vendredi 9 octobre 2009
Mes incroyables mais pas vrais, épisode 2
Harold est un monsieur bien sous tous rapports. Enfin, ça c'est une expression pour dire que c'est un homme comme il faut, parce que je dois bien vous le dire, je n'ai pas testé tous les rapports, mais c'est ce qu'on dit habituellement de lui.
Harold est informaticien dans une grande boîte installée dans un de ces grands immeubles de la proche banlieue parisienne. Apprécié de ses collègues, de ses supérieurs, de ses amis, de sa femme et de ses enfants aussi.
Harold est comme tout le monde, il a ses petits problèmes : une enfance plus ou moins lourde à digérer, des illusions en pagaille, un œdipe contrarié, un ou deux complexes, quelques phobies, deux ou trois manies, peut-être un TOC, et encore, ce n'est pas sûr…
Tous les vendredis, à 18 heures précises, Harold va chez son psy. Harold en est très content, il a l'impression de se libérer peu à peu, un nouveau monde rempli de possibilités nouvelles se dévoile depuis qu'il fait enfin attention à ce qu'il est ou veut vraiment et non plus à ce qu'on veut de lui ou à ce qu'on croit qu'il est.
Ce vendredi, comme tous les vendredis, Harold est chez son thérapeute.
- Docteur… Vous vous souvenez que la dernière fois nous avons parlé de l'inconscient ?
- Hum… Oui…
- Vous m'avez dit que l'inconscient se révélait au moyen des rêves, des actes manqués et des lapsus, c'est bien ça?
- Tout à fait…
- Du coup je me suis mis à faire attention à tout ça, j'ai bien envie moi de savoir ce que me dit mon inconscient !
- Oui… Poursuivez…
- Eh bien, figurez-vous que justement, hier soir, ma femme avait invité ses parents pour le repas…
- Oui?
- Et… je crois bien que j'en ai fait un, de lapsus, comme vous dites…
- …
- Nous étions donc en train de manger et, je me suis adressé à ma belle-mère…
- Oui?
- Ben… au lien de lui dire : "S'il vous plaît Anémone, pourriez-vous me passer la carafe de vin?" je lui ai dit : "Espèce de vieille connasse, tu m'as pourri la vie!"
- …
;;;€
...
vendredi 8 mai 2009
Mes incroyables mais pas vrais, épisode 1
Hier ou avant-hier, il faisait beau, très beau. Un parfum de tee-shirt flottait dans l’air. Nous sommes allés au lac pour le premier bain de l’année. Et puis ça creuse… On a eu faim, très faim. Mais les paillotes au bord de l’eau n’étaient pas encore ouvertes. Il y a eu comme un débat au sein du couple. On va chez M A C D O ? dit Tiphaine en épelant consciencieusement les lettres, pas traîtresse pour deux sous parce qu’elle n’ignore pas que si les enfants entendent le mot magique, leur père sera presque obligé de céder devant leur insistance joyeuse. Mon homme fait la grimace, il tente un « Y’a pas une pizzeria dans le village ? ». C’est là que je vais jouer finement la carte de l’amour de la nature (je sais, pour aller au Mac Do c’est un comble mais je manie assez bien les paradoxes). Je dis à monsieur : mais ? mais ? On ne va tout de même pas s’enfermer ? Si on va chez Miiiiiip on pourra manger dehors, on ne sera pas enfermé à la maison, on profitera du soleil du soir et puis bla bla bla. Je n’ai pas besoin d’en dire plus, c’est vendu. Dès qu’il y a un rayon de soleil, monsieur sort la table de jardin.
Bref. Nous arrivons, nous commandons et nous installons sur la terrasse. On est bien. On mange nos zamburgers en regardant les montagnes enneigées. Vraiment bien.
Soudain, une musique de tous les diables se fait entendre. Nous détournons la tête. Une voiture toute customisée est engagée dans la file du MacDrive, fenêtres grandes ouvertes, des djeunes se délectent des décibels et en font profiter les clients qui voudraient sans doute manger en paix. Je regarde autour de moi, personne ne semble vraiment dérangé. Curieux…
Je ronge mon frein. Je gueule tout bas. Je me dis que je deviens vieille. Et puis non. Je n’ai jamais aimé qu’on m’impose quoi que ce soit.
Une vieille 2CV vient se garer derrière la caisse des sourdingues. A l’intérieur, un couple de punks. Pas vraiment souriants, ils sont à l’image des têtes de morts qu’ils ont peintes sur le noir de leur voiture. Fenêtres fermées. Vitres enfumées.
C’est alors que le miracle se produit.
Les fenêtres s’ouvrent, et, en même temps que la fumée, quelques notes s’échappent. D’abord ténues, toutes douces, mais la musique prend de l’ampleur, elle enfle, elle enfle, et bientôt toute la terrasse est envahie de ce qui sort de la 2CV : c’est… mais... on dirait... oui, c’est bien…
Ceux qui semblaient comme figés tout à l’heure, ces femmes, ces hommes, ces enfants, voilà qu'ils se lèvent, et, mais oui, les moteurs sont coupés, les gens sortent de leurs voitures, les employés accourent, les clients, voilà bientôt que tout le monde danse…
Je voudrais que jamais la musique ne s’arrête.
Je voudrais danser ainsi jusqu’à ce que toute la ville nous ai rejoints.
Les petits, les grands, les beaux, les laids, les riches, les pauvres, les complexés et les arrogants, les cocus, les amants, les curés, les rabbins, les imams, les religieux, les athées, les jeunes, les vieux, les PSG et les OM, les génétiquement modifiés et les autres aussi…
Je voudrais danser ainsi jusqu’à ce que toute la terre nous ai rejoints.
Le beau Danube bleu ne coule qu’une fois.
Sur la terrasse du Mac Do.


