El bolg

de la vie en vrac...

samedi 10 mai 2008

Ricochets

interdit2

Un...
Je n'ai jamais réussi à faire ricocher des pierres plates mais j'aime observer ceux qui lancent des cailloux.
Un, deux...
Ils ont un air très concentré, le geste gracieux, on dirait que la pierre n'est qu'une terminaison de leur main, de leur bras.
Un, deux, trois....
La pierre saute sur la surface de l'eau, c'est tellement beau ce moment où j'ai l'impression qu'elle danse, qu'elle échappe à la gravité, qu'elle se rit de l'attraction terrestre.
Un, deux, trois, quatre !
J'ai toujours le secret espoir que jamais cela ne s'arrête, que la pierre disparaisse à l'horizon...
J'entends les pensées du lanceur : un, deux, trois, quatre, cinq!
Je ne compte pas pourtant mais je l'entends quand même.
La pierre coule.
Des ronds partout, des cercles qui s'agrandissent.
J'aime ce dessin, là, sur l'eau.
Le lanceur recommence.
Un, deux, trois, quatre, cinq, six!
C'est étonnant comme les lanceurs sont obstinés, on dirait que l'espace d'un instant ils redeviennent enfants, qu'ils croient à nouveau que tout est possible.
Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept !
J'aime regarder ceux qui font des ricochets au bord de l'eau.
J'aime leur optimisme, leur naïveté.
Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit!
Imagine un instant toutes ces pierres plates qui reposent au fond de l'eau,
Pense à leur incroyable destin de petits cailloux qui n'auraient jamais dû voyager aussi vite,
leur course folle, leur vol de libellule éphémère, les pirouettes improbables, et la lente descente vers les profondeurs.
Avec un peu de chance, ils retrouvent en bas leurs amis d'hier, qui sait...
Que sait-on des amours des pierres?
Combien de destins brisés par une main innocente?
Et combien de romances nouvelles, à l'abri du monde des hommes?

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lundi 21 avril 2008

Enterrer la jeune fille

        Il faut vous le dire, je trouvais ça complètement con cette idée de faire un enterrement de vie de jeune fille. Je me suis laissée faire quand même, parce qu’après tout c’était aussi l’occasion de passer une soirée avec mes copines. Et puis peut-être que, finalement, j’avais bien envie de la plonger sous terre cette jeune fille, qui sait…
        Enterrer sa vie de jeune fille… Comme s’il fallait l’enterrer ! Comme si se marier ça signifiait renoncer à être une jeune fille. Ou alors ça signifie qu’être une jeune fille c’est baiser à tort et à travers, en toute liberté. Ce n’est pas tout à fait l’idée que je me faisais d’être une jeune fille.
Ma jeune fille à moi elle était plutôt du genre vierge effarouchée…
    Elles sont venues me chercher en début de soirée, toutes contentes d’elles, riant comme des conspiratrices.
M’ont amenée dans un restau mexicain, m’ont chanté des chansons, m’ont fait boire. A chaque chanson, fallait boire, à chaque fois que je buvais, fallait que j’aille embrasser tous les garçons qui se trouvaient dans la partie inférieure du restaurant.
        Elles m’avaient habillée en rugbyman, un tee-shirt informe, de grosses chaussettes vertes rayées et un short. Beau pied de nez à la sportive que je suis !
Ça faisait un drôle de bruit qui suivait tous mes déplacements : les crampons qui se cramponnaient.
        A chaque fois que j’ai lu des trucs sur mon signe (lion ascendant lion, y’a pas de hasard), je me suis indignée de constater que ceux qui comme moi cumulaient les déterminations étaient des êtres fiers qui aimaient par dessus tout qu’on les admire et qu’on les encense. Je n’aime pas qu’on ne m’aime pas, c’est vrai, mais quand même… Je ne crois pas être du genre à marcher sur les autres pour me mettre en valeur, j’essaie plutôt d’être discrète et je n’aime pas bien qu’on me montre du doigt.
Imaginez comme j’étais mal, toute rougissante, avec ces regards rivés sur moi.
Le pire était à venir cependant !
            Les lumières se sont éteintes, la musique s’est mise en marche. Un truc sirupeux.
Nous étions une vingtaine de filles réunies dans la partie supérieure du restaurant.
Le mâle est entré.
Il se dandinait.
Il a enlevé ses vêtements, petit à petit.
Moi, je devais être plus rouge que rouge. Je baissais les yeux, je ne voulais pas le regarder.
Il a pris mes mains pour que je lui enlève sa ceinture. C’est lui qui faisait tous les gestes.
Les filles riaient et tapaient des mains en cadence.
Il s’est retrouvé presque nu, il avait juste un string et un chapeau de cowboy.
J’étais assise sur une chaise, je crois que je regardais mes pieds.
Il a levé ma tête avec sa main, j’ai regardé ses dents blanches et son sourire.
Il m’a dit tout bas : « N’aie pas peur, c’est juste pour s’amuser ».
Ça m’a touchée.
Que ce type qui ne me connaissait même pas ai compris ma détresse.
Je n’ai rien répondu.
Il s’est assis sur moi, il a pris mes mains pour que je lui caresse les fesses.
J’ai retiré mes mains.
Il m’a souri.
Il a dansé encore pour la galerie, la musique allait vers sa fin.
Il a fini par enlever son string, juste devant moi et a mis une serviette blanche devant son sexe pour le cacher.
Les filles applaudissaient à tout rompre.
L’une d’entre elles a attrapé la serviette et il s’est retrouvé nu.
Comme un prince, il a ôté son chapeau de sa tête et s’est couvert.
Il est parti se rhabiller et est venu m’embrasser avant de partir.
Je l’ai serré dans mes bras, fort.
La jeune fille en moi n’était ni morte, ni enterrée.

