El bolg

de la vie en vrac...

vendredi 2 mai 2008

Mes incroyables mais vrais, épisode quinze

Pas de répit pour Padre Pio

Il est possible que vous ne connaissiez pas Padre Pio, il fait partie de mes souvenirs d’enfance, quand ma nonna parlait encore, quand je pouvais lui poser des questions, quand elle me répondait.
Padre Pio, c’est un bonhomme, un type vénéré dans toute l’Italie. Je vais vous la faire brève, je ne suis pas spécialiste, c’est un prêtre qui avait des stigmates, des plaies aux mains et aux pieds qui ont saigné toute sa vie. Dans ses visions il voyait satan et ses cosaques, on dit qu’il faisait de la lévitation, qu’il avait le don d’ubiquité aussi. De son vivant, il bénéficiait déjà d’une aura de saint et les foules venaient pour le voir, pour qu’il fasse des miracles. Il en aurait fait, beaucoup, y’a un ptit gars à la télé qui disait récemment que Padre Pio l’avait refait marcher, son témoignage était émouvant, bien sûr... Padre Pio a été canonisé en 1997, et à San Giovanni Rotondo, dans le nord des Pouilles, les marchands du temple font fortune. Depuis le 2 mars, la dépouille du saint y est exposée, avec un joli masque de cire à la place du visage décharné, faudrait pas non plus faire peur au bon chrétien. Drôle de mascarade qui attire pourtant des millions de pèlerins, bien plus qu’à Lourdes.


Monsieur et Madame Rosamonde n’allaient pas fort, pas bien fort du tout. Le couple battait de l’aile, ça causait divorce autour d'eux. Pas chez eux, bien sûr, pas chez eux. Un bon ami conseille au couple d’aller faire un pèlerinage à San Giovanni Rotondo, sur la tombe de Padre Pio. L’idée fait son chemin chez les Rosamonde, on est très pieux chez les Rosamonde. Si les Rosamonde ont décidé de s’installer en Bretagne, ce n’est pas pour rien. Saint Pierre lui-même serait apparu pour dire aux fidèles que cette région serait la seule à être épargnée au moment du jugement dernier. Les Rosamonde ont donc déménagé. D’autres amis, puis la famille toute entière opinent vigoureusement du chef : il FAUT aller dans la ville de Padre Pio, il FAUT croire au miracle.
Le couple fait donc ses valises.

Monsieur et Madame Rosamonde sont à la terrasse d’un café. Des mots en italien autour d’eux. Ils demandent au serveur de les photographier, ça fera un joli souvenir.
De retour à la maison, ils font développer les photos.
La photo sur la terrasse du café...

Ils sont bien là, tous les deux, avec leur regard de chien battu.
Monsieur se demande ce qu’il fait là, Madame espère peut-être encore, je n’en sais rien.
Au milieu d’eux, Padre Pio… Tout sourire.
- Monsieur et Madame Rosamonde, ils sont restés ensemble ?
- Non…
- Ils ont divorcé ?
- Non plus.
-  …
- Madame Rosamonde a pris sa voiture et elle a foncé sur un chêne, à toute vitesse.
- Elle s’est suicidée ?
- C’est probable.

Pour ceux qui ont envie de voir un reportage pas très neutre avec des acteurs... convaincus? :

Pour ceux qui ont envie de voir un chanteur... convaincu? :

Pour ceux qui ont envie de voir leur vie changer (pas convaincue) :

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samedi 26 avril 2008

Mes incroyables mais vrais, épisode quatorze

Reine est au bord de la mer,
Juste à la frontière entre l’eau et la terre, entre la terre et la mer...
Là où l’étang touche presque la mer, là où la mer touche presque l’étang,
Reine marche sur la bande de terre.
Dans une flaque, un poisson est étendu le ventre à l’air.
Il suffoque, il se débat : l’eau manque.
La mer n’est pas loin.
Les pêcheurs non plus.
Reine prend le loup dans ses bras.
Il ne bouge plus.
Elle marche vers les eaux profondes avec le poisson dans ses mains.
Elle jette le loup à l’eau.
Il coule vers le fond, comme une pierre.
Il descend, il descend…
Reine le regarde.
Le loup touche le fond.
Un temps.
Il frémit puis il s’élance vers le loin.
Reine le voit s’éloigner.
Il se retourne soudain.
Il regagne le bord.
Reine et le loup se regardent.
Il me dit merci, pense Reine.
Elle m’a sauvé, pense le poisson.
Le loup repart vers la mer.
Reine regagne la  terre.

