El bolg

de la vie en vrac...

lundi 14 juillet 2008

Eux

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jeudi 10 juillet 2008

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mardi 8 juillet 2008

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vendredi 27 juin 2008

Bisou du soir

J’aime ce moment. Nous sommes dans la chambre framboise. Titouan est dans son lit, je me penche au dessus de sa tête pour l’embrasser.
- Maman, t’as des gros seins !
- Euh… C’est vrai
- Maman, t’as des seins énormes !
- D’accord.
- Les mamans elles ont des gros seins et les papas ils ont des petits seins.
- Oui mon loulou d’amour.
- Maman, les petits garçons, après, ils deviennent des papas ?
- Oui.
- Maman, quand je serai grand je serai un papa.
- Oui, sans doute.
- Maman… quand je serai papa…
- Oui ?
- Je pourrai laver la vaisselle ?

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mercredi 21 mai 2008

Pêche miraculeuse

                Les canards se suivent docilement sur le cours d’eau artificiel. Un cercle en plastique bleu.
Autour, ça hurle, ça crie, les gourmettes tombent du haut des fauteuils renversés, les voitures se tamponnent,  les pommes d’amour se font croquer, les portefeuilles disparaissent dans d’autres mains que celles de leurs propriétaires, les nez se brisent sur des murs invisibles, les jupes se soulèvent sous l’air chaud qui vient d’en bas, les marrons grillent, les ballons explosent, les ficelles sont tirées, les pinces accrochent le vide, les grosses peluches attendent la chance, les tourniquets grincent, les balançoires espèrent le ciel…
               Les canards se suivent docilement sur le cours d’eau artificiel et mon fils les regarde.
Ils passent et repassent devant lui, et repassent encore.
              A côté de mon enfant, une petite fille. Huit canards dans son panier rose.
Plus que deux. Elle s’applique.
           Mon fils tend sa canne à pêche. Il commence à remplir son petit panier, un beau sourire sur son visage de crapule.
- « C’est pas comme ça qu’il faut faire ! Regarde, maman ! Le petit garçon il a pas pêché de canards ! »
Dans le panier en plastique de mon fils, pas un seul canard jaune.
Mais des araignées, des crocodiles, des mouches, des guêpes et des monstres terribles.
              Les canards se suivent docilement sur le cours d’eau artificiel.
Mais les araignées, les crocodiles, les mouches, les guêpes et les monstres terribles…

 

