samedi 10 mai 2008
Ricochets
Un...
Je n'ai jamais réussi à faire ricocher des pierres plates mais j'aime observer ceux qui lancent des cailloux.
Un, deux...
Ils ont un air très concentré, le geste gracieux, on dirait que la pierre n'est qu'une terminaison de leur main, de leur bras.
Un, deux, trois....
La pierre saute sur la surface de l'eau, c'est tellement beau ce moment où j'ai l'impression qu'elle danse, qu'elle échappe à la gravité, qu'elle se rit de l'attraction terrestre.
Un, deux, trois, quatre !
J'ai toujours le secret espoir que jamais cela ne s'arrête, que la pierre disparaisse à l'horizon...
J'entends les pensées du lanceur : un, deux, trois, quatre, cinq!
Je ne compte pas pourtant mais je l'entends quand même.
La pierre coule.
Des ronds partout, des cercles qui s'agrandissent.
J'aime ce dessin, là, sur l'eau.
Le lanceur recommence.
Un, deux, trois, quatre, cinq, six!
C'est étonnant comme les lanceurs sont obstinés, on dirait que l'espace d'un instant ils redeviennent enfants, qu'ils croient à nouveau que tout est possible.
Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept !
J'aime regarder ceux qui font des ricochets au bord de l'eau.
J'aime leur optimisme, leur naïveté.
Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit!
Imagine un instant toutes ces pierres plates qui reposent au fond de l'eau,
Pense à leur incroyable destin de petits cailloux qui n'auraient jamais dû voyager aussi vite,
leur course folle, leur vol de libellule éphémère, les pirouettes improbables, et la lente descente vers les profondeurs.
Avec un peu de chance, ils retrouvent en bas leurs amis d'hier, qui sait...
Que sait-on des amours des pierres?
Combien de destins brisés par une main innocente?
Et combien de romances nouvelles, à l'abri du monde des hommes?
vendredi 9 mai 2008
De circonstance
jeudi 8 mai 2008
A Paris
(Ayé, l'épisode deux est en ligne)
mercredi 7 mai 2008
Le mangeur de couleurs
Est-ce un homme, est-ce une femme, je n’en sais rien.
Est-ce un rêveur, est-ce un poète, je ne le sais pas non plus.
Certains glissent à côté des couleurs de la vie, sans les voir
Lui, il les mange, sans rien dire.
Tu ne remarques rien,
Le ciel ne te paraît pas moins bleu,
Mon cœur ne te semble pas moins rouge,
Et l’or de l’œil du chat, il brille toujours autant !
Le vert de vin n’est pas vide…
La porcelaine rose des joues de l’enfant,
Le jaune de la pièce dans la petite main,
Le noir sous les ongles,
Le turquoise arraché aux îles endormies,
Le blanc de mes paroles,
Le sang de ta violence,
Tu ne remarques rien ?
Certains glissent à côté des couleurs de la vie, sans les voir,
Lui, il les mange, sans rien dire.
Si tu regardes à l’intérieur de lui,
Tu trouveras un jardin multicolore.
Glisse-lui dans le creux de l’oreille
Que tu sais les couleurs de son âme.
Regarde-le bien: il a peur.
S’il te plaît,
Fais-ça pour moi,
Montre-lui son vrai visage.
mardi 6 mai 2008
A Paris
Pour ceux qui voudraient tout savoir de Fantomas (celui qui ne croit que ce qu'il voit), de la femme de Jésus, de Charlie Chopin, du Père La Chèvre, du sexe d'hercule ou du célèbre poète grec Omer Simpson, c'est progressivement là. (chut! soyez gentils, ne dites pas que vous venez d'ici, c'est un secret!)




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lundi 5 mai 2008
Pour m'endormir ce soir, il était une fois.. (épisode deux)
Je vous avais promis la suite pour ce lundi, la voici. Pour ceux qui auraient manqué le début de l'histoire, il est là.
Le roi était furieux, cela faisait maintenant près d’un an qu’il avait envoyé ses hommes les plus valeureux à la recherche de l’arbre minuscule et ils ne l’avaient toujours pas trouvé. Il recevait fréquemment des courriers qui l’informaient que la perle rare avait enfin été dénichée mais ils étaient hélas toujours suivis de démentis : on avait entendu parler d’un arbre plus petit encore, on se lançait à sa recherche, on ne manquerait pas de le débusquer.
Pendant ce temps, la princesse grandissait en beauté, à croire que le malheur rend beau. Il n’était pas rare que l’on s’évanouît sur son passage, les fleurs les plus vives des bouquets du palais paraissaient fades à côté d’elle, ses portraits se vendaient par milliers et le peintre officiel croulait sous les demandes.