Il est des loups de terre et des reines de mer,
Juste à la frontière.

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mercredi 27 février 2008

Mes incroyables mais vrais, épisode treize

    S’il y a quelqu’un qui aime les enfants, c’est bien Reine. Suffit de la regarder quand elle a un pitchoune dans les bras, elle est transformée. Dans ses yeux y’a d’l’amour à la pelle, ses bras sont doux comme des plumes d’oiseau, faut voir les petites têtes qui se blottissent contre son sein. Reine serait capable de tout pour les défendre, elle arrêterait les chars, elle ferait rempart de son corps contre les coups, elle aiguiserait ses griffes contre les méchants, elle vous ferait le coup du regard qui tue si vous vous avisiez de dire du mal d’un de ses petits protégés.
    S’il y a quelqu’un qui aime les enfants, c’est Reine.
    Quand vous entrez chez elle, ça sent bon, y’a toujours un gâteau ou un bon plat à cuire pour les petits. Vous passez la porte et vous entrez dans le paradis des mômes.
Reine est venue chez nous, la semaine dernière. Quand elle a vu le mobile qui est dans notre entrée, quatre têtes de chat avec des billes à la place des yeux, elle m’a raconté cette histoire…

    Reine est toute petite, encore un bébé. Le docteur vient de sortir de la maison familiale avec de mauvaises nouvelles. Cette enfant est bien malade, une congestion pulmonaire, quelque chose comme ça, un truc mauvais et sans pitié. Elle ne passera pas la nuit. Le docteur s’en va et la maison désolée raisonne des pleurs et des cris de souffrance. Le curé vient donner les derniers sacrements. Les femmes prient autour du petit lit…
    Le père de Reine ne sait plus quoi faire, il est désespéré. Un ami de la famille vient le trouver et lui affirme qu’il doit absolument trouver un chat, lui couper les griffes, l’ouvrir et le déposer sur le corps de la fillette. Le père est horrifié, il aime tant les animaux. Il entend les prières des femmes, la longue litanie dont il connaît l’issue insupportable.
    Il sort. Dans le jardin, le chat du voisin passe soudain. Le papa de Reine s’en empare, le tue, lui coupe les griffes, l’ouvre en deux et le dépose sur le corps de son enfant. On dit que le corps expirant du petit animal aspire le mal.
    Le lendemain matin, Reine ne souffre plus. Elle sourit. Le docteur vient et ne peut que constater le miracle. Le père ne dit rien, le docteur ne comprendrait pas, il parlerait de superstition.
    Un mois plus tard, le papa de Reine revient à la maison avec un petit chat pour sa fille. Dès le lendemain, le voisin entre dans la maison de Reine : il s’empare du chaton et repart avec.

    Reine m’explique que depuis, elle a une tendresse toute particulière pour les chats, elle dit qu’elle a été sauvée par un chat, qu’elle ne pourra jamais l’oublier.
    Quelques jours plus tard, je raconte l’histoire de Reine à mon homme. Il m’apprend que son papa a eu un congestion pulmonaire quand il était bébé et qu’il a été sauvé par un lapin déposé encore fumant contre sa poitrine d’agonisant.
    J’ai bien conscience que tout ceci semble absurde pour un esprit rationnel, mais je me suis demandée ce que je ferais si mon enfant était ainsi condamné.
    Je ne suis pas sûre de la réponse…

chatmobile
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samedi 2 février 2008

Mes incroyables mais vrais, épisode douze

Là, juste à côté de chez moi, il y a cinquante ans.