Je crois que je mourrai jeune fille.

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dimanche 13 avril 2008

Le décrocheur de lune

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dimanche 9 mars 2008

La demande en mariage

Il y a quelques temps, Ada a fait sur son blog le récit d'une demande en mariage. Je lui avais alors promis de lui raconter comment les parents de mon homme sont venus demander ma main. Voici donc l'histoire de ma demande en mariage.

Ambiance musicale : Gigue du plateau Mont-Royal, par La Tuque Bleue



    Ça se passe il y a sept ans, dans une petite maison en pierres, au cœur de la Bretagne. Mon homme et moi venons d’annoncer à mes beaux parents que nous allons nous marier. Belle maman raconte comment la mère de beau papa est venu demander la main de sa future femme à ses parents. Elle parle du petit panier, des gants beurre frais. Mon homme sourit en imaginant des gants trempés dans du beurre frais, Belle maman raconte, beau papa fait mine d’être ailleurs et moi, j’écoute. Je n’en perds pas une miette.
    Le soir même, j’en cause à mon futur époux : je voudrais que ses parents viennent demander ma main pour lui à mes parents. Je sais, c’est vieux jeu, je reconnais le côté désuet mais délicieusement suranné d’une telle démarche. C’est égal, ce n’est pas pour le folklore même si c’est un folklore que j’aime. J’attache une grande importance aux symboles. A mes propres symboles. Je ne me suis pas mariée pour la cérémonie, pour la robe, pour l’église, pour la fête, pour les photos, pour être la reine d’un jour. Le mariage n’est pas pour moi un simple bout de papier. C’est le symbole de mon amour pour mon homme, l’engagement au yeux de tous, l’engagement à ses yeux, aux yeux de l’amour. Hier soir, nous avons mangé avec des amis qui se préparent au mariage. L’un d’eux m’a demandé ce que le mariage avait changé dans ma vie. Sur le plan du quotidien, ça n’a absolument rien changé, un observateur extérieur dirait qu’à l’œil nu, rien n’a bougé. Ce que le mariage a changé, c’est dans ma tête que ça se passe. Sans vouloir être trop grandiloquente, je dirai que depuis l’instant où je me suis mariée, je sais qu’entre mon chéri et moi, c’est pour la vie et jusqu’à la mort. Je ne suis pas naïve au point de croire qu’un accident n’arrive jamais, je sais qu’il est possible qu’un jour nous ne nous entendions plus, mais, pour tout vous dire, je n’y crois pas. Le mariage m’a permis de construire mon futur, je ne me voyais pas faire des enfants, acheter une maison, faire toutes sortes de projets à long terme, sans mariage. Ce n’est pas une garantie sur l’avenir mais ça y ressemble. C’est une promesse mutuelle, c’est la tentative pleine d’espoir d’un avenir commun.
Un symbole.
    Si mes parents s’étaient opposés à ce mariage, je reste persuadée que je me serais mariée quand même, mais c’était important pour moi, qu’ils soient d’accord. Et qu’ils le disent. Et comment le savoir autrement que par cette cérémonie, sans doute décalée, peut-être un brin ridicule dans cette société déboussolée où l’on case les vieux à l’hospice et dans laquelle on voudrait croire que nous nous sommes faits tout seuls ?
J’explique à mon homme et il sourit.
    J’ai besoin qu’un accord concret se scelle entre nos deux familles, j’ai envie d’entendre la demande des parents de mon homme, la réponse de mes parents.
    Une semaine plus tard, beau papa, belle maman et futur époux arrivent dans une petite maison de pierres, au cœur de la Normandie. Ils ont leurs beaux habits du dimanche. Papa et maman sont debout sur le perron. Un peu étonnés de cette première rencontre, un peu mal à l’aise aussi. Bien sûr, je les ai prévenus de cette demande, mais, à vrai dire, ils ne s’attendent pas à ce que cela soit si officiel, ils se sont imaginés qu’il s’agissait juste d’un repas de fiançailles. Beau papa s’avance vers eux. Il n’a pas de gants beurre frais mais sa supplique ne manque pas d’allure avec des circonvolutions, des rimes en pagaille, des parenthèses délicieuses.
    Maman sourit, papa est ému mais il essaie de ne pas trop le montrer et il dandine sur ses deux jambes en regardant à l’horizon. Le fond de l’air est frais, semble-t-il dire. Beau papa a posé la question, enfin, c’est à papa de parler. Nous sommes devant l’entrée et belle maman porte à la main un petit panier d’osier contenant une bonne bouteille de Champagne et une autre de Chouchen, bretonnitude oblige. La tradition dit que les parents de la future mariée signifient leur accord par le déplacement de ce petit panier. Si le petit panier reste devant la porte, les épousailles n’auront pas lieu, s’il entre dans la maison, c’est toute la famille qui vient avec pour se réjouir !
    Papa fait durer le temps, il n’a qu’une seule fille, c’est beau papa et belle maman qui se dandinent maintenant tandis que mon père essaie de gagner du temps et leur propose de faire un tour du jardin, d’admirer les arbres, les fleurs. C’est là que maman intervient en prenant un air fâché mais on voit bien que ses yeux rient : « Non !, non !, non !, tu leur dis oui, et puis c’est tout ! J’ai un rôti au four moi, je n’ai pas envie qu’il brûle ! ».
    Papa a dit oui, nous nous sommes embrassés et le petit panier est rentré dans la maison de pierres. On s’est un peu moqué de moi, de mes lubies auxquelles il faut bien céder, parce que je suis une gentille fille dans le fond, mais je ne regrette rien. Il fallait que ce moment aie lieu. Je crois que nous en avions tous besoin. Mettre des mots sur un départ symbolique, une nouvelle vie, accepter le départ du fils, de la fille, ce n’est pas rien. J’aime mieux les mots qui brillent en plein jour que ceux qu’on n’a pas osé dire, ou ceux qu’on aurait dû dire.
    En cette matinée de fin d’été, un premier mariage a eu lieu.
Celui de deux familles.
Avec pour tout officier : un petit panier.
Et le ciel pour témoin.