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dimanche 18 mai 2008

Echecs

J’ai ressorti le jeu d’échecs.
Il était recouvert de poussière.
La dernière fois, c’était…
Premiers jours d’août 2003, petite maison dans les Cévennes. 
La France meurt de chaleur, le soleil est une massue qui nous allonge pour la journée. Viennent le soir et sa fraîcheur. Les verres sur la table en fer, sous le figuier, la montagne tout autour, mon bébé qui s’endort en souriant, les amis qui discutent.
Laurent a sorti le jeu d’échecs.
- Tu joues Tiphaine ?
- Je vais encore perdre. Tu vas t’ennuyer…
- Mais non ! C’est marrant comment tu joues, c’est surprenant, ça m’apprend beaucoup tu sais !
- Ouais… Ouais…
- Allez, si tu veux, j'enlève des pièces de mon jeu !
Et Laurent enlève ses pièces, une à une,  il n’a plus qu’un cheval, une tour, le roi, pas de reine, pas de fou, quelques pions… Je mesure mon inexpérience à l’aune des pièces qui s’en vont, c’est assez humiliant même si je ne joue pas pour gagner. Quand même… J’ai ma fierté.
Je la laisse de côté.
Je commence.
Ah ! Le coup de la bergère ou du berger ou de la bûcheronne ou du trapéziste espagnol ! s’exclame alors Laurent.
Je souris. Ce jeu est-il fait pour moi ? Probablement pas. Pourquoi est-ce que je l’aime, malgré tout ?
Et pourquoi est-ce que je le déteste aussi ?
J’ai passé quelque temps sur un fauteuil noir, je n’avais pas envie de m’allonger sur le divan. Le monsieur m’écoutait, je parlais. Au bout d’un moment, long, quelque chose revient : ce besoin d’anticiper, toujours et son corollaire handicapant : l’immobilisme. A force de vouloir tout contrôler, à force de tout prévoir, à force d’imaginer tout ce qui va découler de la moindre de mes actions, je me suis engluée dans l’inaction. Une année dans mon lit, nuit et jour, à manger la télé, à fuir la réalité, à être incapable du moindre mouvement. Pourquoi bouger quand on sait que le moindre mouvement vous entraîne vers la mort ?
J’ai passé quelque temps sur un fauteuil noir, à observer le dessin compliqué du tapis et les tableaux sur les murs, à faire monter lentement en moi l’idée que je ne pourrai prendre plaisir à la partie d’échec qu’en acceptant de ne pas penser à son issue. Que l’important, ce n’est pas la fin, mais le mouvement.
Echecs, le mot est redoutable.
Laurent bouge son pion.
Mon cerveau entre en ébullition. S’il a joué ça, c’est parce que ça, si je fais ça, il va faire ça, mais s’il fait ça…
Je repense à ces grands joueurs et à ces parties si fameuses. Le maître réfléchit… Longtemps… La caméra est rivée depuis des heures à un échiquier sur lequel il ne se passe rien. La foule retient son souffle. Le maître avance la main. Il déplace son pion. On entend un « Ooooh » dans la salle. Grand maître numéro deux va jouer maintenant. Grand maître réfléchit…. Longtemps… 24 heures plus tard, sa main bouge.  On entend un « Ooooh » dans la salle…
Ce jeu consiste à avancer en éliminant petit à petit des scénarios, et moi j’ai toujours voulu tout. Je n’aime pas éliminer, je n’aime pas choisir, je voudrais pouvoir emprunter tous les chemins à la fois.
Je bouge mon pion. Laurent sourit.
Ai-je déjà perdu ?
J’ai toujours eu la désagréable impression que celui qui gagne n’est pas celui qui est le plus intelligent (il s’agit bien de cela aussi, inutile de se voiler la face) mais celui qui a le plus de mémoire. Je refuse d’apprendre les ouvertures, les scénarios, les parties… Mais quand j’avance mon pion, je sais que mon adversaire a intégré mon mouvement dans une stratégie que j’ignore. Une partie déjà jouée…
Qu’est-ce que c’est que ce jeu dans lequel j’ai le sentiment de perdre ma liberté ?
- Tu joues Tiphaine ?
- A quoi bon ?
- Pour le plaisir, pour apprendre, pour progresser !
- Tu vas gagner Lolo, je le sais bien.
- Mais non ! Comment est-ce que tu peux dire ça ? C’est équilibré maintenant que j’ai enlevé des pièces !
- Et t’as pas l’impression de jouer contre une nullité profonde, là ? Tu ne trouves pas ça humiliant ?
Non, il ne voit pas ce qu’il y a d’humiliant et il a bien sûr raison.
D’où vient que j’aime ce jeu que je déteste ?
J’ai souvenir de parties jouées avec des enfants, j’ai souvenir de parties innocentes, où l’on jouait pour le plaisir de jouer, où l’on jouait sans scénarios figés, sans ouvertures, sans références,
J’ai souvenir de l’odeur de l’anis dans les verres, le doux babil de mon fils sous le figuier, les amis qui discutent en riant, la fraîcheur du soir qui arrive,
La beauté immobilisée, figée l’espace d’un instant,
Ta main sur l’échiquier
Je me fiche de savoir ce qui arrivera demain

Ta main sur l’échiquier suffit.