Je ne vous l’avais pas encore dit, honte sur moi, mais cette princesse avait un très joli prénom, elle s’appelait Agapanthe. Les plus érudits d’entre vous n’auront pas manqué de remarquer que le mot vient du grec Agapan qui signifie aimer, et cette «racine», n’était sans doute pas pour rien dans le triste destin de la jeune fille. Agapanthe aimait de toute son âme, elle aimait tout, elle aimait follement, elle aimait tant qu’elle en avait perdu l’usage des mots.
Les plus sérieux d’entre vous ont déjà abandonné la lecture de ce conte, s’ils sont encore là, ils viennent de nous quitter, c’est probable.
Bien. Je préfère ça. Il y a certains mots que les gens sérieux ne sont pas prêts à entendre, ils pourraient alors basculer dans la folie et qui sait ce qui pourrait arriver… Comment notre monde pourrait-il continuer de tourner sans que des hommes et des femmes à la tête froide ne soient là pour appuyer sur le bouton de la bombe nucléaire, recommencer tous les calculs depuis 35.21486523478, dire « au suivant » d’un air détaché ou décider sereinement la fin du droit de grève ?
Agapanthe aimait de toute son âme, elle aimait tout, elle aimait follement et elle aimait tant qu’elle en avait perdu l’usage des mots…
Vous vous demandez sans doute comment cela est possible, si vous vous le demandez vraiment, vous êtes peut-être plus sérieux que vous ne le pensiez, il faudra penser à en parler à votre iguane. Allez mes bonnes gens, puisque vous m'en priez poliment et que je vois bien que vous êtes dans la perplexitude la plus totale malgré votre bravitude, je vais essayer d’éclairer votre lanterne.
Les petites filles (les petits garçons aussi mais c’est une autre histoire) naissent toutes avec un cœur. Quand elles naissent, leur cœur est tout petit, il se remplit à mesure qu’elles grandissent. Jusqu’ici, vous me suivez sans doute et vous souriez un peu en vous disant que vous la connaissez bien cette théorie de l’amour qui enfle et qu’on doit canaliser pour qu’il ne déborde pas. Sachez pour commencer, qu’en amour, il n’y a pas de théories, alors il vous faut tout de suite remiser au grenier toutes vos arguties. Allez, débarrassez-vous en et écoutez d’une oreille toute neuve. Ça y est ? Bien, nous pouvons poursuivre.
Ce que vous ignorez peut-être, c’est que certaines petites filles viennent au monde avec un cœur démesuré. Inutile de brandir vos scanners et vos radiographies, c’est absolument indécelable. Aucune machine scientifique n’est capable de détecter cette anomalie, aucun médecin ne sait à l’heure actuelle diagnostiquer un tel handicap. Oh, je vois bien que vous souriez encore, le mot handicap, vous le trouvez exagéré n’est-ce pas, attendez un peu, vous allez comprendre.
Une petite fille qui arrive dans notre monde avec un cœur démesuré fait comme toutes les autres petites filles : elle grandit. Elle sourit à la vie, elle babille, elle ébauche ses premiers pas. Vous, vous ne vous rendez compte de rien, vous admirez les progrès incroyables de ce petit prodige, vous applaudissez à ses exploits, vous vous enthousiasmez, rien ne vous semble plus miraculeux que cette vie qui envahit l’espace, qui envahit le temps, qui grignote petit à petit tout ce qui est autour d’elle. Vous vous laissez faire, c’est si bon de s’abandonner…
Agapanthe était donc née avec un cœur démesuré.
A l’âge de deux ans, elle aimait déjà tout ce qu’un vieil homme peut avoir aimé durant toute une longue existence : les mots, les bruits, le vent, les objets, les couleurs, les formes, les odeurs, les voix, les yeux, les portes, les animaux, tout ce qui se touche, tout ce qui se mange, tout ce qui se boit, tout ce qui se voit, tout ce qui se sent, tout ce qui s’entend. Elle aimait aussi tout ce qui ne se sent ni ne s’entend ni ne se voit ni ne se touche. Vous, avec votre petit cœur, vous avez peine à comprendre ce que c’est que d’aimer tout, essayez au moins d’imaginer, si vous le pouvez.
A l’âge de trois ans, Agapanthe aimait donc tout ce qui se peut aimer, elle aimait aussi tout ce qui ne se peut pas aimer. Agapanthe passait son temps à dire aux choses et aux êtres qu’elle les aimait, les trois premiers mots qu’elle prononça furent : « je t’aime ». Ce furent aussi les derniers.
A l’âge de cinq ans, Agapanthe avait dit son amour à tout ce qu’elle connaissait.
