrassées,
Les joues qui n’ont pas été croquées,
Les lèvres qui n’ont pas souri,
Les bouches qui n’ont pas bu ?
Comme une béance au creux de mes bras
Comme un ventre trop vide
Comme des larmes de sang
De vous avoir perdus.
Pas de tombes
Pas de noms inscrits dans la pierre
Pas de photos dans l’album.
Où vont les cris qui n’ont pas été criés ?
Je n’ai pas pu vous laisser
Je vous ai gardés en moi
Vous êtes dans mon sein gauche, tout près de mon cœur.
Votre petite sœur vous caresse de la main quand elle tête
Votre grand frère vient se réfugier contre vous quand il a du chagrin
Votre papa n’est jamais bien loin
Vous ne grandirez pas
Vous ne vieillirez pas
Je serai bientôt une vieille femme avec trois bébés en son sein.
Je ne sais pas vous laisser
Je ne peux pas vous laisser
Je ne veux pas vous laisser.
Vous n’avez pris la place de personne, personne n’a pris votre place.
On me dit qu’il faut faire le deuil pour avancer.
Mais j’avance vers ma mort
Avec les vivants
Avec les morts
Avec mes enfants
Tous mes enfants.
lundi 4 juin 2007
Lettre à Lucie
Je ne savais pas qui vous étiez, je ne connaissais pas même votre prénom, j’avais décidé de vous appeler Lucie. Quand je vous croisais dans les rues de mon village, je me disais, tiens, voilà Lucie, ma petite lumière. J’aimais bien vous savoir là, j’aimais bien vous rencontrer, je me disais que j’avais comme une amie ici.
Je me souviens de notre première rencontre, c’était le jour de la rentrée des classes. Mon fils allait à l’école pour la première fois de sa vie, nouveau village, nouvelle maison, nouvelle vie. Nous ne connaissions personne et je tenais sa main très fort dans la mienne en observant les autres parents s’embrasser et se raconter leurs vacances. Et puis j’ai croisé votre regard, une petite flamme dans vos yeux qui pétillaient. Vous m’avez dit simplement bonjour, rien de plus, mais j’ai eu l’impression d’être accueillie, d’être un peu chez moi chez vous.
Vous teniez un enfant par la main, je n’ai compris que bien plus tard que ce n’était pas le vôtre.
Je vous ai revue plusieurs fois, ensuite, vous étiez la seule à me saluer d’un large sourire, spontané, généreux. Je n’osais pas m’approcher de vous, tous vous connaissaient, tous vous parlaient, comment aurait-il pu en être autrement ? Sans savoir rien de vous, j’étais sûre que vous étiez une personne bonne, ça se lisait sur votre visage rieur, sur votre bouche gourmande, dans vos yeux étincelants. On aurait dit que le bonheur s’était donné rendez-vous dans votre corps, que c’était comme une vitrine que vous transportiez chaque jour pour partager avec ceux qui en étaient plus démunis !
Colporteuse de bonheur, un métier inventé pour vous !
J’ai reçu le petit journal et j’ai lu les articles qui parlaient de votre brutale disparition. J’ai un peu honte, mais j’ai espéré très fort qu’il ne s’agissait pas de vous, que quelqu’un d’autre était mort, mais pas vous… Vous aviez un autre prénom que celui que je vous avais donné, vous aviez non pas un mais des métiers, assistante maternelle, journaliste, bibliothécaire… Chaque jeudi, vous emmeniez mon petit et sa classe à la découverte des livres, il en revenait toujours ravi et fier de me montrer ce qu’il avait appris avec vous.
Je vous ai cherchée, je vous ai guettée, je voulais que ce ne soit pas vous, je voulais m’être trompée.
Je suis allée dans le petit cimetière mais je ne vous ai pas trouvée.
Quand je pense à vous, je pense à cette chanson de Brassens, la chanson de l’auvergnat. Lucie l’auvergnate, vous êtes la première à m’avoir souri, vous ne m’avez pas jugée, vous avez pris mon fils sous votre aile et vous l’avez emmené au pays des livres.
Merci Lucie, petite lumière-grande lumière.
Je suis allée au cimetière mais je ne vous ai pas trouvée.
Depuis, je passe la porte de la petite bibliothèque de mon village et j’entre ainsi dans votre royaume. Vos livres nous attendent bien sagement. Vous continuez à partager du bonheur. Merci Lucie.
jeudi 17 mai 2007
lettre à ceux qui rendent ma ville plus belle
Chaque matin, chaque soir, c’est la même féérie.
