El bolg

samedi 23 septembre 2006

Le cœur des roses

Ce soir, au supermarché, j’ai offert à mon fils un kit de docteur avec de grosses lunettes oranges, une seringue et un stéthoscope. En rentrant des courses, il se précipite dans le jardin.
Quand, de la cuisine, je lui demande ce qu’il fait, voilà ce qu’il me répond :
« J’écoute le cœur des roses ».

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samedi 10 mai 2008

Ricochets

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Un...
Je n'ai jamais réussi à faire ricocher des pierres plates mais j'aime observer ceux qui lancent des cailloux.
Un, deux...
Ils ont un air très concentré, le geste gracieux, on dirait que la pierre n'est qu'une terminaison de leur main, de leur bras.
Un, deux, trois....
La pierre saute sur la surface de l'eau, c'est tellement beau ce moment où j'ai l'impression qu'elle danse, qu'elle échappe à la gravité, qu'elle se rit de l'attraction terrestre.
Un, deux, trois, quatre !
J'ai toujours le secret espoir que jamais cela ne s'arrête, que la pierre disparaisse à l'horizon...
J'entends les pensées du lanceur : un, deux, trois, quatre, cinq!
Je ne compte pas pourtant mais je l'entends quand même.
La pierre coule.
Des ronds partout, des cercles qui s'agrandissent.
J'aime ce dessin, là, sur l'eau.
Le lanceur recommence.
Un, deux, trois, quatre, cinq, six!
C'est étonnant comme les lanceurs sont obstinés, on dirait que l'espace d'un instant ils redeviennent enfants, qu'ils croient à nouveau que tout est possible.
Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept !
J'aime regarder ceux qui font des ricochets au bord de l'eau.
J'aime leur optimisme, leur naïveté.
Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit!
Imagine un instant toutes ces pierres plates qui reposent au fond de l'eau,
Pense à leur incroyable destin de petits cailloux qui n'auraient jamais dû voyager aussi vite,
leur course folle, leur vol de libellule éphémère, les pirouettes improbables, et la lente descente vers les profondeurs.
Avec un peu de chance, ils retrouvent en bas leurs amis d'hier, qui sait...
Que sait-on des amours des pierres?
Combien de destins brisés par une main innocente?
Et combien de romances nouvelles, à l'abri du monde des hommes?

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vendredi 30 mai 2008

Comment j’ai rencontré Dieu - 1 -

J’ai rencontré Dieu sur un petit chemin, dans les Corbières.
Nous cherchions des asperges sauvages. Je n’en ai jamais trouvé. Mon fils courait devant avec son père, ils voulaient être les premiers à arriver à la rivière, mes amis avaient le nez dans le talus pour débusquer la rebelle, ma fille regardait le paysage du haut de ses dix mois et de sa poussette.
J’avançais doucement, comme toujours, loin derrière et heureuse de profiter de la beauté du paysage, du bonheur d’être avec ceux que j’aime, de l’odeur des fleurs, du bruit de l’eau, des cailloux multicolores, du vent qui caresse et du soleil qui chauffe.
J’ai fini par me retrouver seule sur le chemin. Les autres m’avaient distancée, déjà, et ça m’allait bien, je n’aime pas qu’on m’attende.
Et puis soudain, une étrange musique. C’est beau, c'est doux, c’est triste et joyeux à la fois. J’avance un peu plus vite, j’ai envie de savoir. Autour de moi, les montagnes, les arbres et les asperges sauvages qui resteront cachées. Je suis le son, je m’écarte du chemin, la musique enfle, je ne connais pas cet air, je ne sais pas qui joue, je ne cherche plus, j’entends, j’écoute, les notes entrent en moi, elles roulent, c’est comme si elles disaient je t’aime à chaque partie de moi. A mon corps, à mon cœur, à ma raison, à ma folie, à mon âme.
C'est tellement beau, c'est tellement doux.
Cet air est indicible, mes mots sont impuissants.
C’est comme si la grâce était tombée du ciel.
La musique s’arrête, j’ai envie de hurler merci.
Je hurle.
La musique reprend.
Merci...
Je continue, je marche, je cours vers elle.

Une petite maison à flanc de colline.
Un homme debout, face au soleil.

Il souffle dans un saxophone.

Le temps s’est arrêté...

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mercredi 25 juin 2008

Comment j'ai rencontré Dieu - 2 -

J’ai rencontré Dieu dans un virage, sur une route de Crète.
La route fait des lacets, j’avance doucement, sous le soleil.
Le paysage défile, comme au ralenti, monastère après monastère, olivier après olivier, pierre après pierre…

Dans un virage, un vieil homme se tient debout, au milieu du chemin.
Il me regarde.