Elle cessa de parler.
Comment peut-on cesser de parler à cinq ans, quand il y a tant de choses qu’un enfant voudrait savoir, l’âge des questions, l’âge des pourquoi interminables ?
Vous n’avez vraiment pas une petite idée ?
dimanche 4 mai 2008
Lumières
J’ai douze ans et je suis malade.
Je suis allongée dans mon lit sous le toit.
La pluie tombe, je regarde les gouttes qui viennent s’écraser sur la vitre.
L’explosion puis le trajet aléatoire.
De drôles de métaphores.
Dans ma chambre, ça sent le bois, les livres et la pluie.
Je mets le 33 tours sur le tourne disque.
Je n’ai jamais su dire vraiment ce qui m’arrive quand j’aime.
Cette chanson me bouleverse,
je sais que c’est pour moi qu’elle a été écrite.
Chaque mot me remue le cœur.
C’était il y a 22 ans, c’était hier.
La chanson me poursuit.
J’ai passé ma vie à poser des petites lumières sur ma route.
J’ai passé ma vie à me battre contre certains de ses mots.
A essayer de me prouver que nous ne sommes pas dans le noir.
samedi 3 mai 2008
La maison d'Albert
vendredi 2 mai 2008
Mes incroyables mais vrais, épisode quinze
Pas de répit pour Padre Pio
Il est possible que vous ne connaissiez pas Padre Pio, il fait partie de mes souvenirs d’enfance, quand ma nonna parlait encore, quand je pouvais lui poser des questions, quand elle me répondait.
Padre Pio, c’est un bonhomme, un type vénéré dans toute l’Italie. Je vais vous la faire brève, je ne suis pas spécialiste, c’est un prêtre qui avait des stigmates, des plaies aux mains et aux pieds qui ont saigné toute sa vie. Dans ses visions il voyait satan et ses cosaques, on dit qu’il faisait de la lévitation, qu’il avait le don d’ubiquité aussi. De son vivant, il bénéficiait déjà d’une aura de saint et les foules venaient pour le voir, pour qu’il fasse des miracles. Il en aurait fait, beaucoup, y’a un ptit gars à la télé qui disait récemment que Padre Pio l’avait refait marcher, son témoignage était émouvant, bien sûr... Padre Pio a été canonisé en 1997, et à San Giovanni Rotondo, dans le nord des Pouilles, les marchands du temple font fortune. Depuis le 2 mars, la dépouille du saint y est exposée, avec un joli masque de cire à la place du visage décharné, faudrait pas non plus faire peur au bon chrétien. Drôle de mascarade qui attire pourtant des millions de pèlerins, bien plus qu’à Lourdes.
Monsieur et Madame Rosamonde n’allaient pas fort, pas bien fort du tout. Le couple battait de l’aile, ça causait divorce autour d'eux. Pas chez eux, bien sûr, pas chez eux. Un bon ami conseille au couple d’aller faire un pèlerinage à San Giovanni Rotondo, sur la tombe de Padre Pio. L’idée fait son chemin chez les Rosamonde, on est très pieux chez les Rosamonde. Si les Rosamonde ont décidé de s’installer en Bretagne, ce n’est pas pour rien. Saint Pierre lui-même serait apparu pour dire aux fidèles que cette région serait la seule à être épargnée au moment du jugement dernier. Les Rosamonde ont donc déménagé. D’autres amis, puis la famille toute entière opinent vigoureusement du chef : il FAUT aller dans la ville de Padre Pio, il FAUT croire au miracle.
Le couple fait donc ses valises.
Monsieur et Madame Rosamonde sont à la terrasse d’un café. Des mots en italien autour d’eux. Ils demandent au serveur de les photographier, ça fera un joli souvenir.
De retour à la maison, ils font développer les photos.
La photo sur la terrasse du café...
Ils sont bien là, tous les deux, avec leur regard de chien battu.
Monsieur se demande ce qu’il fait là, Madame espère peut-être encore, je n’en sais rien.
Au milieu d’eux, Padre Pio… Tout sourire.
- Monsieur et Madame Rosamonde, ils sont restés ensemble ?
- Non…
- Ils ont divorcé ?
- Non plus.
- …
- Madame Rosamonde a pris sa voiture et elle a foncé sur un chêne, à toute vitesse.
- Elle s’est suicidée ?
- C’est probable.
Pour ceux qui ont envie de voir un reportage pas très neutre avec des acteurs... convaincus? :
Pour ceux qui ont envie de voir un chanteur... convaincu? :
Pour ceux qui ont envie de voir leur vie changer (pas convaincue) :