Le vieux bus avance péniblement. A l’intérieur, des rires et des chants, sans cesse.
Depuis toujours, on dirait.
Une grande famille de gitans en chemin.
Le vieux bus montre des signes de fatigue sur la petite route bordée de platanes.
Les arbres penchent sur le côté, on dirait qu’ils vont tomber.
Les enfants ont le nez collé aux vitres grasses, ils regardent les vignes et les montagnes juste derrière.
Je ne sais pas où ils vont. Peut-être que les vieux s’en souviennent encore.
Le bus émet un tout petit soupir, les chiens dressent l’oreille, inquiets.
Les platanes aussi.
Je ne sais pas où ils allaient, je sais seulement que c’était une famille de gitans.
Le vieux bus rend l’âme et tous de descendre. Peut-être que l’un d’eux pourra le réparer, peut-être pas.
Le vieux bus est poussé derrière les arbres, les enfants jouent déjà au bord de la rivière.
L’hiver arrive, la famille se serre sur les sièges fatigués mais elle vit encore, elle chante toujours.
Les années passent. Les hommes construisent de petites bicoques et clouent des boîtes aux lettres sur les platanes.
Les enfants deviennent grands.
Le vieux bus disparaît, morceau par morceau.
Les enfants sont déjà vieux.
Les platanes aussi.
Parfois, quand je passe sur cette petite route, je me demande où ils allaient dans ce vieux bus, je me demande pourquoi ils ne sont jamais repartis.
Alors, je regarde les platanes, et ça suffit.

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jeudi 31 janvier 2008

Mes incroyables mais vrais, épisode onze

Dans la catégorie : "petits morceaux incroyables, mais vrais" : Le toutou de Marie

Marie aime les animaux, elle a toujours aimé les animaux. Petite, elle avait deux chiens, trois chats, un poisson rouge et un couple de cochons d’Inde. Elle a grandi et elle habite maintenant dans un tout petit appartement, en région parisienne, ce qui explique que seul un chat partage ses vingt mètres carrés.
Marie est partie dernièrement en vacances au Vietnam. Sur une plage, elle a fait la rencontre d’un adorable petit chien. Il l’a suivie partout, pendant dix jours. Elle n’a pas eu le cœur de s’en séparer. Au risque de se faire arrêter par les autorités douanières, Marie a caché son petit protégé dans son bagage à main et l’a ramené en France avec elle. De retour dans son petit appartement, elle a présenté son nouveau compagnon à son chat qui a eu l’air, globalement, totalement indifférent. La cohabitation a commencé sans heurts, les deux animaux s’ignorant. Les vacances terminées, Marie a dû reprendre le travail et a laissé les deux animaux chez elle. Le soir, quand elle est rentrée, elle a ouvert la porte et a découvert une mare de sang sur le sol et sur les murs. Son chat, en kit, était dispersé sur toute la surface de son appartement. Pour finir cette histoire, il me faut vous préciser que quand Marie a apporté son chien à la S.P.A., elle s’est vue poser cette drôle de question : « Mais pourquoi avez-vous adopté un rongeur ? ».

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samedi 17 novembre 2007

Mes incroyables mais vrais, épisode dix

J’avais demandé à ma mère de me raconter cet incroyable mais vrai dont elle m’avait parlé il y a quelque temps. Je voulais plus de précisions pour construire mon histoire. Ce matin, j’ai reçu cette lettre. J’ai choisi de la publier telle quelle. Merci maman !

… Ma vero !