J’arrête la voiture.
Il me fait signe de baisser la vitre, je baisse la vitre.
Il me parle mais je ne comprends pas sa langue.
Des mots très beaux, une musique dont j’ignore tout, mais qui est tellement belle.
Et des yeux gris avec de la vie dedans.

Il prend ma main, il l’ouvre.
Il met la sienne dans la poche de sa veste en tissu bleu puis il dépose délicatement une poignée d’amandes dans le creux de ma main.
Il me sourit. Je lui souris.
Il s’en va.

Je regarde les fruits dans ma main, les enveloppes de velours, toutes douces.
Je ne résiste pas.
Je croque, je libère une amande.
Et c’est bon…

Dans le rétroviseur là-bas, un petit vieux sur le chemin caillouteux.

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dimanche 20 juillet 2008

Ce que m'a dit l'oiseau...

- - - -

Ce que m’a dit l’oiseau,
ce matin,
ne se dit pas avec des mots.
- - - -

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vendredi 25 juillet 2008

Comment j'ai rencontré Dieu - 3 -

J’ai rencontré Dieu dans un verre de vin.
Dans un vin à la couleur, à l’odeur et au goût jamais retrouvés.
Un vin interdit à la vente, aujourd’hui. Petite bouteille difforme, sans étiquette, qui ne laisse pas passer la lumière, vin comme passé en fraude par les cousins italiens. Vin du pays de mes ancêtres. Vin du Trentino.
Fragolino, quel doux nom…
Je débouche la bouteille.
L’odeur de fraise des bois et de fleur d’oranger vient me dire joyeusement bonjour.
Chuuut…
Verser tout doucement le vin dans le verre et prendre le temps de regarder.
Rouge sang, rouge rubis, comme une mer de vie à portée de la main.
Sentir encore. Retrouver les chemins buissonniers, les vieux murs, les fruits cachés… Se souvenir du vieil oranger, de ses toutes petites fleurs blanches, si douces…
Porter le verre à ses lèvres.
Contact.
Liaison directe avec Dieu.
Fermer les yeux.
Profiter.
Ne pas mettre des mots sur ce qui ne peut pas être mis en mots.
Boire.
Ouvrir les yeux.
S’étonner.
Longtemps, longtemps après que le vin soit bu,
il reste un goût de paradis dans la bouche…