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vendredi 16 mai 2008

Le bain

Je ne suis pas née.
Je vis dans l’eau. Je suis bien. Je n’ai pas l’intention de m’en aller.
J’ai moins d’un an.
Je suis toute contractée, je me cramponne aux bras de ma mère, j’ai peur de glisser. Je lance des regards méfiants à qui voudrait à nouveau me replonger dans l’eau.
J’ai six ans.
Je suis dans ma chambre, sous le duvet, dans le ventre de la baleine. C’est chaud et doux, je suis bien même si j’étouffe un peu. De temps en temps, je sors la tête pour reprendre de l’air et je retourne m’abriter à l’intérieur. J’entends le bruit de l’eau qui coule.
J’entends les rires de mon frère.
J’entends ma mère qui appelle.
«  Au bain Suzanne ! ».
On ne manque ni d’humour, ni de références bibliques dans ma famille. J’ai pourtant longtemps cru que Suzanne Aubin était une révolutionnaire qui avait tué Marat, voire Marot.
«  Au bain Suzanne ! »
Je quitte la baleine et me déshabille. L’eau est bouillante, on se croirait au bord d’un lac dans un film de science fiction, de la vapeur partout, le carrelage froid puis l’eau bouillante, j’entre millimètre par millimètre en soufflant, je grimace… Je dessine en imagination des arabesques sur le miroir embué, j’essaie de ne pas penser au triste destin des homards tandis que ma peau rougit.
J’ai dix ans.
J’aime bien rester longtemps, ma peau vieillit à toute vitesse, mes doigts sont fripés, je ris d’être vieille.
Premier bain moussant, une barbe de bulles…
La tasse en plastique rouge avec une petite fleur verte, je la remplis, je regarde l’eau qui tombe. Je renverse la tasse et j’emprisonne l’air dans l’eau. Je la penche un peu, les bulles remontent, c’est tellement beau à regarder.
J’improvise des bateaux et des expéditions fabuleuses, des naufrages et des chavirements insensés sous la cascade du robinet.
J’ai quatorze ans.
Je me regarde dans la glace en face de la baignoire, je n’aime pas ce que je vois. Je me cache sous l’eau.
J’ai seize ans.
Je suis belle et je ne le sais pas. Je lis.
J’ai trente ans.
Je regarde mon ventre rond qui bouge tout seul.
Je me baigne avec mes bébés.
Je retrouve leurs corps nus.
Je me rassasie de leur chair.
Nous sommes beaux.
Je suis belle.

bain

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samedi 10 mai 2008

Ricochets

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Un...
Je n'ai jamais réussi à faire ricocher des pierres plates mais j'aime observer ceux qui lancent des cailloux.
Un, deux...
Ils ont un air très concentré, le geste gracieux, on dirait que la pierre n'est qu'une terminaison de leur main, de leur bras.
Un, deux, trois....
La pierre saute sur la surface de l'eau, c'est tellement beau ce moment où j'ai l'impression qu'elle danse, qu'elle échappe à la gravité, qu'elle se rit de l'attraction terrestre.
Un, deux, trois, quatre !
J'ai toujours le secret espoir que jamais cela ne s'arrête, que la pierre disparaisse à l'horizon...
J'entends les pensées du lanceur : un, deux, trois, quatre, cinq!
Je ne compte pas pourtant mais je l'entends quand même.
La pierre coule.
Des ronds partout, des cercles qui s'agrandissent.
J'aime ce dessin, là, sur l'eau.
Le lanceur recommence.
Un, deux, trois, quatre, cinq, six!
C'est étonnant comme les lanceurs sont obstinés, on dirait que l'espace d'un instant ils redeviennent enfants, qu'ils croient à nouveau que tout est possible.
Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept !
J'aime regarder ceux qui font des ricochets au bord de l'eau.
J'aime leur optimisme, leur naïveté.
Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit!
Imagine un instant toutes ces pierres plates qui reposent au fond de l'eau,
Pense à leur incroyable destin de petits cailloux qui n'auraient jamais dû voyager aussi vite,
leur course folle, leur vol de libellule éphémère, les pirouettes improbables, et la lente descente vers les profondeurs.
Avec un peu de chance, ils retrouvent en bas leurs amis d'hier, qui sait...
Que sait-on des amours des pierres?
Combien de destins brisés par une main innocente?
Et combien de romances nouvelles, à l'abri du monde des hommes?