    Hiver 1952 ou 1953, je ne sais plus précisément, grande effervescence dans la famille d’immigrés italiens que nous sommes. La vie au jour le jour n’est pas sombre, certes, mais elle n’est pas drôle non plus. Nous habitons en bordure d’un petit village normand et les rares visites que nous ayons sont celles du facteur ou du curé. Maman, qui aime parler, a quand même réussi à tisser quelques liens avec une femme un peu plus âgée qu’elle, madame Héron, qui a « vécu » à Paris et, de ce fait, est plus ouverte mais quelque peu tenue à l’écart des autres, tous bien-pensants et à l’abri derrière les rideaux de leurs fenêtres closes, clos également portes et cœurs.
    Une idée a alors germé dans l’esprit de ma mère : celle de nous confier quelques jours à madame Héron pour aller avec mon père en Italie, entre Noël et le premier de l’an pour retrouver sa famille, leur village natal des Dolomites… et un peu de son enfance, de ses rêves.
    Nous sommes quatre enfants de 6 à 19 ans et à la pensée que pendant une semaine nous pourrons faire ce que nous voulons et que madame Héron sera là pour veiller à ce que tout se passe bien nous séduit. Et puis, nous sommes sûrs que nos parents reviendront avec des cadeaux de là-bas pour nous.
    La valise, cent fois refaite, est prête depuis plusieurs jours. Papa qui est maçon et travaille loin de nous a réussi à obtenir une semaine de congés –exceptionnels mais non payés- car c’est un bon ouvrier. Il arrive à la maison la veille du départ en Italie et tout le monde est heureux; il y a un petit air de fête inhabituel. Ils partiront par le train du matin pour Paris, puis, le soir, Paris-Turin-Milan-Trento et Borgo, le paradis perdu.
    Le lendemain, nous sommes tous levés de bonne heure. Tous ? Non ! Papa, qui n’est jamais malade, ne peut bouger la tête et maman (par mimétisme peut-être), a pris son air penché de « mater dolorosa » qui souffre en silence. Le médecin qu’on est allé chercher à bicyclette à la ville voisine « rassure » mon père en diagnostiquant un banal mais douloureux torticolis et lui conseille de rester bien au chaud et de prendre de l’aspirine. Il s’en va.
    C’est alors que mon père clame sa détresse, il jette « son » casquette par terre, feule comme un chat sauvage, se mord les mains de rage et hurle : « Ma qu’est-ce qué j’ai fait al bon Dieu, porca miseria, can’ dall’ostia, huit jours qué jé prends, jé né l’ai jamais fait, mai ! non l’ho fatto, mai, toujours à risparmiar’, sou par sou, Porca Madonna, can’ dal porco ! jamais jé né rien domandé, rien, rien… et pour oune fois… Maledetto, ô Dio, toujours les mêmes à pagar’, lavorar’, sempre… »
    Au fil des heures, mon père se calme et va mieux. Il décide que le lendemain, quoi qu’il arrive, ils s’en iront. On respire à nouveau, on se remet à parler plus haut, à se chamailler avec mon frère et mes sœurs et… à imaginer tout ce que nous pourrons faire en l’absence de maman.
    Le lendemain matin, papa est debout, il « force » sans doute un peu mais va mieux ; ils vont prendre le train et nous déjeunons en écoutant les informations de huit heures. Nous sommes un peu fébriles et heureux.
    Soudain le journaliste de Radio-Luxembourg attire notre attention par ces mots : « Nous venons d’apprendre que le train de nuit Paris-Turin a déraillé un peu après Domodossola; on déplore de nombreux blessés, des morts… »
    Tout le monde se fige, mes parents se regardent… c’était le train qu’ils auraient dû prendre si ce « maledetto torticollo »…
    Papa se tait mais maman rend grâces à Dio, lodato sia, à Maria Vergine santissima, à tous les saints du calendrier, aux Anime Sante della famiglia et tutti quanti, et même… al benedetto torticollo.
    Les voies de Dieu sont impénétrables, les voies ferrées… aussi, parfois.