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jeudi 11 septembre 2008

Comment j'ai rencontré Dieu - 4 -

J’ai rencontré Dieu au bord d’un gouffre.
Il était debout, Il se tenait droit.
Et Il pleurait.
Je me suis approchée de lui.
- Bonjour, Dieu, pourquoi tu pleures ?
Il ne m’a pas répondu. Il regardait droit devant Lui.
J’ai essayé encore :
- Pourquoi tu pleures ?
Il s’est tourné vers moi.
- Je suis tellement vieux Tiphaine, ça fait si longtemps que je suis ici que tu ne pourrais pas comprendre pourquoi je pleure…
J’ai essayé encore :
- Pourquoi tu pleures ?
Il m’a souri, vous ne savez pas comme c’est beau un sourire de Dieu…
Il a fini par me dire :
- Je suis au bord du gouffre Tiphaine, c’est pour ça que je pleure. Ça fait des millions d’années que je donne mon amour aux hommes, ça fait des millions d’années que je ferme les yeux sur ce gouffre mais le gouffre est toujours là, il ne s’en va pas. J’ai dit aux hommes que l’amour sauvait, que rien n’était plus beau que l’amour, et je te jure que j’y crois, je te jure que c’est vrai, il n’y a rien de plus puissant que l’amour ! Je ne comprends pas Tiphaine… Je ne comprends rien… Pourquoi le gouffre est-il encore là ?
J’ai baissé les yeux. Le bord du gouffre était là, à seulement quelques centimètres, profond, effrayant aussi parce qu’il était impossible de savoir jusqu’où il était profond. C’était beau aussi…
Dieu regardait toujours à l’horizon.
- Pourquoi est-ce qu’il n’a pas disparu ce gouffre ? Est-ce que je n’ai pas tout fait pour qu’il disparaisse ?
- Qu’est-ce que tu as fait pour qu’il disparaisse ? Lui ai-je demandé.
- J’ai donné tout l’amour que j’avais, sans jamais aucune retenue, j’ai aimé chacun de vous, intensément, de toutes mes forces et depuis toujours.
- Et toi ?
- Comment ça, et toi ?
- Et toi ? Est-ce que tu t’es aimé intensément, de toutes tes forces et depuis toujours?
- Moi ?
- Toi… Dis-moi, Dieu, comment crois-tu qu’on peut aimer si on ne s’aime pas soi-même?
Tout à coup, j’ai eu l’impression que les épaules de Dieu se voûtaient. Je Lui ai pris la main.
- Dieu, regarde en bas, juste une fois !
- Hors de question ! a dit Dieu. Les hommes comptent sur moi. Si je m’écroule, ils s’écrouleront. J’ai le devoir de me tenir droit. Tu crois que c’est facile d’être Dieu ? Tu crois que je n’aimerais pas moi aussi, juste une fois, me laisser aller, abandonner la partie, dire que je n’y suis pour personne ?
- Tu aimerais ?
- Je n’en sais rien… Non. C’est impossible. Le monde a besoin de moi. Le monde a besoin que je sois fort, je suis le seul qui reste debout quand tout s’écroule, si je m’abandonne, que va-t-il se passer ? Les hommes vont paniquer, ils vont douter de moi, et s’ils commencent à douter de moi, ils croiront que l’amour n’existe plus et alors la vie n’aura plus aucun goût, tout ce que j’aurais créé, tout ce que j’aurais dit aura été vain…
- Dieu, le monde a besoin de ton amour, tu as raison. Mais toi, Dieu, ne fais-tu pas partie de ce monde? N'as-tu pas besoin toi aussi de cet amour? Si tu ne regardes pas ce gouffre, alors tu vivras pour l’éternité avec lui, tu seras toujours sous son emprise.Tu sais bien. Ce n’est pas parce que tu le nies qu’il n’existe pas.
- Il n’existe pas si je n’y pense pas Tiphaine. Il n’existe pas.
- Il existe. Regarde !
Et Dieu a enfin baissé les yeux, et Il a vu le gouffre. Il s’est assis juste au bord. Il tremblait.
- Alors c’est ça, un gouffre ?
- C’est ça…
- Ça fait peur, un peu, non ?
- Ça fait très peur.
- Est-ce que ça fait mal ?
- Ça fait très mal.
- Est-ce que je vais l’oublier ?
- Non, tu ne vas pas l’oublier.
- Est-ce que je vais…
- Oui. Tu vas apprendre à l’aimer parce que c’est pourquoi tu existes.
- Tu crois que j’y arriverai ?
- Je crois que tu y arrives. Maintenant. Depuis que tu as accepté de le regarder.
- C’est vrai qu’il est assez beau.
- Il est très beau. Regarde comme l’eau est verte et comme le ciel se reflète dedans ! Ton gouffre est à ton image. Il fait peur mais il ne demande qu’à être aimé.
Et Dieu a continué à regarder le gouffre. Longtemps.
A l’heure qu’il est, je suis sûre qu’Il y est encore.
Il faut du temps pour apprivoiser un gouffre…

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mercredi 22 octobre 2008

Comment j'ai rencontré Dieu - 5 -

Je me souviens des phares jaunes croisés dans la nuit.

Une voiture, deux voitures, trois voitures...

Je n'ai jamais sommeil, il y a tant à voir, tant à rêver, tant à imaginer encore...
Je suis assise à l'arrière, ma tête entre les deux sièges avant.
Mon frère dort.
Ma mère fume, je vois le petit rond rouge incandescent et les volutes qui s'échappent par la fenêtre.
Mon père conduit.
La radio chante un air nostalgique.
Un ravin.
Un virage.
Mon père, tout bas : La direction ne marche plus, nous allons mourir.
Ma mère : Nous aurons bien vécu.
Ils se prennent la main, ils ignorent que je ne dors pas.
Je n'ai pas peur de mourir, je n'y crois pas.
Je suis heureuse.
J'aime cette nuit, j'aime cette douceur, cette tranquillité.
J'aime l'amour évident qui se dégage de ce corps endormi et de ces deux mains qui se tiennent.
Je crois que je viens d'inventer Dieu.

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samedi 7 novembre 2009

Soleil d'automne

Je suis assise sur une grosse pierre.
Elle se repose sur mes genoux, tête renversée.
Elle regarde les nuages.
Je la regarde regarder les nuages.
Elle rompt soudain le silence :
- Je me souviens avant ton ventre.
Elle a dit ça calmement, comme une évidence.
- Tu étais où, avant d'être dans mon ventre ?
Elle soulève les épaules et se retourne vers moi en souriant :
- Dans le ciel !
Maintenant, c'est moi qui souris.
- Et c'était comment, dans le ciel ?
- C'était trop chaud.
Elle laisse passer un temps.
- A cause du soleil. Il me brûlait mes nuages...

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mardi 31 août 2010

Haïku n° 30

DEFRACTEEdeux

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