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dimanche 2 mars 2008

Domaine de joie

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jeudi 28 février 2008

Blanc sur rouge, rien ne bouge...

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lundi 25 février 2008

à 16 heures, rayon boucherie

Des morceaux de viande devant moi.
Rouges, bien trop rouges à cause de ces lumières.
Presque beaux. Allez, n'ayons pas peur des mots : beaux.
Je bave devant la bavette.
On peut ? On ne peut pas ? Allez, hop, dans le caddie.
Minute ! La date de péremption ! 27 février 2008…
Euh… Quel jour on peut bien être?…
Le fiston n’en sait rien, il a quatre ans en même temps…
Bien. Pas de portable, pas de montre, va falloir que j’affronte l’autochtone.
J’avise un monsieur à moustaches. Je me lance :
- Excusez-moi monsieur, vous sauriez quel jour on est s’il vous plaît ?
Le monsieur se décompose et me regarde d’un air paniqué. Il doit être en train de se demander si je me suis échappée d’un asile. Je m’approche, le sourire aux lèvres. Il recule.
- C’est pour la viande monsieur ! J’ai besoin de savoir quel jour on est pour ne pas acheter de la viande périmée vous comprenez ?
- Ah… - Soupir de soulagement – Quel jour on est ? Euh….
Un temps.
- Je ne sais pas quel jour on est ! C’est incroyable tout de même ! Je l’ai écrit toute la matinée et… j’ai oublié ! Attendez ! Je crois que c’est le 25 ! 25 janvier ! Euh.. février, c’est ça !
- Merci beaucoup monsieur !
Je retourne à mon inspection bovine. Je l’entends qui revient vers moi, les roues de son caddie font grouic grouic.
- Madame ! En fait, je crois qu’on est le 26 plutôt ! Je suis désolé, je me suis trompé,  je me suis levé à trois heures ce matin !
- Merci beaucoup monsieur ! C’est très gentil à vous !
Il s’éloigne, un peu rassuré, un peu désorienté.
Je m’éloigne avec 800 grammes de bavette et l’impression tenace d’avoir frôlé la quatrième dimension l’espace d’un instant.
Tu ne sais plus quel jour on est et tu passes pour un fou.
A quoi ça tient, la folie…
A quoi ça tient, le regard de l’autre…
J’ai toujours préféré la buvette à la bavette, je sais maintenant pourquoi.