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lundi 5 novembre 2007

Mes incroyables mais vrais, épisode neuf

    Ils sont jeunes, ils n’ont pas vingt ans ou à peine. Ils voudraient courir le monde et gagner de l’argent aussi. Ils cherchent une idée qui leur permettrait de concilier les deux. Thomas arrive un jour plein d’un enthousiasme merveilleux, il propose à Jacques d’acheter une voiture d’occasion, de partir avec en Afrique et de la revendre sur place, un peu plus cher. Son copain hésite un peu, ça semble curieux d’imaginer qu’ils pourront faire une plus value sur une vieille voiture mais Thomas est confiant, il a des amis qui connaissent des amis qui connaissent des amis qui…
    C’est décidé. Toutes les économies y passent et voilà nos deux jeunes hommes propriétaires d’une  Renault. La route commence, l’Espagne, le bateau, le Maroc puis l’Afrique profonde, l’Afrique noire.
    Arrivés à Dakar, nos deux amis cherchent à revendre la voiture. Ils y arrivent sans souci, sans même chercher très longtemps! Ravis de leur bonne affaire, ils se disent alors qu'ils vont profiter du pays et décident d'acheter une nouvelle voiture qu'ils espèrent vendre ensuite avant de revenir en France. Au volant de leur nouveau bolide, ils s'engagent dans la brousse à la recherche d'une vague tante. Ils s’enfoncent sur une petite route sur laquelle dépasser le trente à l’heure relève de la gageure. La nuit avance, ils sont pour ainsi dire presque perdus. La voiture fait soudain un drôle de bruit puis s’immobilise dans un hurlement infernal. Impossible de la redémarrer. Et la nuit qui est là. Thomas décide d’aller chercher du secours tandis que Jacques va garder le véhicule. Thomas continue le chemin à pied. Il a chaud et il enlève ses vêtements petit à petit. Il finit presque nu, ses habits sous le bras. Il aperçoit enfin un village et va taper à la première porte.
    C’est une femme blanche qui vient lui ouvrir, et c'est justement la fameuse tante de Thomas. Elle est religieuse. Elle le fait entrer non sans lui demander de bien vouloir se rhabiller. Elle l’informe qu’il a eu beaucoup de chance de ne pas s’être fait attaquer, imaginez un peu, un blanc qui se promène tout nu dans la nuit ! Thomas explique son problème et la religieuse va réveiller son supérieur qui demande à plusieurs hommes de retourner chercher l’engin. Le lendemain, un garagiste leur explique qu’on ne peut pas réparer l’auto, ce n’est plus qu’une carcasse.
    Jacques et Thomas sont forcément déçus, mais ils n’y peuvent rien, leur rêve vient de prendre fin. Le père leur propose de garder la voiture au village et il leur signe un contrat comme quoi il vendra cette dernière pour eux si jamais un client potentiel était intéressé. Les deux hommes acceptent, bien conscients que cette éventualité est hautement improbable hélas.
    Il ne leur reste plus qu’à faire demi-tour et à emprunter l’argent du billet retour.
    C’était il y a plus de trente ans. Jacques et Thomas ne vivent plus ensemble, ça fait bien longtemps qu’ils ne sont plus étudiants. Ils ont fait leur vie, ont un métier, une femme, des enfants...
    Un midi, le téléphone de Jacques retentit. C’est Thomas. Il vient de recevoir un chèque qui vient de très loin, le paiement de la voiture laissée il y a si longtemps dans un petit village paumé.
    La somme qu’ils viennent de recevoir est exactement équivalente au prix qu’ils ont payé alors pour revenir en France en avion.

R12

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samedi 22 septembre 2007

Mes incroyables mais vrais, épisode huit

    Ceci est l’histoire incroyable mais vraie d’un livre qui aurait dû finir son existence dans une poubelle, à l’aube du XXIème siècle…
    Cette histoire incroyable mais vraie a commencé en mai 2000.
    Mon chéri et moi-même habitions alors Le Havre, dans un appartement fabuleux. C’était la première fois que nous nous installions ensemble, nous avions souhaité un grand logement, spacieux, gigantesque pour effacer nos années étudiantes et les petites boîtes miteuses dans lesquelles nous avions dû nous enfermer, faute d’argent. Cent mètres carrés rien que pour nous ! Du plancher avec un bois qui craquait (oh les planches traîtresses qui trahissaient notre présence quand notre premier enfant est né et que nous tentions de le faire dormir !), de vieilles fenêtres qui tremblaient à chaque coup de vent, des moulures aux motifs compliqués, des cheminées inutiles mais belles, un long couloir qui n’en finissait pas… Nous étions les rois du monde.
    L’appartement était le rendez-vous des amis, situé en plein centre ville, il accueillait qui voulait boire un verre, raconter ses malheurs, jouer, causer, faire la fête. Ludo venait souvent. Il travaillait dans le même lycée que nous et logeait un peu plus loin. Sa chérie résidait en région parisienne, il ne la voyait que le week-end.
    Un dimanche soir, alors qu’il rentrait justement de Paris, il a trouvé dans le train un livre de Pierre Bellemare, le tome trois des histoires extraordinaires et vraies, intitulé simplement mais efficacement : "l’année criminelle" . Pris d’une inspiration subite, Ludo a gardé le livre.

