Je me souviens des phares jaunes croisés dans la nuit.

Une voiture, deux voitures, trois voitures...

Je n'ai jamais sommeil, il y a tant à voir, tant à rêver, tant à imaginer encore...
Je suis assise à l'arrière, ma tête entre les deux sièges avant.
Mon frère dort.
Ma mère fume, je vois le petit rond rouge incandescent et les volutes qui s'échappent par la fenêtre.
Mon père conduit.
La radio chante un air nostalgique.
Un ravin.
Un virage.
Mon père, tout bas : La direction ne marche plus, nous allons mourir.
Ma mère : Nous aurons bien vécu.
Ils se prennent la main, ils ignorent que je ne dors pas.
Je n'ai pas peur de mourir, je n'y crois pas.
Je suis heureuse.
J'aime cette nuit, j'aime cette douceur, cette tranquillité.
J'aime l'amour évident qui se dégage de ce corps endormi et de ces deux mains qui se tiennent.
Je crois que je viens d'inventer Dieu.