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vendredi 22 février 2008

L'avant et l'après citrons

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zutzutzut

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ryryryryryry

Edit du 24 février : Nikkos me pose la question suivante :

Tu as embauché un nain à pantalon jaune pour empêcher tes citrons de remonter ?

(parce que les citrons remontent TOUJOURS ;))

Une partie de la réponse, en images :

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jeudi 7 février 2008

C'est pas moi ! C'est le dragon !

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drag
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dimanche 13 janvier 2008

Un collier de hasards

Ambiance musicale : Emerson, Lake and Palmer, "Lucky Man"

Je n’ai jamais cru au hasard.
Comment dire… J’ai toujours pensé que ce qui m’arrivait n’était pas dû au hasard.
Je ne crois pas non plus aux coïncidences. Je crois aux signes.
Je ne sais pas si c’est le destin, ni même si le destin existe.
Je ne sais pas si tout est écrit quelque part sur un grand livre dont je n’ai pas les clés.
Cela m’importe peu, finalement.
Peut-être est-ce parce que je crois au bonheur, tout simplement.
Ce n’est pas facile à expliquer avec des mots, trop abstrait pour moi. Laissez-moi vous raconter mon samedi après-midi...

J’ai dormi trois heures, je voudrais me reposer, mon homme et ma fille font la sieste. Mon fils est en pleine forme, il va falloir faire quelque chose. Hélas. Nous quittons nos pyjamas chauds et nous partons.
La ville approche, les embouteillages des soldes. Nous faisons plusieurs fois le tour devant trois parkings complets. J’en ai assez, j’ai envie de rentrer. Le petit est en train de s’endormir. Je décide de regagner la maison, tant pis, je ne suis pas superwoman et puis de toutes façons j’ai horreur des soldes et du monde. Juste avant le pont qui mène à la quatre voie salvatrice, un parking souterrain est libre. Nous nous y arrêtons. Niveau moins deux, place 54, je me le passe en boucle dans la tête pour ne pas oublier. Nous remontons à l’air libre. Sur l’esplanade, des chameaux, des moutons, des chèvres, des chevaux et un gros éléphant. Les rois mages. Mon fils rêve éveillé, il est aux anges, c’est la cavalcade de l’épiphanie. Chouette !
Si je n’avais pas tourné pendant une demi heure pour chercher une place de libre, nous n’aurions pas vu ce si beau spectacle.
Nous entrons dans un magasin de chaussures. Il ne reste plus que deux paires de 30. Heureusement, l’une des deux est jugée « très impressionnante » par mon fils. J’achète. 52 euros en soldes. Passons…
Nous revenons vers la voiture. Une librairie. Je ne résiste pas, j’entre. J’ai bien envie de m’acheter ce livre de cuisine sur les verrines qui m’a fait saliver quand je l’ai vu chez une copine pendant les dernières vacances. Je cherche le long du rayonnage. Un couple et un enfant entrent dans la boutique et demande un livre intitulé « être parents avec son cœur ». Je les écoute qui lisent la quatrième de couverture avec enthousiasme. Soudain, on entend un hurlement violent qui contraste avec les chuchotements de mon fils jouant avec sa petite oie qui mange des livres pour son repas. En réponse, les parents se mettent aussitôt à hurler pour obtenir le silence puis s’en vont, tous les trois criant à qui mieux mieux, vers la caisse. Je pouffe de rire toute seule.
Si je n’étais pas rentrée, je n’aurais pas vécu ce délicieux moment.
Mon livre n’y est pas. Je flâne et découvre une couverture qui m’attire. « Le canon de Laselille et autres racontars », de Jorn Riel.
Si je n’étais pas rentrée, je n’aurais pas rencontré ce fabuleux bouquin qui m’a fait rire tout le week-end.
En sortant, une bonne odeur de crêpe. J’en offre une à mon fils. Tandis qu’il la mange, l’eau me vient à la bouche mais, avant que je me décide, une cliente fait une commande de dix crêpes. Trop tard.
Nous regagnons la voiture, mon fils regarde les lumières des décorations de Noël et il se met à pleuvoir tout doucement. Je grogne car je n’ai pas pris mon parapluie.