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lundi 21 avril 2008

Enterrer la jeune fille

        Il faut vous le dire, je trouvais ça complètement con cette idée de faire un enterrement de vie de jeune fille. Je me suis laissée faire quand même, parce qu’après tout c’était aussi l’occasion de passer une soirée avec mes copines. Et puis peut-être que, finalement, j’avais bien envie de la plonger sous terre cette jeune fille, qui sait…
        Enterrer sa vie de jeune fille… Comme s’il fallait l’enterrer ! Comme si se marier ça signifiait renoncer à être une jeune fille. Ou alors ça signifie qu’être une jeune fille c’est baiser à tort et à travers, en toute liberté. Ce n’est pas tout à fait l’idée que je me faisais d’être une jeune fille.
Ma jeune fille à moi elle était plutôt du genre vierge effarouchée…
    Elles sont venues me chercher en début de soirée, toutes contentes d’elles, riant comme des conspiratrices.
M’ont amenée dans un restau mexicain, m’ont chanté des chansons, m’ont fait boire. A chaque chanson, fallait boire, à chaque fois que je buvais, fallait que j’aille embrasser tous les garçons qui se trouvaient dans la partie inférieure du restaurant.
        Elles m’avaient habillée en rugbyman, un tee-shirt informe, de grosses chaussettes vertes rayées et un short. Beau pied de nez à la sportive que je suis !
Ça faisait un drôle de bruit qui suivait tous mes déplacements : les crampons qui se cramponnaient.
        A chaque fois que j’ai lu des trucs sur mon signe (lion ascendant lion, y’a pas de hasard), je me suis indignée de constater que ceux qui comme moi cumulaient les déterminations étaient des êtres fiers qui aimaient par dessus tout qu’on les admire et qu’on les encense. Je n’aime pas qu’on ne m’aime pas, c’est vrai, mais quand même… Je ne crois pas être du genre à marcher sur les autres pour me mettre en valeur, j’essaie plutôt d’être discrète et je n’aime pas bien qu’on me montre du doigt.
Imaginez comme j’étais mal, toute rougissante, avec ces regards rivés sur moi.
Le pire était à venir cependant !
            Les lumières se sont éteintes, la musique s’est mise en marche. Un truc sirupeux.
Nous étions une vingtaine de filles réunies dans la partie supérieure du restaurant.
Le mâle est entré.
Il se dandinait.
Il a enlevé ses vêtements, petit à petit.
Moi, je devais être plus rouge que rouge. Je baissais les yeux, je ne voulais pas le regarder.
Il a pris mes mains pour que je lui enlève sa ceinture. C’est lui qui faisait tous les gestes.
Les filles riaient et tapaient des mains en cadence.
Il s’est retrouvé presque nu, il avait juste un string et un chapeau de cowboy.
J’étais assise sur une chaise, je crois que je regardais mes pieds.
Il a levé ma tête avec sa main, j’ai regardé ses dents blanches et son sourire.
Il m’a dit tout bas : « N’aie pas peur, c’est juste pour s’amuser ».
Ça m’a touchée.
Que ce type qui ne me connaissait même pas ai compris ma détresse.
Je n’ai rien répondu.
Il s’est assis sur moi, il a pris mes mains pour que je lui caresse les fesses.
J’ai retiré mes mains.
Il m’a souri.
Il a dansé encore pour la galerie, la musique allait vers sa fin.
Il a fini par enlever son string, juste devant moi et a mis une serviette blanche devant son sexe pour le cacher.
Les filles applaudissaient à tout rompre.
L’une d’entre elles a attrapé la serviette et il s’est retrouvé nu.
Comme un prince, il a ôté son chapeau de sa tête et s’est couvert.
Il est parti se rhabiller et est venu m’embrasser avant de partir.
Je l’ai serré dans mes bras, fort.
La jeune fille en moi n’était ni morte, ni enterrée.

Je crois que je mourrai jeune fille.

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dimanche 13 avril 2008

Le décrocheur de lune

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lune

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