J’entre ou je sors de la ville et mes yeux s’émerveillent.
On dirait que c’est la nature elle-même qui a repris ses droits.
Le premier rond point ressemble à un champ sauvage, les coquelicots rivalisent avec les cosmos et la lavande, des tâches de jaune éclaboussent de lumière l’herbe et les trèfles. Des roses rouges, très rouges et des plantes incroyables dont j’ignore le nom.
On dirait que vous n’y êtes pour rien, que la main de l’homme est absente de ce jardin citadin.
Il n’en est rien. Souvent, je vous vois à l’œuvre, je vous observe semer, planter, tailler et arroser. Les voitures passent insensibles. Vous leur tournez le dos, vous êtes à vos fleurs et vos fleurs sont à notre cœur.
Je passe le long du fleuve et les lauriers se succèdent comme un feu d’artifice vivant. Les palmiers me font de l’œil, ils m’invitent à des voyages lointains…
On dit que les plantes ne poussent que si on les aime. Comme vous devez les aimer !
Merci à vous, merci pour cette composition vivante et changeante que vous créez chaque jour pour mes yeux et pour mon cœur. A chaque saison sa surprise. Je ne me lasse pas d’admirer le résultat de votre patient travail.
J’ai pensé souvent arrêter ma voiture et descendre pour venir vous serrer chaleureusement la main, vous dire le bonheur que vous me donnez mais je n’ai jamais osé. Alors voilà simplement une petite lettre pour vous remercier.
Vous me donnez du beau chaque matin, chaque soir, vous êtes les artistes de mon quotidien.
samedi 21 avril 2007
Lettre à ma mère
Maman,
Je me suis toujours dit que ce n’était pas la peine que je t’écrive une lettre puisque tu sais déjà tout. Peut-être parce que tu es ma mère… Les mamans ne savent-elles pas tout sans qu’on ait besoin de leur dire ?
Tu sais déjà que je t’aime.
Sais-tu que la conscience de la mort m’est venue le jour où j’ai compris que je pourrais un jour te perdre ? Que je devrai un jour te perdre ? Je crois que ma croyance en une vie après la mort date de ce moment précis. L’idée que tu ne puisses plus être à mes côtés m’est insupportable.
Sais-tu que je suis fière de te ressembler ? Sais-tu que je te ressemble plus que tu ne le crois ? C’est à toi que je dois cette rage contre l’injustice, cette haine du racisme, ce dégoût de l’intolérance. Encore à toi le refus des conventions stupides, l’amour des histoires et des livres, le plaisir des petits riens qui sont tout, les touches de couleurs contre la morosité de l’hiver, la persévérance et la foi en la vie.
Quand je croise parfois mon reflet j’ai l’impression de te voir. J’aime te reconnaître en moi. Je t’ai toujours trouvée belle, j’ai toujours été persuadée que tu ne te trouvais pas belle. Comme si tu étais étonnée qu’on puisse le penser. Là encore, je te ressemble tellement. J’ai toujours accordé plus d’importance à l’esprit, refusant de voir autre chose chez moi qu’une âme emprisonnée dans un corps. Le premier qui a osé me dire qu’il me trouvait belle a manqué de peu une paire de claques. Je croyais qu’il se moquait de moi ! Je suis sûre que tu comprends cela aussi bien que moi.
Sais-tu que je ne t’ai jamais haïe ? Je ne sais pas si c’est une bonne chose, paraît qu’il faut la faire, sa crise d’adolescence… Je n’ai jamais eu honte de toi, jamais pensé que tu étais une mauvaise mère, que tu ne m’élevais pas comme je l’aurais mérité ! Jamais cru qu’on avait fait une erreur à la naissance et que j’étais en fait une princesse. Je suis fière que tu sois ma mère. Fière d’être fière, même.
Je n’oublie pas ton parfum de vétiver et les bisous du soir.
Je n’oublie pas les histoires racontées au creux de tes bras.
Je n’oublie pas les chants de révolte.
Je n’oublie pas les crises de fous rires à la messe.
Je n’oublie pas ton infinie tendresse.