    Le 21 mai 2000, nous avons découvert le bouquin dans notre placard à chaussures. Il ne nous a fallu que quelques instants pour découvrir qui était l’auteur de cette farce absurde. Nous n’avons rien dit, il y avait mieux à faire…
    Le jeudi premier juin, Nathalie, la chérie de Ludo, vient rendre visite à son homme. Nous sommes invités à passer la soirée avec eux et à célébrer son anniversaire avec un peu de retard. Profitant d’un moment de calme, je dissimule « l’année criminelle », préalablement emballée dans un beau papier cadeau, sous l’oreiller de la douce. Yark ! Yark ! Yark !
    Le mardi 4 juillet, nous retrouvons l’invraisemblable œuvre de Pierre Bellemare sur notre étagère de livres. Trop facile !
    Profitant d’un voyage au Kenya et en Tanzanie, nous postons le livre de Nairobi le 25 août 2000.  Ce même été, nous découvrons un lot de livres de Pierre Bellemare dans un vide grenier. Nous les achetons : ils serviront de leurres. Bien empaquetés, ils seront envoyés à l’adresse de Ludo et Nathalie, à Villiers, à partir des différentes destinations de vacances de nos amis. Nos amis recevront ainsi des colis de Chine, de Finlande, du Poitou ou encore d’Amérique du sud…
    Le 6 septembre 2000, Pierre, c’est de ce petit surnom que nous l’appelons à présent, refait son apparition dans notre appartement havrais, caché sur le bureau de notre chambre bleue.
    Le premier octobre, Ludo le découvre dans sa voiture mais il n’est pas dupe !
    Le 31 décembre 2000, nous voilà réunis à Marseille pour fêter la nouvelle année chez des amis communs. Nous organisons une petite loterie truquée et Ludo reçoit une magnifique grenouille en plâtre qui viendra orner ses toilettes. Quelques mois plus tard, Nathalie et Ludo reçoivent. La table de la salle à manger étant trop petite, ils déplacent celle de leur cuisine pour pouvoir accueillir tous leurs invités. Leurs cœurs font un bond quand ils découvrent, bien scotché sous la table, un emballage qui semble contenir un livre ! Serait-ce le Bellemare tant convoité?! Hélas ! Il s’agit encore d’un leurre ! Quelques instants plus tard, un enfant fait tomber la grenouille en plâtre et ce magnifique objet d’art se brise. Nathalie et Ludo découvrent alors avec stupeur qu’elle renferme le « vrai » Pierre Bellemare !
    Le 7 mai 2001, Pierre refait surface derrière le miroir de notre salle de bain à l’occasion d’un grand ménage de printemps.
    Le 16 juin, Ludo le surprend dans le coffre de sa voiture, il le dissimule aussitôt derrière un grand calendrier de la chambre bleue. Une heure plus tard, nous le découvrons hélas !
    A partir de ce moment, les voyages de Pierre sont moins fréquents car Ludo a déménagé à Villiers pour s’installer avec sa douce, nous nous voyons donc moins souvent !
    Le 7 février 2002, Ludo découvre enfin Pierre dans son Michel déchiqueté. Explication : Ludo est fan des «particules élémentaires» de Michel Houellebecq. Nous avons donc acheté le même exemplaire que le sien, nous l’avons évidé de ses pages pour ne garder que la couverture et nous avons rempli le vide ainsi obtenu par l’impérissable chef d’œuvre Bellemarien.
    Le 29 mai 2002, notre amie Emily nous rend, dépitée, la cassette VHS du film «Aux bons soins du docteur Kellog» (excellent film soit dit au passage !). Elle n’a pas pu le regarder puisque dans le boîtier, se trouvait… Vous avez bien deviné !
    Le 6 juillet 2002, au cours d’une immense tombola truquée (c’était pour notre mariage, 200 tickets avaient été distribués), Ludo reçoit un magnifique lot ! Là, aussi, je pense que vous avec deviné !
    Le 15 juin 2004, après un temps infini passé derrière une cloison, nous récupérons enfin Pierre, de justesse, puisque nous déménageons un mois plus tard ! Nathalie et Ludo l’avaient posé en équilibre sur le haut d’une cloison en bois mais il est immédiatement tombé, le rendant ainsi quasi inaccessible. Mais c’était sans compter sur notre incroyable persévérance ! Je l’ai d’abord découvert grâce à un petit miroir que j’ai promené le long de la bordure supérieure de la cloison. Ensuite, armés d’une fourchette fixée par du chatterton à un manche à balais, nous avons hissé Pierrot jusqu’à nous !
    Le 15 juillet 2005, Ludo découvre, non sans un agacement certain, que Pierre est à nouveau dans la grenouille à double fond qu’il avait recollée…
    Le 5 août 2005, nous retrouvons Pierre dans notre voiture alors que nous quittons Nath et Ludo. Il nous faudra attendre deux ans avant hélas d’avoir l’occasion de pouvoir le dissimuler à nouveau chez eux !