Mon fils saute soudain de joie et s’exclame : « Je te l’avais bien dit maman qu’il y aurait de la neige ! ».
S’il n’avait pas plu, je n’aurais pas vu ce sourire béat !
Nous pressons le pas et j’avise un marchand de churros. Alléchée, je m’approche. Le vendeur m’informe qu’il n’en a plus mais qu’il peut me faire une crêpe. Je m’en contenterai avec plaisir. Deux euros trente.  Je regarde dans mon porte monnaie, fais une estimation approximative du montant du parking au cas où (j’ai un mauvais feeling avec les parkings, souvenez-vous !), je finis par conclure que c’est bon. Je paie mais le vendeur m’informe que je me suis trompée de ligne sur la carte, il manque 50 centimes. Bien. De toutes façons, la crêpe est faite !
J’engloutis l’infortunée crêpe aux trois quarts puis donne le reste au petit bonhomme qui sourit de plus belle.
Nous arrivons au parking. Niveau moins deux. Je cherche la voiture, la petite oie aussi. Dix minutes se passent. Aucun numéro marqué sur le sol.
Je finis par la retrouver, il n’y a qu’un numéro dans ce foutu parking, le 54, ça n’aide pas. Ouf ! A ce moment là, je me souviens qu’il faut payer avant de regagner son véhicule. Bien. On redéfait les ceintures (ne ricanez pas, les sièges auto pour les enfants sont un vrai casse tête chinois, surtout si vous êtes un poil fatigué ou énervé), je cherche le ticket qui entre temps a disparu, forcément, je le retrouve dans le coffre où il n’a absolument rien à faire mais je ne cherche même pas à comprendre, on remonte au niveau moins un. Première caisse. J’introduis le ticket. Deux euros 50 me demande la machine. J’ouvre mon porte-monnaie… Argh ! Il me manque 50 centimes. Putain de bordel de crêpe ! Mon fils, la bouche pleine de chocolat ne semble pas comprendre pourquoi sa gentille maman est en train de péter les plombs. Qu’à cela ne tienne, je sors la carte bancaire ! Carte non acceptée. Bien, bien, gardons notre calme. Pendant ce temps, la queue augmente derrière moi, la pression monte. J’extirpe un billet et essaie de l’introduire dans la machine. Rien à faire. D’autres usagers bienveillants essaient. Toujours rien à faire. Je passe mon tour. Nous parcourons le niveau moins un à la recherche d’une caisse moins récalcitrante. Vingt minutes de recherche désespérée. Mon fils se marre, il court avec moi, s’amuse à chanter et à entendre le son de sa voix qui résonne dans le parking. Quatre caisses y passent, aucune n’accepte les cartes bleues ou les billets.
Soudain, un son lancinant, une guitare et une voix plaintive. C’est magnifique. Je ne sais pas comment s’appelle cette musique chantée par les gitans mais c’est ce que nous entendons, et c’est beau, et ça donne envie de s’arrêter là et de pleurer doucement.
Nous nous dirigeons vers la musique, comme hypnotisés. Derrière une porte, dans une odeur de pisse, un homme est assis sur les marches et chante.
Nous lui sourions et nous remontons vers l’air de la nuit.
Si je n’avais pas mangé cette crêpe, j’aurais eu assez de monnaie pour payer, nous n’aurions pas entendu cet homme.
J’avise un tabac qui est ouvert. J’achète un carambar pour mon fiston et des fine 120 pour moi, histoire de me faire enfin de la monnaie avec mon billet de dix. Il a envie de faire pipi. Forcément. Et je n’ai plus assez pour prendre un café dans un troquet, ce que je fais habituellement dans ces situations "délicates".
Je passe un coup de fil à Guillaume et Amélie. Ils sont là. Nous nous bisoutons et papotons cinq petites minutes. Juste le temps de faire un petit coucou. C’est bon de se revoir, c'est doux et c’est chaleureux, je les aime et je suis heureuse de cette rencontre imprévue.

Ma vie est faite d’une collection invraisemblable de petits hasards.
Je ne crois pourtant pas au hasard.
Ou peut-être, au contraire, je crois finalement que le hasard est un ami généreux.

Il jalonne mon existence de petites perles que j’ai appris à débusquer.

Je les glisse, les unes après les autres, sur le fil de ma vie pour en faire un collier de bonheurs.

Posté par poutouland à 23:54 - instantanés - Commentaires [16] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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