Je me souviens du jour où Hakim est venu à la maison, quand il a cassé un verre. Il s’est mis à pleurer. Il était tout catastrophé. Alors, tu as pris toi aussi un autre verre et tu l’as fracassé sur le sol ! Tu lui as dit quelque chose du genre " tu vois ? ça n’a aucune importance ! ". Tu m’as appris que seul l’amour est important. C’est la plus belle leçon qu’on ne m’ait jamais donnée.
Sais-tu que pas un jour ne passe sans que je pense à toi ? Et pas un jour ne passe sans que tu ne penses à moi. Je le sais moi aussi, faut-il vraiment écrire ces mots ? Peut-être que oui. Parce qu’écrits, ils me relient encore un peu plus à toi.
Maman, je ne veux pas que tu meures. Jamais.
Tu sais que je continuerai à te parler, que je chercherai ta présence là où ton absence me crèvera le cœur. Il est impossible que tu puisses disparaître un jour. Je ne le permettrai pas.
Maman, il suffit juste que tu ne meures pas…
S’il te plaît, raconte-moi encore une histoire, je ne veux pas dormir.
jeudi 1 mars 2007
Lettre à Monsieur Dixmoinsun
Les habitants du Poutouland
A Monsieur 10-1
Service Résiliation du Telecomland
Référence client : GOGO145863XB12
Le POUTOULAND, le 01/03/2007- Recommandé avec Accusé de Réception
Cher Monsieur 10-1,
Nous allons probablement vous faire grand peine mais nous devons vous informer par la présente de la résiliation de notre abonnement à l'offre 100 % 10-1 Boîte non dégroupé. Comme nous l’avons lu en tout petits caractères sur un document que nous n’avons jamais signé il semble que vous avez manqué à vos obligations de service. Au Poutouland, les jours s’écoulent depuis maintenant deux mois dans une joie et un bonheur non dissimulés, mais il y a quelque chose de pourri quand même, comme vous n’êtes pas sans le savoir puisque nous vous avons déjà adressé plusieurs courriers. Croyez bien que nous le regrettons amèrement, les deux 10-1 boîtes que vous nous avez envoyées sont vides, oui, vous avez bien lu, elles sont vides. Nous avons bien essayé à plusieurs reprises de les remplir de sens ou de mots en entonnant divers chants de guerre, en leur parlant avec amour comme à nos cactus, ou en les faisant briller avec un joli chiffon doux. Peine perdue, hélas.
Nous avons donc décidé de contacter votre chaude ligne mais vos techniciens se sont avérés aussi peu doués que nous. Ils nous ont donné des conseils que nous avons jugés absurdes mais que nous avons appliqués malgré tout, c’est vous dire notre bonne foi ! Il s’agissait le plus souvent de débrancher la boîte et d’attendre un signal vert… Vous auriez dû nous voir autour de la boîte, attendant patiemment le moindre frémissement et riant de l’incompréhension palpable qu’il y avait entre nous et vos techniciens qui répétaient inlassablement « Merci de votre confiance, 10-1 vous souhaite une agréable journée ». Il faut vous dire, cher Monsieur 8+1, que nous commençons à bien connaître les boîtes. Nous en avons déjà une incroyable collection dans le Poutouland : des boîtes à thé, à café, à bijoux, à chocolat, à joujoux, à camembert aussi, nous les ouvrons pour le dessert comme vous le savez sans doute… Nous avons débuté dans l’incroyable monde des boîtes creuses avec une libre boîte qui est décédée au bout d’un mois seulement, nous avons alors commandé une Aoelle boîte mais elle a fait plein de petits mouchards dans notre ordinateur et nous avons dû nous en séparer. Le Poutouland a alors investi dans une Ci-Gît tel boîte mais au bout de deux ans elle a muté en 10-1 boîte ce qui nous a plongés dans un grand désarroi… Rendez vous compte, cher Monsieur 13-4, nous ne pouvons plus surfer à notre aise depuis deux mois et nos planches s’ennuient dans le garage ! Elle frémissent d’envie, elles hurlent chaque jour leur désir de retrouver les fougueux www…
Cher Monsieur 5+7-3, il nous faut donc nous séparer. N’en soyez pas peiné, cela n’a rien de personnel ! Nous sommes persuadés que nous serons remboursés des sommes injustement perçues par vos services car nous vous savons sensible, bienveillant, humain en somme.
En somme…
Veuillez agréer, Monsieur 19-10, l'expression de nos salutations très très très distinguées…
Les habitants du Poutouland