    Actuellement, Pierre se trouve donc quelque part à Villiers. Il arrive parfois à Ludo de lire ce blog, il attend donc un indice.
Ne soyons pas avares, en voici un : « Chauffe Marcel ! »

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Ceci est le scan de la première page de "l'année criminelle", nous la remplissons au fur et à mesure de nos découvertes respectives afin d'en garder la trace pour les générations futures !

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dimanche 9 septembre 2007

Mes incroyables mais vrais, épisode sept

La quête d'Isidore

    J’aime bien aller chez Isidore. Isidore est un vieil ami de mon chéri, ils se sont rencontrés pendant leurs études. Enfin, je dis vieil ami, il n’est pas si vieux que ça. Nous sommes allés chez Isidore et sa petite famille, à la fin de l’été. Quelque part dans le Limousin, là où on peut se cacher un peu de la ville. Il est 22 heures, les enfants sont couchés, on respire. Nous sommes sur la terrasse, Isidore demande à la lumière du lampadaire de la rue de s’allumer, elle s’exécute aussitôt. J’en profite subtilement pour lui demander s’il ne lui est jamais arrivé une histoire incroyable mais vraie. Voici ce qu’il m’a confié :
    Ça se passe lorsque j’étais lycéen à Aix. Un soir, je profite du fait que mes parents sont partis pour faire une soirée bad taste avec charlotte à la crème de marrons. J’invite des potes. L’un d’entre eux (nous l’appellerons Hakim le magnifique ) me dit qu’il va s’occuper de la musique et qu’il amènera ses disques et ses cassettes. J’accepte sans hésitation. La soirée se passe bien, à un moment donné, j’entends un morceau fabuleux, extraordinaire, sublime... Je jette alors un œil sur le boîtier, on y voit un bas relief, je compte sept morceaux, je suppose que je regarde le nom de l’auteur mais hélas je l’oublie aussitôt. Le lendemain, Hakim le magnifique est parti mais il m’a laissé la cassette. Juste la cassette, sans le boîtier..
    C’est la fin de l’année, je ne revois plus Hakim le magnifique car je pars ensuite pour la fac près de Marseille. Mais cet album continue de me hanter. Je n’ai aucun moyen de contacter Hakim, je le connais à peine. Alors, pour moi, une quête commence. Pendant presque dix ans, je me rends dans tous les magasins de musique de Paris. A chaque fois, je fais écouter un extrait de l’album que je garde avec moi, je parle au vendeur du style de musique, du jazz moderne, du dessin sur la pochette, le bas relief. A chaque fois, on m’oriente sur des fausses pistes hélas. Mais quel bonheur, ces fausses pistes ! Je découvre avec enthousiasme Ravi Shankar, Jan Garbarek, John Surman…. Souvent, on m’a conseillé de regarder la production de Ravi Shankar, alors à chaque fois, j'examinais les pochettes d’album, guettant un bas relief, mais des disques de Ravi Shankar, il y en a plus de cent… Autant chercher une aiguille dans une botte de foin !
C’est grâce à cette quête que j’ai assisté à l’un des plus beaux concerts de ma vie, dans l’amphithéâtre de Vienne, pendant le festival. C’était Garbarek, il avait avec lui une batteuse, Marion, qui jouait divinement… Non, elle ne s’appelait pas Marion, je ne sais plus… En tout cas, je n’ai jamais vu quelqu’un jouer aussi bien de la batterie, c’était magique.
    Il s’est passé presque dix ans avant que je ne revienne à Aix, à l’occasion d’une sortie familiale. Dix ans de recherches infructueuses sans l’être. Ma quête ne me quittait pas. Après un petit tour nostalgique de la ville, j’ai aperçu un magasin de disques, alors je suis rentré, on ne sait jamais. Me voilà donc en train de parcourir les albums de Ravi Shankar, et là, mon cœur qui bat très fort, un album qui compte sept morceaux, et la durée de chaque morceau colle pile poil avec ceux de ma cassette. Je regarde les interprètes et quelle n’est pas ma surprise de constater qu’en plus de Shankar, on trouve aussi Garbarek et ma fameuse « Marion »…Je serre l’album contre moi, ja sais que j'ai trouvé le bon, je me dirige lentement vers la caisse et je pose mon précieux graal sur le comptoir. Je lève les yeux, et là, le monde vacille. Le vendeur n’est autre que Hakim le magnifique. Je paie et je ressors complètement chamboulé de la boutique. Mes frères m’attendent dehors, je leur raconte toute l’histoire, ma quête et cette incroyable issue. Il FALLAIT que ce soit celui qui avait initié ma quête qui y mette fin, il ne pouvait pas en être autrement.
    Quand Isidore a terminé son histoire, je lui dis que ce qui est vraiment incroyable, pour moi, c’est qu’il ne se soit pas signalé à Hakim le magnifique qui ne l’avait pas reconnu, qu’il ne lui ai pas raconté tout son improbable et magnifique chemin.
    Isidore me répond que ce n’était pas possible, c’était « trop beau, trop fort »…



Quand un ravi rencontre un scarabée...

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mardi 21 août 2007

Mes incroyables mais vrais... épisode six

LourdesV

C’est une petite vierge en plastique, avec un bouchon bleu, juste à son sommet. On tourne la couronne et la vierge s’ouvre. A l’intérieur, de l’eau bénite. Quelqu’un aura fait la queue devant l’une des innombrables fontaines de Lourdes pour la remplir. Elle a fait bien des kilomètres avant d’atterrir entre les mains de ma grand-mère. Je croyais qu’elle finirait ses jours paisiblement dans la maison de mes parents. Peut-être pas…

Début juillet 2002, quelques jours avant mon mariage, la tension monte. Il pleut. Beaucoup. Que peut-on bien faire pour éviter la catastrophe de la robe trempée, des invités transis, de l’habituel refrain peu convaincant " mariage pluvieux, mariage heureux ", de la randonnée chantée dans les rues du village qui ne pourra pas avoir lieu si la météo continue de nous décevoir?... Une semaine que ça flotte… Le mariage, c’est demain… Aux grands maux les grands remèdes. Maman s’empare de la vierge et va la placer dans les poireaux du potager. On dit que c’est radical…

Nous nous marions sous un grand soleil.

Août 2007. Il pleut depuis… On dirait qu’il a toujours plu n’est-ce pas ? Ma fille doit être baptisée le 17 août. Mes parents remettent la vierge dans les poireaux puis prennent la route de la Bretagne. La pluie cesse et Aziliz rayonne à la sortie de l’église. Nous buvons le champagne dehors, il fait un peu froid, juste un peu froid quand le soir vient. Le lendemain, la pluie est de retour, mes parents reviennent chez eux. Quelle n’est pas leur stupeur quand ils constatent avec effroi que la vierge a disparu !

Plusieurs hypothèses sont avancées :

  • Un farceur la leur a dérobée, ils recevront peut-être des cartes postales de Lisieux, de Fatima ou de Lourdes…
  • Un animal l’a déplacée… Un renard dévot ?
  • Un voisin malfaisant l’a dérobée pour leur causer du tort…
  • Un voisin pieux s’en est emparé et lui voue un culte sans bornes…
  • Une pie voleuse est passée par là et n’a pas pu résister… (Mon chéri signale d’ailleurs que ça lui fera un béni nid-nid…)
  • La vierge a fait son assomption avec un jour de retard…

Toute personne susceptible d’éclairer ce mystère, non résolu à ce jour, est priée de nous faire profiter de ses commentaires zavisés !

Posté par poutouland à 00:14 - incroyable mais vrai - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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